SCP-511-FR : Et la division mena à notre perdition

Informations

Nom : Et la division mena à notre perdition
Auteur : Henry Von Kartoffen
Notation : 18/18
Créé le : Wed Dec 08 2021
Objet no : SCP-511-FR
Niveau de Menace : Orange ●
Classe : Euclide

Procédures de Confinement Spéciales

Les boîtes aux lettres des Personnes d'Intérêt no511-FR-A à Q doivent être fouillées sur une fréquence quotidienne à la recherche de SCP-511-FR. Dès que l'objet est repéré, il doit être détruit le plus rapidement possible. Dans l'éventualité où une PdI entrerait en possession de SCP-511-FR, l'objet doit être supprimé et l'individu se voir administrer un amnésique de Classe A.

SCP-511-FR-A doit être entouré d'une clôture en acier électrifiée de 2 m de hauteur, à laquelle des panneaux en interdisant l'accès (Scénario no4-6 : "Présence de déchets toxiques") sont accrochés à intervalle régulier. Un poste d'observation construit sur place permet aux agents de sécurité d'éloigner les éventuