Informations

Bâtiment principal de SCP-350-FR.
Nom : Il était une fois…
Auteur : Torrential
Notation : 33/33
Créé le : Wed May 30 2018
Objet no : SCP-350-FR
Niveau de Menace : Orange ●
Classe : Euclide
Procédures de Confinement Spéciales
L'existence de SCP-350-FR étant connue du public, celui-ci doit s'en voir interdire l'accès au prétexte de l'occupation des lieux pour le tournage d'un film. Un arrêté municipal doit officialiser le scénario de couverture, de même que l'information doit être transmise aux médias locaux. Des cloisons de trois mètres (3 m) de haut se présentant sous la forme d'une succession de panneaux en métal exempts d'interstices, doivent être érigées dans un périmètre de deux virgule quatre kilomètres carrés (2,4 km²) autour de SCP-350-FR. Un total de quatre (4) membres du personnel, vêtus en responsables de la sécurité d'une équipe de tournage, est tenu d'effectuer une patrouille en-dehors des cloisons dans un sens horaire, et doit être relevé toutes les deux heures. Cinq (5) haut-parleurs sont positionnés dans l'enceinte des murs, et diffusent chacun un enregistrement différent dont l'objectif est de simuler la préparation d'un film, incluant toutes les répétitions, coupures et pauses qu'observerait une équipe normale de réalisation filmique.
Une équipe de secours composée de deux (2) médecins urgentistes, deux (2) chirurgiens et un (1) psychiatre doit se tenir prête à intervenir dans la zone établie afin de prodiguer des soins en urgence à tout individu humain sortant de SCP-350-FR. Trois (3) agents de sécurité armés sont priés d'en surveiller la porte d'entrée, et d'escorter le sujet jusqu'aux membres du corps médical. Ils sont par ailleurs autorisés à ouvrir le feu si un poursuivant tenterait de ramener la personne de force à l'intérieur de SCP-350-FR.
Les éventuels propos du sujet doivent être immédiatement enregistrés. Si sa santé semble menacée, un somnifère lui est ensuite administré, et il est déplacé jusqu'au bloc opératoire installé dans la zone pour être examiné, et tenter d'atténuer ou réparer les altérations infligées à son organisme. Si le sujet ne peut être sauvé, est supposé subir une grande souffrance physique ou morale, et formule une demande d'euthanasie dans un intervalle de temps où il est considéré par le personnel médical comme sain d'esprit, celui-ci est tenu d'accéder à sa requête et de lancer, sans accord préalable du Comité d'Éthique, la procédure de suicide assisté.
Description

Intérieur de SCP-350-FR.
SCP-350-FR est un hôpital psychiatrique désaffecté situé dans le comté de ████████████, au Pays de Galles. Selon les archives nationales, le bâtiment aurait été construit entre 1844 et 1848, puis officiellement abandonné en 1995. En dépit d'un état de délabrement extérieur avancé, tous les témoignages s'accordent sur le fait que l'intérieur de SCP-350-FR est exceptionnellement bien conservé et entretenu. L'espace et l'aménagement observés au sein de SCP-350-FR paraissent correspondre aux dimensions extérieures du complexe. Il est prouvé que SCP-350-FR bénéficie d'un approvisionnement illimité en gaz et en électricité, en dépit du fait que l'établissement n'ait à sa disposition aucun moyen fonctionnel pour en générer, et que la Fondation ait détruit toutes les anciennes installations susceptibles d'alimenter SCP-350-FR.
SCP-350-FR abrite d'importantes activités apparentées à de la médecine, notamment psychiatrique et chirurgicale, exercées par des entités anormales sur des sujets humains. Si l'origine des membres du personnel de SCP-350-FR est inconnue, il est supposé qu'un grand nombre des patients ait été autrefois des civils, entrés dans l'établissement à des fins d'exploration. Parmi les traitements dont la pratique au sein de SCP-350-FR est avérée, tous sont considérés comme inefficaces, sinon délétères. En dépit du danger qu'ils encourent, les sujets ne semblent pas vouloir quitter l'hôpital, ni même opposer de la résistance au personnel de SCP-350-FR.
Le rapport d'exploration de SCP-350-FR le plus fiable et détaillé qu'ait à ce jour la Fondation est celui de l'agent Thomas Rains, entré dans l'établissement le 7 Mai 19██ et ressorti le 5 Novembre 20██. Dépossédé par le personnel de SCP-350-FR de tout son équipement lors d'une fouille le premier jour de son internement, à l'exception d'un dispositif d'enregistrement miniature dissimulé dans sa mâchoire, la description suivante des entités habitant SCP-350-FR a été dictée de mémoire au personnel médical de la Fondation lors de son hospitalisation. En outre, sa peau et ses habits, dont il s'est servi comme supports d'écriture, étaient couverts d'inscriptions et de croquis qui ont permis d'expliciter ou d'élucider ses propos. Ces descriptions concordent avec les témoignages des autres sujets, parmi lesquels ceux des agents Stuart Appleson et Mihael Sulien. Il est à noter qu'un jargon spécifique est employé par les patients de SCP-350-FR pour nommer les membres du personnel de l'hôpital, ainsi que les lieux et évènements de leur quotidien. Quelques-uns de ces termes sont également utilisés dans les notices suivantes. Les photographies jointes ont été réalisées à l'aide d'un ancien modèle d'appareil photographique que l'agent Rains s'est procuré grâce à un marché clandestin interne, et avec lequel il s'est enfui de SCP-350-FR.
Personnel de SCP-350-FR
Avant-propos : La liste suivante recense et décrit les membres majeurs du personnel de SCP-350-FR, et qui ont le plus impacté l'internement des sujets. Elle ne doit en aucun cas être considérée comme une liste exhaustive. Aucune des ces entités n'a été observée en-dehors de l'enceinte de SCP-350-FR.
Personne d'intérêt 350-001 : Dr Gedeon Howard Weaver
Alias
L'Araignée1
Description

Portrait-robot du Dr G. H. Weaver reconstitué selon les souvenirs de l'agent Rains.
Une fois entré dans SCP-350-FR, le sujet pénètre dans une salle d'attente, sans aucune autre issue qu'une porte fermée,2 dont il déclare être l'unique patient. Il est invité au bout de plusieurs minutes à se rendre dans une pièce adjacente. Le médecin, se présentant sous le nom de "Gedeon Howard Weaver", le prie de prendre place en face de lui. Gedeon est décrit comme un homme de grande taille, dont l'âge est impossible à estimer, et maîtrisant le gallois, l'anglais et le français. Le mobilier de la pièce comprend un bureau, deux chaises, un squelette humain et d'autres de diverses espèces lagomorphes, des étagères comportant des maquettes de cerveaux, pleines ou en coupe, et des bocaux dans lesquels sont conservés différents composants cérébraux (cervelet, moelle épinière, cortex…). Le détail le plus notable reste toutefois une imposante horloge mécanique fixée au mur, au-dessus et derrière le fauteuil du Dr Weaver.
Gedeon adresse d'abord au patient de nombreuses questions portant sur son identité et sa situation, puis cherche à obtenir de lui des renseignements sur les raisons qui l'ont poussé à entrer dans l'établissement. Cependant, toutes les explications fournies qui n'impliquent pas que l'individu souffre d'une pathologie mentale, par exemple s'il déclare être entré par hasard dans SCP-350-FR ou prétend être est en bonne santé, sont rejetées par le Dr Weaver. Celui-ci considère en effet de tels propos comme la preuve de l'existence d'un trouble mental, que le sujet cherche à atténuer ou dissimuler. Gedeon poursuit inlassablement la conversation en exigeant de la personne des informations sur sa vie privée ou intime, tels que ses relations familiales et amoureuses, ses rêves, ses phobies, ses souvenirs d'enfance et sa sexualité, dont il interprète les sentiments et émotions évoqués3, comme la preuve formelle d'un mal d'ordre psychique. Par ailleurs, en raison des grandes facultés d'analyse et d'interprétation rhétorique et corporelle de l'entité, la rétention volontaire d'informations paraît inefficace. L'individu rapporte avoir éprouvé au cours de l'échange des sentiments divers ; les plus récurrents étant la honte, colère, culpabilité, un important malaise, ou un profond dégoût envers lui-même.
L'écoulement du temps dans la pièce est relatif, et semble évoluer uniquement selon l'avancée de l'entretien. Ainsi, adopter un comportement coopératif, qui répond volontiers aux questions posées par le Dr Weaver, et conteste peu ou pas ses affirmations, influe sur le passage du temps qui demeure inchangé ou connaît une accélération. Au contraire, se montrer réticent, par exemple en tentant de détourner la conversation, peut ralentir considérablement la durée de l'entretien en étirant indéfiniment l'écoulement du temps.4
Si le sujet réfute systématiquement les assertions du Dr Weaver, refuse d'établir un dialogue ou est habité par des intentions hostiles, le temps se suspend purement et simplement. Le sujet devient alors incapable d'interagir physiquement avec son environnement, lui ôtant la possibilité de sortir de la pièce, d'endommager le mobilier ou de faire preuve de violence envers Gedeon ou sa propre personne. Cela ne lui interdit par contre aucune interaction verbale. Le médecin fait observer au sujet sa détresse, et la cite comme la preuve du mal-être qui le tourmente et nécessite d'être identifié, puis soigné dans son établissement. Le temps ne poursuit son cours normal que lorsque le sujet se décide à reprendre l'échange.
Au final, le sujet, soit parce qu'il s'est rallié à son opinion, soit parce qu'il est trop épuisé moralement et physiquement pour opposer une quelconque résistance au Dr Weaver, et quel que soit son état de santé réel, se résout inéluctablement à avouer à la trente-et-unième minute de l'entretien qu'il est victime d'un trouble psychique et éprouve le besoin d'être soigné. Suite à cet aveu, l'échange entre le patient et Gedeon s'achève.
Personne d'intérêt 350-003 : Operator
Alias
"Op"
Description

Salle blanche. Contexte inconnu.[DONNÉES SUPPRIMÉES]
Les entités nommées "Operators" (ou "Ops") par les patients sont les membres du personnel de SCP-350-FR en charge de toutes les interventions médicales, y compris pharmaceutiques et chirurgicales. Les thérapies qu'ils élaborent diffèrent radicalement de la médecine connue, et sont décrites comme des méthodes expérimentales dérivées de pratiques conventionnelles, désuètes ou interdites, telles que la diathermie, l'hypnothérapie et la vivisection.
Les Operators rendent régulièrement visite aux patients dans leur cellule pour les examiner et leur diagnostiquer un ou plusieurs traitements, bien que les éventuels effets réparateurs de ces derniers soient éphémères ou supposés indésirables. Toute thérapie aboutit en effet, à moyen et long-terme, à une aggravation de la pathologie mentale du patient, qui se caractérise par une augmentation des crises, qui gagnent en fréquence jusqu'à devenir permanentes. Les Operators sont également susceptibles d'ordonner le transport d'un patient dans des salles spécialement équipées : les "salles blanches" pour entretenir la maladie initiale et en combattre les rémissions, et les "salles bleues", pour cultiver toute comorbidité5 observée chez le sujet, jusqu'à ce que les autres troubles mentaux soient pleinement développés et cohabitent avec la maladie originelle.
Malgré leur apparence humaine, les Operators possèdent un organisme qui ne partage aucune similarité avec celui d'un être humain. Leur corps paraît en effet dépourvu d'organes vitaux, auxquels se substituent des outils et des produits rangés dans des compartiments faits de tissus musculaire, osseux, et métallique. Un Operator est capable de s'amputer ou de se mutiler afin d'accéder au matériel dissimulé dans ses cavités internes et de l'utiliser pour mener à bien sa thérapie. Il est ainsi possible aux entités, qui disposent chacune de facultés différentes, de dévisser un doigt pour révéler une seringue, de déboîter leur mâchoire pour élargir l'éclairage d'une source de lumière localisée dans leur bouche, et d'ouvrir leur abdomen pour se saisir d'un médicament rangé dans leur cage thoracique.
Les entités possèdent en outre toutes la faculté d'ôter leur peau, pour mettre la couche de métal qui les compose à nu. Elles l'exposent alors à une chaleur intense pour le faire fondre, et s'en servir comme d'une matière hautement malléable dont le durcissement survient en quelques minutes. Un témoin rapporte ainsi le cas d'un patient souffrant d'une peur morbide des mannequins et statues être immergé dans une cuve emplie de cette substance, afin d'en enduire sa peau pour modifier irréversiblement son apparence et ses capacités, figeant les traits de son visage et limitant ses mouvements à des saccades.
Les Operators ne font jamais usage de la force, et sont pour cela généralement secondés dans leur tâche par les Traumas.
Personne d'intérêt 350-004 : Trauma
Alias
"SUK"6
Description

L'agent Rains lors de sa récupération. [CENSURÉ]
Les "Traumas" sont des entités humanoïdes de sexe masculin et féminin responsables de la discipline au sein de SCP-350-FR. Ils sont vêtus de la tenue règlementaire des infirmiers, et accompagnent les Operators, assurant qu'ils soient obéis des patients. Les Traumas escortent toujours les malades pendant leurs déplacements au sein de SCP-350-FR ; notamment lorsqu'ils quittent leur cellule pour se diriger vers le réfectoire, la salle collective ou une autre pièce, et garantissent la docilité des sujets jusqu'à leur retour dans leur cellule respective. Les entités interviennent également lors d'actes de résistance à un traitement, ou une démonstration de violence de la part des sujets, sauf lorsqu'elles émanent de patients dont l'état d'agitation est symptomatique.
La première particularité des Traumas est d'être dotés de membres supérieurs dont chaque extrémité consiste en une lanière de cuir, enroulée en temps normal dans une boucle de métal.7 Les entités manient ces appendices comme des membres à part entière, et les déploient dans toute leur longueur afin d'immobiliser très rapidement et efficacement un patient qui adopte une attitude hostile, de fuite ou inattendue envers le personnel. Bien que de tels cas aient rarement été rapportés, les Traumas, si l'individu dont ils ont la garde se montre agressif envers le personnel, n'hésitent pas à utiliser ces lanières pour asséner de multiple coups au sujet, lui infligeant des blessures considérables, se traduisant par des lacérations, brûlures et hémorragies, et le réduisant à l'impuissance en l'espace de quelques secondes. En dépit de leur taille et masse différentes, tous les Traumas disposent d'une force et d'une robustesse similaires et importantes de surcroît.
Les Traumas sont porteurs d'une seconde anomalie corporelle, localisée au visage, qui se traduit par des traits fins, effilés et immuables. Les sujets rapportent tous un "visage taillé au scalpel"8 ou "des yeux, nez, oreilles et bouche taillés en pointe" qui paraissent "impassibles" et "inexpressifs". En outre, l'articulation de leur mâchoire est décrite comme erratique par rapport aux sons produits, et leur voix comme "excessivement grave ou aigüe". À l'instar des Operators, il est impossible de savoir si ces entités éprouvent des émotions ou un état d'épuisement physique ou moral, du fait qu'elles n'en laissent rien paraître.
Résidents connus de SCP-350-FR
Avant-propos : Thomas Rains a confié au personnel l'existence de plusieurs autres individus qu'il a approché ou qu'ils l'ont approché alors qu'il était interné au sein de SCP-350-FR. Les personnes suivantes sont celles qu'il affirme les mieux connaître, ou qui ont retenu son attention pour différentes raisons. La liste jointe est en conséquence elle aussi non-exhaustive. Certains des patients qu'il a rencontrés sont également connus d'autres civils qui se sont échappés de SCP-350-FR. Le témoignage de l'agent Rains a permis de faire la lumière sur ce qui était jusque-là considéré comme des contradictions et des incohérences dans leurs dépositions.
Personne d'intérêt 350-FR-007 : "Nameless"
Alias
"Name" / "Nana" / "Anna"
Pathologie
Trouble de la personnalité multiple
Description

SCP-350-FR-007 dominée par sa personnalité "Anna".
Parmi les patients qui ont le plus marqué l'agent Rains figure une femme âgée de vingt-huit ans, dont l'identité réelle est inconnue, et est à ce titre surnommée "Nameless" (abrégé en "Name"), par les autres résidents. La patiente présente les symptômes d'un trouble dissociatif de l'identité, qui la conduit à alterner constamment entre deux personnalités, "Anna" et "Nana".
"Anna" est décrite comme une personne joviale, extravertie et extravagante. Elle a pour habitude de se rendre spontanément auprès des autres patients pendant les heures de liberté qui leur sont accordées chaque jour dans la salle collective, et de s'entretenir avec eux de sujets quelconques, bien qu'Anna préfère aborder des thèmes superficiels et esthétiques, le plus fréquent étant sa propre apparence. Toutes les tentatives de l'interroger sur sa vie antérieure à sa venue dans SCP-350-FR ont échoué, car la jeune femme les ignore ou change aussitôt de sujet, sans que rien ne laisse présager d'un embarras quant à cette période de son existence. Anna démontre des tendances kleptomanes ainsi qu'un goût prononcé pour le luxe, subtilisant certains des effets des autres résidents pour s'en faire des accoutrements ostentatoires et parader devant tous.
La jeune femme dispose d'une grande habileté pour le travestissement et l'imitation d'espèces animales, dont elle reproduit l'apparence, la démarche, et les sons caractéristiques. Aussi ne se manifeste-t-elle jamais, ou très rarement, sous son aspect humain, préférant paraître sous les traits d'une autruche, d'un paon ou d'un cygne. Si Anna semble vouloir être remarquée, admirée, voire désirée, elle poursuit toutefois sa performance même en l'absence de public ou si celui-ci ne lui accorde pas son attention.
La seconde personnalité de la patiente, "Nana", est susceptible d'émerger dans n'importe quelles circonstances. Elle se montre alors confuse lorsqu'elle est surprise à porter des vêtements qui ne sont pas les siens tandis qu'elle se trouve dans une posture bestiale. Elle ne garde aucun souvenir des actions perpétrées par Anna, et réciproquement. Nana est souvent qualifiée de "taciturne", "timide", "silencieuse", "effacée", et paraît ressentir beaucoup de peine pour les personnes auxquelles son autre personnalité fait du tort. L'agent Rains semblait avoir noué une relation plus intime avec Nana qu'avec Anna, qui l'intimidait. La confiance que Nana avait en lui l'a incitée à lui confesser au bout de plusieurs mois d'échange certains sujets dont elle refusait jusque-là de parler, et a ainsi expliqué qu'elle était la personnalité originale du corps qu'elle et Anna partagent. Le sujet a aussi avoué que cette seconde personnalité avait surgi dans son enfance, alors qu'elle était régulièrement violée par ses parents, qui l'ont envoyée à l'hôpital à l'âge de quatorze ans, et dont elle est restée sans nouvelles depuis. La jeune femme a déclaré ne pas se remémorer de l'abandon du complexe psychiatrique dans lequel elle a grandi, mais rapporte qu'"elle s'était réveillée un jour et ne reconnaissait plus le personnel, ni les autres patients", sans parvenir à expliciter ce changement.
Selon l'agent Rains, Nana s'enquérait auprès de lui, dès qu'elle le pouvait, de la nature des figures animales que son autre personnalité imitait, craignant plus exactement de savoir qu'elle représentait une espèce lagomorphe, car elle faisait état de rêves dans lesquels elle était prisonnière d'une salle exigüe avec "un lapin ou un lièvre anthropomorphe", qu'elle percevait comme un danger imminent.9 Lorsque les Operators ont constaté son appréhension pour les animaux lagomorphes, l'agent Rains rapporte ne plus avoir revu "Nameless" pendant plusieurs semaines, supposément emmenée dans une "salle bleue". À son retour, lorsque la personnalité de Nana se manifestait, celle-ci se confinait dans un mutisme absolu, malgré les tentatives de Rains de renouer contact. Les apparitions de Nana se sont ensuite de plus en plus espacées, jusqu'à cesser purement et simplement de se manifester, pour n'être plus que remplacée par Anna.
Cet évènement est l'un de ceux qui ont précipité le départ de l'agent Thomas Rains de SCP-350-FR.
Personne d'intérêt 350-FR-009 : "Nomophage"
Alias
"Phil"
Pathologie
Troubles obsessionnels compulsifs
Description

SCP-350-FR-009 avec sa marionnette. Plus ancienne photographie connue d'un patient de SCP-350-FR.
L'individu appelé par certains des résidents de SCP-350-FR "Nomophage" n'use jamais de cette appellation, préférant le nom de "Phil". Le sujet est toujours aperçu vêtu d'un costume deux-pièces, et portant une marionnette de ventriloque à l'image d'un enfant noir. Le Nomophage s'exprime avec un accent américain marqué et témoigne d'une grande ferveur religieuse, s'introduisant comme un protestant convaincu. Il déclare éprouver une forte aversion envers les gens d'origine africaine, asiatique et indienne. Paradoxalement, le sujet semble éprouver beaucoup d'affection pour sa marionnette, nommée "Mr. Pixie", se montrant antipathique à l'égard de quiconque ne l'apprécie pas, l'ignore, ou lui fait remarquer qu'elle est précisément de couleur. L'homme simule alors une conversation avec elle, dans laquelle il tient des propos ostensiblement caustiques et insultants en présence et à l'égard de la personne concernée. Au contraire, il prend aussitôt en sympathie tout individu qui accorde de l'attention à la marionnette et la traite comme s'il s'agissait d'une personne réelle.
Le patient est victime de plusieurs tics de langage et de gestuelle, ainsi que de troubles obsessionnels, qui le poussent sans cesse à dénouer et renouer sa cravate, lustrer ses chaussures, repasser les plis de l'habit de sa marionnette et la recoiffer. Si sa compagnie est troublante, il est néanmoins présenté comme le patient le mieux informé des rumeurs et secrets des autres résidents de SCP-350-FR. Semblant toujours disposé à renseigner les personnes pour lesquelles il éprouve de l'amitié, le Nomophage ne fournit aucune information gratuitement, et exige en contrepartie le paiement d'un prix singulier. En effet, tout savoir qui lui est réclamé n'est jamais offert sans que le demandeur ne consente à sacrifier un concept de sa connaissance ; c'est-à-dire un mot déterminé et la compréhension qu'en a le sujet. Une fois cette condition acceptée, il en perd immédiatement et irrémédiablement l'usage.
Pour davantage d'informations, veuillez vous reporter à l'interview 350-FR-009-B.
Avant-propos : Cet entretien est l'un des rares qui soient parfaitement audibles et aient été enregistrés en entier par l'agent Rains, l'autonomie réduite du dispositif d'enregistrement dont il était équipé le contraignant à ne l'utiliser que si les conditions de dialogue étaient très favorables. Par précaution, il en a aussi réalisé une retranscription sur un morceau de tissu à l'aide d'un fragment de plastique taillé et de jus d’agrumes recueilli lors d'un repas.
Interviewer : Agent Thomas Rains
Interviewé : SCP-350-FR-009
Agent Rains : Bonjour à vous, Phil. À vous aussi, Mr. Pixie. J'espère que vous allez mieux depuis l'autre soir.
SCP-350-FR-009 : Hé ! Bonjour à vous, mon cher Thomas. Oui, oui, Mr. Pixie va mieux depuis. Le pauvre… Hé hé hé. Voyez-vous, il recommençait à faire des rêves. Et pas des bons, hein ! Hé, hé, hé. Des mauvais rêves, plutôt. De très, très mauvais rêves.
Agent Rains : J'avais justement une requête à vous adresser… Mais continuez. Quel genre de rêve faisait Mr. Pixie ? Il n'a pas eu trop peur, au moins ?
SCP-350-FR-009 : Oh non. Non, non, non. Il n'a pas eu peur, c'est bien cela, le problème. Eh oui ! Les rêves les plus terrifiants ne nous font jamais peur, mon cher Thomas. Oui, oui. Hé, hé, hé. Sachez-le. Mr. Pixie a rêvé d'une lointaine époque. Une époque où lui et moi faisions se pâmer les plus belles dames, et s'indigner les plus imperturbables de ces messieurs. Ha, ha, ha ! Une bien belle époque, en effet. Les feux de la rampe, les vrais ! L'ombre et le silence. Puis la lumière et les bravos ! Hé, hé, hé. Et croyez-le ou non, on nous jetait des roses, quelquefois. Oui, oui. Des roses ! Mr. Pixie ne laissait personne indifférent. Les gens ne le savaient même pas capable de parler ! Ha, ha, ha ! Vous imaginez ?
Agent Rains : Ha, ha ! Vous allez rire, Phil, mais moi, je n'ai pas encore eu la chance de l'entendre. Mr. Pixie, pouvez-vous me parler, à moi aussi ?
SCP-350-FR-009 : Il ne peut plus, hélas ! Eh oui ! Pauvre, pauvre Mr. Pixie. Vous connaissez la rançon de notre succès ? Nous l'avons payée cher. Oui. Hé, hé, hé. Très, très cher. Les gens ont pris peur. De quoi ? Hé ! Je ne sais pas. Mais quelque chose a dû leur faire très, très peur. Un jour, ils ne sont plus venus. Mr. Pixie et moi ne comprenions pas, alors nous sommes allés nous promener en ville. Mon cher Thomas, si vous les aviez vus ! Ils étaient terrifiés ! Les gens nous regardaient comme des monstres. Eux qui nous acclamaient hier encore ! Ils devaient être fous. Alors, ils nous ont sali, Mr. Pixie et moi. Oui, oui. Ils nous ont fait beaucoup de mal. À moi, passe encore. Mais Mr. Pixie ! Un ange ! Un chérubin comme lui !
Agent Rains : Ignoble. Ce sont eux qui vont ont envoyé ici ? Mr. Pixie et vous ?
SCP-350-FR-009 : Hé, hé, hé, vous avez bien deviné ! Oui, oui, oui. Ce sont eux qui nous ont envoyés ici, Mr. Pixie et moi. Vous savez, je suis chrétien, mon cher Thomas. Alors je n'ai pas compris pourquoi Dieu permettait aux gens sains d'esprit d'être enfermés, et aux fous de se promener en liberté ! Vous savez, ma douce mère m'a toujours appris à être présentable, devant le bon Dieu. Hé, hé. Oui, oui. Propre, souriant, tenue et langage soignés. Alors pourquoi est-ce que les gens sales et grimaçants avec des horreurs plein la bouche triomphent ? Hein ? C'est un mystère ! Hé, hé, hé. Un mystère ! Et c'est alors que l'évidence s'est imposée. Mais… voulez-vous que je ralentisse ? Le vieux Phil est touché de l'importance que vous accordez à son histoire.
Agent Rains : Je… Ne vous en faites pas pour moi. J'écris vite.
SCP-350-FR-009 : Bien. Bien, bien. Hé, hé, hé. C'est important, ça, d'écrire. Notre mémoire s'effiloche si vite ! Et puis, les gens ne vous croient jamais si vous n'écrivez pas. Vous pouvez leur dire des énormités, mais tant que c'est écrit, ça va ! Ha, ha, ha ! Mais je m'égare. Oui, Mr. Pixie et moi avons donc été jetés à l'asile. Adieu, notre bel appartement qui donnait sur le parc ! Adieu, le couple de moineaux qui nichait dans le toit ! Ah… Rien que d'y repenser… Et c'est là que nous avons rencontré Gedeon. Un brave homme. Lui nous a compris. Hé, hé. Oui ! Il nous a accueilli, et à bras ouverts ! Ce bon vieux Gedeon ! Je m'en rappelle comme si c'était ce matin même. Je tremblais d'émotion, je l'ai serré dans mes bras ! Mr. Pixie était trop ému, mais… vous le connaissez. Il en avait le cœur gros. Vous vous rendez compte ?
Agent Rains : O… Oui. C'est tout Mr. Pixie, ça.
SCP-350-FR-009 : Hé, hé. N'est-ce pas ? Bon. Ce brave Gedeon nous a donc ouvert les portes de son monde. Et dans ce monde, plus personne ne nous regardait de travers, Mr. Pixie et moi. Personne ne nous montrait du doigt, ne se moquait de nous, ou nous insultait ! Nous avons compris que nous étions enfin chez nous. Oh, bien sûr, le personnel est un peu rustique, mais… hé, hé. Il le faut bien ! Sinon, c'est l'anarchie. Comme dans ce monde fielleux que nous avons quitté. Mon cher Thomas, vous avouerez que c'est étrange, tout de même ; que nous soyons aussi peu nombreux à être normaux, sur Terre. Les fous qui règnent sur les gens sains d'esprit. C'est le monde à l'envers. Cela nous fait de la peine, à Mr. Pixie et moi. Mais… hé, hé, hé. Je vais vous confier un secret… Ces gens, là, dehors… Nous sommes nés dans leur monde, hein ? Mais ce qu'ils ne savent pas. Hé, hé, hé, hé, hé. C'est qu'ils mourront dans le nôtre.
Agent Rains : Que voulez-vous dire, par… Non, oubliez ça. Écoutez, Phil. Je n'aime vraiment pas la façon dont Sawed Lash10 nous observe. Alors, je vais à l'essentiel. J'ai besoin de votre aide. La vôtre et celle de Mr. Pixie. C'est très important pour moi. C'est au sujet de Nana. Ça fait six jours que les Ops l'ont embarquée. Je veux savoir ce qu'ils vont faire d'elle.
SCP-350-FR-009 : Nana ? Vous parlez de l'excentrique ou… Ah ! Oui ! Hé, hé, hé. Très bon choix, mon garçon. Non, non, vraiment. Toutes mes félicitations. Personne ne lui prête attention, mais vous ! Hé, hé. Vous l'avez remarquée. Je l'ai bien vu. Ça n'a pas échappé au vieux Phil, ça non ! Et vous avez raison de vous inquiéter. Oh que oui !
Agent Rains : Phil. Je… n'ai pas ma place ici. Elle… sait des choses que j'ai besoin de connaître. J'ai besoin d'elle. Mais je dois partir. Je crois que les Operators ont découvert ce dont j'ai vraiment peur.
SCP-350-FR-009 : Oh, mais… je peux vous dire ce qu'il est advenu de votre amie. Ou plutôt, de votre "demi-amie". Mais ça ne va pas vous plaire ! Oh là là ! Ça ! Vous pouvez me croire. Vous allez vous en mordre les doigts. Vous êtes décidé à le savoir malgré tout ?
Agent Rains : Plus que jamais.
SCP-350-FR-009 : Fort bien ! Mais comme vous le savez, cela n'est pas gratuit. Il va vous falloir y mettre le prix. Je vous aime beaucoup, mais… c'est le métier, que voulez vous. Il faut bien se nourrir. Hé, hé, hé. Voyons… que pourrais-je bien vous dem… Que dis-tu, Mr. Pixie ? Tu as envie de… ? Oh. Ha, ha, ha ! Très intéressant. Très, très inattendu ! Bien, bien, bien. Faisons ainsi. Mon cher Thomas, Mr. Pixie est jaloux. Car depuis qu'il est ici, il recherche désespérément ce que vous, vous semblez posséder. Oui, oui, il est très jaloux. Car ce que vous, vous avez, nous, nous l'avons perdu quand ceux qui nous ont coiffé de roses un jour nous ont couronné d'épines le lendemain. Moi, ce n'est pas grave. Il est trop tard, pour le vieux Phil. Hé, hé. Hé oui, trop tard. Mais pas pour Mr. Pixie. Reste à savoir si vous paierez le prix.
Agent Rains : Vite. Quel est-il ?
SCP-350-FR-009 : Un mot. Mais pas n'importe lequel. Ha, ha, ha ! Ça, non ! Un mot sans lequel les hommes deviennent fous à lier, et qui leur fait subitement recouvrir la raison s'ils le goûtent pleinement. Un mot auquel nous attachons tous une importance ridiculement démesurée, ou tristement insignifiante. "Amour". Hé, hé, hé. Êtes-vous prêt à sacrifier ce mot pour connaître la tragique vérité du destin de la personnalité dont vous vous êtes entiché ? Moi, il m'est aisé de la deviner.
[À ce stade, les notes deviennent difficilement lisibles, du fait de l'écriture hâtive et négligée.]
Agent Rains : Allez-y. Je veux savoir. Je dois savoir.
SCP-350-FR-009 : Hé, hé. La réalité est tellement évidente que vous refusez vous-même de vous l'avouer, de peur de la voir se concrétiser. La vérité, mon cher Thomas, c'est que vous avez condamné cette malheureuse Nana. Elle était ce qui vous empêchait de sombrer dans la folie. Les Operators n'auraient jamais cherché à l'éradiquer de son propre corps, si vous n'aviez pas eu cette peur morbide de la perdre. Je regrette, mon jeune ami. Vous êtes l'unique créateur de votre propre folie.
Alias
"The Whore" / "The White Rabbit"
Pathologie
Trouble schizo-affectif
Description

SCP-350-FR-014
"Rabbit Head" est le nom que se donne un individu féminin résidant dans SCP-350-FR, affirmant être âgé de dix-sept ans et portant en permanence un masque en porcelaine blanche à l'effigie d'une tête de lapin sur le visage. Tous les témoignages font état de son comportement imprévisible dû à un caractère lunatique, faisant de Rabbit Head un patient relativement méconnu. Elle semble alterner entre des phases d'isolation, où elle se retranche dans le silence et garde une distance respectueuse avec les autres patients, et des périodes au cours desquelles elle engage sporadiquement des conversations avec eux, démontrant une grande curiosité à leur égard. Pour des raisons inconnues, le sujet paraît inapte à percevoir le danger et à manifester sa détresse. Certains cas dans lesquels elle a été aperçue se rapprocher sciemment de patients réputés extrêmement violents et être victime d'abus physiques et sexuels, contre lesquels elle n'a pas cherché à lutter, ont ainsi été rapportés.
Un entretien prolongé avec Rabbit Head cause progressivement à son interlocuteur des hallucinations visuelles et auditives, prenant d'abord la forme de brefs flashs lumineux, puis de visions surréalistes accompagnées de bruits ou de musiques inconnues du sujet. Les scènes rapportées, sur laquelle les individus n'ont aucun contrôle, diffèrent d'un sujet à l'autre, et leur seule évocation paraît délicate en raison des tourments qu'elles leur ont occasionnés. Les hallucinations connues des civils ayant rencontré Rabbit Head sont :
► Un festival de musique en face de l'église d'un village, dans lequel le sujet se voit prendre la main d'autres personnes pendant qu'il danse une farandole à leurs côtés. La musique est désagréable à entendre car discordante. Tous les autres danseurs ont les traits du visage déformés par un très large sourire, résultant d'un étirement excessif de leurs lèvres par des doigts, dont les mains sont situées de part et d'autres de leur tête, sans propriétaire visible.
► Une salle de classe dans laquelle les élèves et le professeur ont un visage ovoïdal et lisse, et dont les mains sont des moignons arrondis et polis, à l'image de mannequins. Le sujet, assis à un pupitre, frotte obstinément ses ongles sur une ardoise jusqu'à ce qu'ils soient brisés, provoquant des crissements aigus et des saignements abondants. Il saisit ensuite l'ardoise et exerce dessus des va-et-vient avec les dents de sa mâchoires supérieures, jusqu'à les user et provoquer une hémorragie des gencives.
► Assis dans un fauteuil situé au milieu d'une vaste pièce presque entièrement vide, dont les murs sont décorés de part et d'autre de plusieurs centaines de trophées animaux. Le sujet referme et repose sur une table basse le livre11 qu'il était en train de lire, et regarde fixement devant lui. [DONNÉES SUPPRIMÉES].
Les hallucinations ne semblent cesser que lorsque s'achève la conversation, soit parce que l'interlocuteur n'est plus en mesure de la poursuivre, soit parce que Rabbit Head met un terme au dialogue, bien que cette seconde éventualité soit plus rare. Les hallucinations possèdent des effets graves sur l'individu affecté, qui se déclinent en une perception erronée de leur environnement, de leur propre corps, et une altération conséquente de leur intégrité mentale. Nul ne sait encore si la violence est employée par les autres patients contre le sujet uniquement afin d'assouvir leurs besoins, ou pour se prémunir en plus du danger que représente une confrontation avec Rabbit Head.
Un seul entretien avec l'entité à ce jour été rapporté. Veuillez vous reporter à l'interview 350-FR-014-D pour en prendre connaissance.
Avant-propos : Cet échange est le dernier témoignage d'un entretien avec un résident de SCP-350-FR laissé par Thomas Rains lors de son hospitalisation, le 13 Novembre 20██. La qualité de l'enregistrement étant irrégulière, celui-ci a proposé une retranscription de certains passages selon ses souvenirs.
Interviewer : Agent Thomas Rains
Interviewé : SCP-350-FR-014
SCP-350-FR-014 : Approchez. N'ayez pas peur.
Agent Rains : Pourquoi dis-tu cela ? Tu ne me fais pas peur. Tu n'es qu'une enfant.
SCP-350-FR-014 : "Tu ne me fais pas peur. Tu n'es qu'une enfant." Hypocrite. Les adultes craignent les enfants. Tu n'as jamais lu de livres d'épouvante ou vu de films d'horreur ? Il y a beaucoup d'enfants, dedans. Détournés d'une existence normale. Déshabillés. Défigurés. Déformés. Déshumanisés et déguisés en instruments de terreur ou de douleur. C'est fantastique, n'est-ce pas ? Les adultes ont réussi à souiller la pureté des enfants dans le seul monde qui devrait encore leur appartenir : la fiction. Leur imagination.
Agent Rains : Est-ce pour cela que tu ne m'apprécies pas ? Parce que je suis un adulte ?
SCP-350-FR-014 : Pourquoi mentez-vous ? Je vous apprécie bien. Vous êtes un adulte. Mais vous avez un cœur d'enfant. Et quel cœur. Un si beau cœur… Quel dommage qu'il soit mutilé. Tout ratatiné.
Agent Rains : "Mutilé" ?
SCP-350-FR-014 : Vous êtes sourd ? Vous ne l'entendez pas gémir ? Ses plaintes ? Ses larmes ? Ses cris ? Non ? Rien ? Il pleure. Il pleure… un ami.
Agent Rains : Je n'entends rien à ce que tu dis. Quel "ami" ?
SCP-350-FR-014 : Idiot. Il est un peu tard pour l'oublier, à présent. Tu connais la règle, non ? Dans ce monde… Je parle du nôtre. Pas de l'aberration qui se trouve en-dehors. Dans notre monde, la connaissance condamne, et l'ignorance est salvatrice. La découverte donne envie de connaître. Et désirer connaître, c'est apprendre à aimer. C'est dangereux, d'aimer. Et de connaître, aussi. C'est pourquoi les adultes ne se plairaient pas, ici. Ils comprendraient que l'amour et la connaissance ne triomphent pas. Et ça, ça leur serait insupportable.
Agent Rains : Vraiment ? Pourtant, regarde autour de toi. Il y a des adultes, ici aussi. Beaucoup, beaucoup d'adultes.
SCP-350-FR-014 : Oui. Ils sont comme toi. Ils ont un cœur d'enfant. Ils jouent, avancent à tâtons, trébuchent et se relèvent maladroitement. Personne ne rit. Personne ne moque. Chacun est innocent et égoïste. Comme toi. Et moi.
Agent Rains : Ne me mêle pas à eux. Des "enfants", dis-tu ? Je ne vois que des tarés qui hurlent à s'en déchirer les cordes vocales ou s'éclatent le crâne contre le mur. Ces "enfants" sont malades. Ces "enfants" sont fous.
SCP-350-FR-014 : Ha ! Tu reproches à des enfants de ne pas savoir ce qui est bon pour eux ? Sais-tu seulement pourquoi ils sont ainsi ? Non. Oublie ça. Toi, qu'est-ce qui te différencie d'eux ?
Agent Rains : Je ne sais pas. Le bon sens, peut-être.
SCP-350-FR-014 : Hypocrite. Hypocrite. Hypocrite. C'est ton bon sens qui t'a paralysé lorsqu'ils m'ont saisie par les poignets et les chevilles, ont arraché la robe que j'ai moi-même cousue, et se sont rués sur mon bas-ventre comme des fauves affamés ? J'ai eu mal. Je saignais. Et toi, tu étais là. Tu regardais.
[Il est supposé que l'agent Rains garde à cet instant le silence.]
SCP-350-FR-014 : Du "bon sens". Deux mots qu'aiment bien les personnes "saines d'esprit". Moi, je préfère les mots à l'état pur. Immaculés. Il n'y a pas d'"esprit sain". Il y a juste l'esprit. Pas plus qu'existe une "âme pure". Seule est l'"âme". Quant au "bon dieu"… Ha ! Ha ! Ha ! Il n'y a jamais eu de place pour un "mauvais dieu".
Agent Rains : Je ne pouvais pas savoir que tu souffrais ! Le… Ton masque. Je ne voyais même pas ton visage.
SCP-350-FR-014 : Tu voulais voir mon visage ? Ça t'aurait excité de me voir sourire ou pleurer pendant qu'ils m'utilisaient ? Jouons aux devinettes. Question numéro une : sais-tu pourquoi je porte un masque ?
Agent Rains : Je ne… Non.
SCP-350-FR-014 : Mauvaise réponse. Question de rattrapage : sais-tu pourquoi les hommes qui ne craignent pas les lapins ont peur des gens qui portent un masque de lapin ?
Agent Rains : Attends. J'ai quelque chose dans l’œil…
SCP-350-FR-014 : J'en déduis que tu ne sais pas. C'est parce que ceux qui se cachent derrière des masques de proies sont toujours des prédateurs. Et les proies, pour survivre, doivent porter des masques de prédateur. On ne vous apprend pas ça, à l'école ?
Agent Rains : Ça va mieux. Donc… Tu te considères comme un prédateur ?
SCP-350-FR-014 : Oui. Mais avec le masque, j'ai moins peur de moi. Et je fais moins peur à Foax. Et Je peux parler avec lui.
[L'agent Rains signale à cet instant une première occurrence de l'hallucination sous la forme d'un flash lumineux qui l'éblouit.]
Agent Rains : Foax…
SCP-350-FR-014 : Mais oui. C'est mon ami. F-O-A-X. Foax. Le pauvre. Il était coincé dans mon crâne depuis des années. Heureusement qu'ils ont réussi à l'en sortir. Tu sais quoi ? Dans l'autre monde, ils avaient tenté de le tuer. "Prenez ces pilules blanches, mademoiselle. Vous allez vomir vos entrailles, sentir votre crâne se morceler, vous tordre de douleur comme une poupée désarticulée. Mais bientôt, vous n'aurez plus d'hallucinations. Nous faisons cela pour votre bien." D'où ma deuxième question. Facile, celle-là. À ton avis, leur remède a-t-il fait de moi quelqu'un comme eux ?
Agent Rains : Ça recommence. Putain. Putain. Putain. Mes yeux. Mes yeux ! MES YEUX !
SCP-350-FR-014 : Évidemment, non. J'entendais toujours ses petits cris affolés. Je le sentais dans ma tête se tourner et se retourner, le bruissement de sa queue qui s'agitait et de sa truffe humide qui soufflait une respiration saccadée. Voilà ma troisième question : sais-tu ce que les fouille-merde nous ont fait ensuite, à Foax et moi ?
Agent Rains : Pour l'amour du ciel… Arrête. Je t'en supplie… Tais-toi.
SCP-350-FR-014 : Oh ! Regardez-le. Il va pleurer. Moi non plus, ils n'ont pas écouté mes plaintes, quand ils m'ont immobilisée pour me faire avaler cette pilule rouge. Mon crâne me brûlait. Mes yeux fondaient. Je mourrai. Ils m'ont répondu que c'était "normal". Ça, c'était juste avant que je ne sente mon cerveau se cristalliser. Foax avait cessé de japper. Je le sentais toujours dans ma tête. Mais il ne bougeait plus. Il était froid comme la glace. Tu sais ce qui s'est passé, ensuite ? Non, évidemment. Tu ne sais pas. J'ai attendu que ceux qui fouillent dans le crâne des gens soient partis, puis j'ai pris un coupe-papier. La putain qui me sert de mère m'a vue et s'est jeté sur le téléphone pour rappeler les types en blanc. Elle était hystérique. Elle criait, elle hurlait. Comme si c'est elle qui avait été torturée par les gens qui rendent les autres "normaux". Moi, j'étais très calme. Alors, j'ai levé le coupe-papier, et j'ai fais un gros trou rouge dans son ventre. Elle s'est mis à pleurer, alors j'en ai fait un autre dans sa tête. Elle a arrêté de pleurer. Je suis partie. Plus personne ne nous ferait de mal, à Foax et moi.
[Seconde occurrence de l'hallucination. L'Agent Rains décrit une vision, dans laquelle il se voit couché, pieds et poings liés au cadre d'une gigantesque horloge disposée horizontalement. Quatre silhouettes l'entourent. Toutes sont présentées comme des individus drapés dans un voile aux couleurs variées12 et dont le visage est dissimulé. Le sujet a nommé et a été capable de réaliser une description succincte de chacune des entités :
• Le premier individu porte un voile blanc enserré par une spirale de fils barbelés. Son visage est quant à lui enveloppé de huit bandes de papier bariolé dont chacune est marquée d'un unique mot. Seuls trois d'entre eux sont cités par le sujet : "Delight", "Fear" et "Enlightenment".13
• Le second est couvert d'un voile de plumes écarlates parsemées d'ocelles arc-en-ciel. Son visage est divisé en deux parties égales : de la face gauche émane une lumière trop intense pour permettre d'en distinguer les traits, et l'obscurité totale qui dissimule la face droite rend également son identification impossible.
• Le troisième individu est habillé d'un "voile invisible", dont seuls les plis suggèrent les contours de sa silhouette. Sa tête est ornée de deux bois massifs, proches de ceux d'un cerf, et son visage, supposé masqué, est la représentation grossière d'un visage humain ; les traits sont peints, à l'exception d'une mâchoire factice articulée.
• Le quatrième est vêtu d'un habit parsemé de poils blancs, dont l'entrouverture révèle un corps svelte et hérissé de poils argentés autour duquel s'enroule une queue touffue.14 Le visage, surmonté de deux oreilles pointues, est caché par trois épaisses chaînes qui s'entrecroisent en un unique cadenas se substituant au nez de l'entité. Une seconde chaîne fait également le tour de ses hanches, dont le cadenas dissimule le sexe.]
Agent Rains : Tu. Vous.
SCP-350-FR-014 : Non. Pas "Tu". Pas "Vous". "Nous" ! C'est le printemps, maintenant ! C'est le renouveau ! Aie peur ! Sois crains ! Griffe ! Mords ! Rugis ! Tu es libre. Couche-toi auprès de la carcasse pourrissante de ta femelle ou va-t-en à tire-d'aile ! Tous ces hommes. Tous ces maux. Tu entends ? C'est le carnaval des animaux !
[Troisième occurrence de l'hallucination et réitération de la vision, dont l'agent Rains est supposé être victime jusqu'à la fin.]
Agent Rains : Non. Pas encore. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis où ? Vous êtes qu… N'approchez pas !
SCP-350-FR-014 : Je t'approche comme je veux, ma petite bête sauvage. Mais… Cesse de bouger. Tu sais que j'ai vraiment du mal à t'apprivoiser ? J'ai toujours cru qu'il suffisait d'offrir un peu de viande aux animaux, pour les domestiquer. Comme aux humains. Mais toi, tu es différent. Je vais peut-être devoir te libérer, tout compte fait.
Agent Rains : Laissez-moi. Mais laissez-moi ! Foutez-moi la paix, saletés ! Non. Non. Non. NON !
SCP-350-FR-014 : Tu te bats contre le vent. Il gonfle tes plumes, finalement. Je m'étais trompée, à ton sujet. Tu sais, je crois que nous avons tous une âme d'oiseau, au fond de nous. Que nous ayons un cœur d'agneau ou de louveteau n'y change rien. C'est pour ça qu'on a du mal à vivre en cage. Dommage que les oiseaux que nous sommes aient été exilés sous des cieux de métal. Mais c'est comme ça. Alors dis-moi, quel genre d'oiseau es-tu ? Pas un rapace. Tu es trop faible, pour ça. Un passereau non plus. Tu es si grand ! Ni un perroquet. Tu ne parles pas notre langue… Mais alors, qu'es-tu ? Un colibri ? Qui séduit les fleurs par ses couleurs chatoyantes, boit avidement dans leur calice doré et puis les abandonne, exsangues ? Mais… les colibris sont des proies. Et tu refuses le masque de rapace ?
Agent Rains : Foutez-m… Fout… Oh. Comment tu as fait… Tu es sûre qu'ils ne nous voient plus ? Excuse-moi. Je t'ai fait pleurer ? Je ne t'avais pas reconnue. Pardon. Regarde. Moi aussi, je… pleure.
SCP-350-FR-014 : C'est bon. J'ai compris…
Agent Rains : Tu n'as pas à être comme eux. Tu es comme moi. Toi et moi… nous sommes amis. Tu te souviens ? Oui, tu te souviens. Tu veux toujours venir avec moi ? Oui ? Alors détache-moi, s'il te plaît. Il faut partir tant qu'ils ne nous voient pas. Elles ne vont pas virevolter indéfiniment. Même la magie a une fin.
SCP-350-FR-014 : Pars. Pars. Mais surtout, ne crains pas de perdre ta liberté. Parce que s'ils sentent ta peur, ils te saigneront. Et s'ils flairent le sang…
Agent Rains : Voilà. Comme ceci. Tu peux m'aider ? Merci. Je me sens tellement faible… Putain. J'arrive presque plus à marcher. Nous ne devons pas rester ici. Il faut partir. Loin. Très loin… Attends ! J'en prends juste une. Comme ça. En souvenir… Elle est toute douce. Comme les tiennes.
SCP-350-FR-014 : Partir ? Ha ! Ha ! Où ? Les tiens abhorrent la différence. S'ils tenaient à toi, t'auraient-ils envoyé ici ? Et si tu reviens vivant là-bas ? Que crois-tu qu'ils te feront ? Imbécile.
Agent Rains : Je crois que j'aperçois une porte là-bas. Elle est encore si loin… Merde. Ils savent. Lâche-moi. Lâche-moi. C'est bon, je peux courir. De toutes façons, je peux plus me traîner. Écoute… Écoute-moi. S'ils m'attrapent, tu continues, d'accord ? Pas de volte-face. Pas de sauvetage inutile. Tu es la seule chose qui compte. Allez, on y v… Ah ! Putain. C'est la merde. Je me sens tellement faible. Faible… et vide. Non. Non. T'arrête pas. Continue. Allez, va-t-en. Va-t-en ! VITE ! Non ! Ne… Dégage, saloperie ! J'ai pas besoin de toi. Tu m'entends ? Je te hais ! VA-T-EN !
SCP-350-FR-014 : Adieu, petit colibri. Mais sache que ta folie est bien pire que la nôtre encore. Car ta folie… ta folie, mon cher petit colibri… ta folie, est celle qui s'ignore.
Description
[DONNÉES SUPPRIMÉES]
Avant-propos : Le sujet fut découvert à environ deux cents mètres de l'entrée de SCP-350-FR par des touristes qui souhaitaient en entreprendre l'exploration, et ont ainsi percé le grillage dressé autour de la zone et escaladé les cloisons entourant le complexe,15 alors que la Fondation avait rapatrié son personnel et la plupart de ses installations le 26/08/19██, depuis que toutes les expériences sur SCP-350-FR avaient été annulées et les agents envoyés considérés comme perdus.
L'entité fut récupérée dans un état critique ; en plus des nombreuses cicatrices qui parsemaient son corps, son bras droit avait été violemment scié, et un tesson de verre ensanglanté fut retrouvé dans sa main gauche.16 L'interview est menée au terme de son coma d'une durée totale de cent-quatre-vingt-treize heures et vingt-sept minutes, soit environ huit jours.
Interviewer : Dr Heaurrois
Interviewé : SCP-350-FR-136
Dr Heaurrois : Bonjour. Vous m'entendez ? Je suis le Dr Xavier Heaurrois. Vous vous trouvez actuellement au centre hospitalier de ████████. Je fais partie de l'équipe médicale en charge de votre traitement. Sachez que je répondrai à toutes vos questions avec plaisir. Mais j'ai d'abord besoin de m'assurer de certaines choses avec vous. Pouvez-vous me donner votre nom et votre prénom, je vous prie ?
SCP-350-FR-136 : Un nom…
Dr Heaurrois : Oui. C'est cela. Ainsi que votre prénom. Vous en souvenez-vous ?
[SCP-350-FR-136 demeure silencieux pendant sept secondes.]
Dr Heaurrois : Prenez votre temps. Cela peut vous revenir d'une seconde à l'autre. Désirez-vous boire ? Je peux vous app…
SCP-350-FR-136 : [La voix du sujet est plus grave et sonore et ses traits semblent se durcir] Jaïn.
Dr Heaurrois : Je vous demande pardon ?
SCP-350-FR-136 : Mon nom. Est Jaïn.
Dr Heaurrois : Ce n'est pas… Comment l'épelez-vous ?
SCP-350-FR-136 : Je suis Jaïn. Né des blessures jamais cicatrisées d'un cœur inlassablement recousu dont les points de suture, pénétrés et doucement écartés par des ongles cupides, ont éclaté et laissé une fois encore le flot empourpré de rêves interdits et de souvenirs brisés inonder ma main exsangue et mes pieds nus. Mais le temps ne marche pas seul, à mes côtés. À toi, ma sœur, maintenant, de t'éveiller.
Dr Heaurrois : Un instant. De qui parlez-vous ?
SCP-350-FR-136 : [La voix du sujet s'adoucit en un murmure et les plis de son visage semblent se relâcher] De moi. Ne voyez aucune offense en ses propos, mon frère est dévoré par les émotions contraires. Ne le jugez pas trop vite. Il m'a pardonné lorsque j'ai failli. Je suis Baalleestra. B-A-A-L-L-E-E-S-T-R-A. Je suis tombée à ma naissance de l'arbre du désir et de la haine, et mes yeux depuis se haïssent comme deux étoiles en peine. C'est ironique, non ? Je veux voir, je veux voir de toutes mes forces, je veux jouir de mes yeux, mais mes yeux s'y refusent. Ils sont bien la preuve que toute gemme qui ne nous sert pas, aussi noble soit-elle, est un joyau qui nous asservit. Un aveugle au moins est clairvoyant, pourvu qu'il aime… Oh ! C'est mon second frère. Oiseau éternel… vite ! Cache-toi sous mon aile.
Dr Heaurrois : Excusez-moi. Suis-je bien en train de m'adresser à ██████ █████ ?
SCP-350-FR-136 : [La voix devient saccadée et le visage affiche un air enjoué] Non. Non. Non. Lui n'est plus. N'en déplaise à notre sœur, notre très chère sœur… J’espérais qu'elle déroge à la loi contre-nature qui fait des femmes des êtres sensibles. Force est de constater que les choses… sont plus compliquées. Je me nomme Tomawk. Je suis l'enfant dont accouchent les hommes qui embrassent la folie du savoir et rejettent la tranquille insouciance, l'étreinte chaleureuse de l'ignorance. Sont-ils différents ? Tous accourent auprès de moi pour me supplier d'arracher pour eux le cœur qui leur résiste. Alors je le leur ramène, encore palpitant, enroulé dans des langes d'excréments et de barbelés. Et eux me remercient. Pourquoi ? C'est très simple. Parce qu'il ne leur vient jamais à l'esprit que de ceux qui font un vœu et de celui qui les exauce… hé, hé, hé… c'est bien le deuxième qui à la fin, se gausse.
[Le Dr Heaurrois paraît d'abord confus, puis note fébrilement les propos du sujet.]
SCP-350-FR-136 : [La voix varie encore, et est désormais plus fluide, claire et monotone] C'est déjà à moi ? Bon. Je suis la plus jeune de nous tous. Alors, s'il vous plaît, soyez indulgent. Déjà, parce que j'ai un nom de mec. "Theophius". C'est dire à quel point mes géniteurs me haïssaient. Je n'ai même pas la fibre poétique de mes aînés. J'ai plutôt l'âme d'un chasseur, vous comprenez. Vous y trompez pas. J'ai aussi un cœur d'or. Je partage ma chair avec les plus démunis.
Dr Heaurrois : Je suppose que je n'ai pas affaire au propriétaire originel de ce corps, n'est-ce pas ?
SCP-350-FR-136 : Vous supposez bien. Oh ! Vos vêtements tout blancs… Votre air pédant et arrogant… Cette pureté simulée… Mais oui ! Je crois que nous nous sommes déjà rencontrés.
Dr Heaurrois : Écoutez… Je souhaiterais m'adresser à ██████ █████. Cela est-il possible ?
[SCP-350-FR-136 se tait pendant onze seconde.]
Dr Heaurrois : J'ai de bonnes raisons de croire que la personne à qui je m'adresse est victime d'un trouble de la personnalité, et que l'original ne s'est pas encore manifesté. C'est avec lui que j'ai besoin de m'entretenir.
SCP-350-FR-136 : Allons, allons. Mon cher docteur… Vous n'avez jamais pensé au fait que l'on puisse naître avec plusieurs personnalités, et que c'est l'une qui écrase injustement les autres à la naissance pour s'accaparer un corps durant toute une vie ? Et puis, vous imaginez quatre personnes dans un seul corps qui se manifestent chacune selon leur volonté ? Vous délirez, docteur.
Dr Heaurrois : Oh, non. Je ne crois pas. Car selon ma théorie, vous n'êtes qu'une seule et même personne qui parasite ce corps. Une personne disparate. Démente.
SCP-350-FR-136 : Dr Pédant, que savez-vous de la démence ? Non, non. Ne dites rien. Je vais remonter à la surface la carcasse blême aux yeux caves que vous appelez "l'original". Celui qui crut en la folie d'un monde qui l'aurait miraculeusement épargné. Allons-y donc. Oh. Et évidemment : s'il faiblit, nous, les avatars de sa repentance, ne ferons plus qu'un. Avec lui. Désormais, il a un pied dans l'abîme. Et vous aussi.
[SCP-350-FR-136 semble replonger dans le sommeil pendant vingt-et-une secondes.]
SCP-350-FR-136 : Je… ne… vous…
Dr Heaurrois : █████ █████ ? C'est vous ?
SCP-350-FR-136 : Ou… oui. 'Est mon nom.
Dr Heaurrois : Bien. Prenez le temps de récupérer. Vous et moi avons beaucoup de choses à nous dire.
[Le sujet parvient à s'exprimer intelligiblement au bout de trois minutes. Seize minutes plus tard, il est capable de rassembler ses souvenirs et de livrer un témoignage cohérent dont les informations essentielles sont compilées dans ce rapport.
Au fur et à mesure que l'échange avance, l'élocution du sujet devient de plus en plus délicate et sa réminiscence du temps passé au sein de SCP-350-FR plus complexe. En outre, son état émotionnel oscille perpétuellement entre une inquiétude voilée et la crise d'angoisse.]
Dr Heaurrois : […] Je vous remercie pour votre collaboration. Toutes ces informations nous seront très précieuses. Nous arrivons donc enfin à la question de votre bras. Selon les analyses, celui-ci aurait été sectionné avec un outil tranchant qui n'aurait pas été conçu à de telles fins. Un outil comme… un éclat de verre. Comment expliquez-vous cette blessure ?
SCP-350-FR-136 : La peur. Un des… des… Ils l'avaient sentie.
Dr Heaurrois : "Ils" ? Je présume que vous parlez des… "Traumas" ?
[SCP-350-FR-136 se relève soudainement sur sa couche, mettant une main devant sa bouche, comme s'il comprimait une nausée. Il approuve d'un hochement de tête. Le sujet transpire fortement et sa respiration est saccadée en dépit du sédatif qui lui avait été précédemment administré.]
Dr Heaurrois : Veuillez garder votre calme. Je sais que ce que je vous demande est très difficile et éprouvant pour vous, mais ça l'est pour moi aussi. Votre témoignage est d'une importance capitale. Chaque information que vous nous délivrez est inestimable. S'il vous plaît, calmez-vous. Cette interview est bientôt terminée. Souhaitez-vous que je vous apporte une bassine ?
[SCP-350-FR-136 hoche une nouvelle fois de la tête en signe d'affirmation.]
Dr Heaurrois : La voici. Je la pose sur vos genoux…
SCP-350-FR-136 : Merci. Oui, j'avais peur. Peur de ne jamais pouvoir revenir… ici. Peur… d'être condamné à rester… là-bas. À devoir entendre toujours et encore des murmures dans les couloirs, des pleurs le long des murs, et le… bruit… de crânes brisés la nuit dans les cellules voisines. Peur de me regarder dans les yeux, et de voir que j'étais responsable de la mort de la seule personne qui… d'une amie. Elle ne m'a jamais pardonné, docteur. Ses yeux me fixaient, sans vie. Ses lèvres étaient froides… muettes. Et puis… puis… elle est… partie.
Dr Heaurrois : Je comprends votre douleur. Elle vous était très chère. Quant à votre blessure…
SCP-350-FR-136 : Je savais qu'ils me laisseraient pas partir. Parce que j'avais peur. Peur qu'ils m'en empêchent. Alors, j'ai pris un fragment d'une vitre contre laquelle un pauvre type s'était… fracassé. Je l'ai pris pour… je sais pas. Pour me tuer. S'ils m'attrapaient. Jamais je ne retournerai dans cette putain de cellule. Jamais je ne reverrai cette… cette… Alors, j'ai couru. Couru. Comme j'ai jamais couru de toute ma putain de vie. Mon cœur me faisait mal. J'ai cru qu'il allait remonter, que j'allais le vomir. Puis j'ai vu la sortie, tout au bout. Il y en a un qui est sorti de nulle part. Il m'a attrapé le bras. Sa lanière, elle a cinglé ma chair. Il m'a éclaté les veines. Il serrait tellement fort… Mon bras était bleu. Avec du rouge qui coulait dessus. Alors il a commencé à m'attirer vers lui. J'ai pas réfléchi. J'ai pris le morceau de verre, je l'ai appliqué sur ma peau, juste à côté de son fouet, à l'endroit où la chair était entamée. Et j'ai coupé. Coupé. Coupé. Coupé.
[SCP-350-FR-136 se relève brutalement sous l'effet d'un spasme et tient fermement la bassine en-dessous de sa bouche.]
Dr Heaurrois : Ça suffit. Je vous remercie. C'est tout ce que je voulais sav…
SCP-350-FR-136 : J'étais mort… mort. Mort de peur. C'était soit ça…
[SCP-350-FR-136 est de nouveau secoué par un spasme nauséeux et se maintient au-dessus de la bassine, bouche ouverte, mais semble incapable de vomir.]
Dr Heaurrois : J'ai dit : "ça suffit". Vous avez besoin de repos. Je vais vous laisser… Appuyez sur le bouton, juste là, si vous avez besoin d'aide. Quelqu'un viendra aussitôt.
SCP-350-FR-136 : Hmm. HMMM ! NON ! Restez. Restez ! Vous allez me tuer ?
Dr Heaurrois : Mais… bien sûr que non. Qu'est-ce que vous racontez ?
SCP-350-FR-136 : Ils vont revenir… d'une seconde à l'autre. Je n'ai pas envie de disparaître. Je n'ai pas envie de disparaître. Je n'ai pas envie de disparaître.
Dr Heaurrois : Vous n'allez pas disparaître. Mes collègues…
SCP-350-FR-136 : Ils… ne feront rien. Vous non plus. Par pitié. J'ai déjà été prisonnier à l'intérieur. De mon corps. Une fois. Plus jamais. Jamais. Si vous me tuez pas… Si vous me tuez pas…
[Nouveau spasme. SCP-350-FR-136 vomit un jet abondant de bile dans la bassine.]
SCP-350-FR-136 : Je… je me tuerai… moi-même.
[SCP-350-FR-136 pose un regard circulaire sur la pièce, puis essaie de se lever, pris de tremblements. Sa respiration se fait plus rapide, et la sudation paraît plus intense.]
Dr Heaurrois : Non. Non ! Arrêtez. C'est bon. C'est bon. Je reste. Recouchez-vous, s'il vous plaît.
SCP-350-FR-136 : Je ne serai pas. Leur marionnette. Vous devez. Me tuer. Je suis un être humain. Vous êtes un être humain. J'ai le droit de mourir. J'ai le droit d'être compris. J'ai… j'ai…
Dr Heaurrois : Écoutez-moi… Écoutez-moi bien. Conformément à la procédure, vous avez le droit de demander à mourir. Et si votre souffrance est intolérable, et que nous-mêmes sommes impuissants à vous venir en aide, nous n'avons pas le droit de vous le refuser. Vous m'entendez ?
SCP-350-FR-136 : Oui. Merci… merci. C'est ce que je veux. Je n'ai plus rien d'autre à attendre. Ou… à espérer.
Dr Heaurrois : Ce n'est pas tout. Je dois avoir la preuve que vous êtes sain d'esprit et que c'est bien vous, et non pas une facette malicieuse de votre conscience, qui s'exprime. Vous comprenez ? Je dois avoir la certitude que c'est bien vous, qui demandez à mourir, et pas quelqu'un d'autre qui s'exprime à travers vous.
SCP-350-FR-136 : MAIS C'EST MOI ! C'est moi, █████ █████. Moi, moi…
Dr Heaurrois : Vous l'ignorez peut-être, mais vous souffrez d'une forme très particulière du trouble de la personnalité. Personne ici n'a le droit d'attenter à votre vie sans la preuve irréfutable que c'est vous qui parlez. Sinon, tous ceux qui auront pris part à la procédure, moi y compris, seront condamnés à la peine capitale.
SCP-350-FR-136 : Je vous ai tout dit… tout raconté… C'était moi qui étais là-bas. C'était moi…
Dr Heaurrois : J'ai envie de croire que c'est bien vous. Je veux que ce soit vous. Et personne d'autre, qui vous fasse dire… dire ça. Écoutez-moi. Calmez-vous, je vous en supplie. Je vais vous poser une question. Juste une… Une question dont nous nous étions convenus avant votre départ. Une question à laquelle aucune autre personnalité que l'originale ne serait capable de répondre. Vous êtes prêt ? Bien. Quelle est la personne que vous aimez le plus ?
[La réponse attendue à la question est "Dahlia" ou "Dahlia █████", la fille de █'█████ █████.]
SCP-350-FR-136 : Je… je…
Dr Heaurrois : Je répète la question. Quelle est la personne que vous aimez le plus ?
SCP-350-FR-136 : "Aimer" ? Vous devez vous tromper. Je n'ai jamais aimé personne. Je ne manquerai… à personne.
[Le sujet relève subitement la tête, cessant de respirer, et fixe les néons, les yeux grands ouverts, pendant environ deux secondes. Il retombe ensuite doucement en murmurant des propos incompréhensibles, et éclate en sanglots.]
SCP-350-FR-136 : Pitié. Il… il…
Dr Heaurrois : Je regrette.
[Le sujet semble halluciné. Sa respiration s'apaise, les tremblements cessent et ses yeux se ferment.]
SCP-350-FR-136 : Il arrive.
Le personnel de la Fondation présent sur le terrain rapporta, dans les minutes qui précédèrent la destruction de SCP-350-FR, l'envolée d'une multitude d'oiseaux de nombreuses espèces différentes par les fenêtres du bâtiment. Parmi ces espèces furent identifiés des pigeons, corbeaux, cigognes, vautours, colombes, paons et faucons. Les animaux se dispersèrent dans toutes les directions et ne furent plus jamais observés. Les raisons de ce phénomène sont toujours inexpliquées.
Contre toute attente, un seul et unique corps fut retrouvé sous les décombres. Son identification fut impossible, mais il est supposé qu'il ait appartenu à un individu humain de sexe féminin dont l'âge est estimé entre quinze et vingt ans. Aucun autre objet ne donna des renseignements à son sujet, à l'exception d'éclats de porcelaine retrouvés dispersés tout autour du corps.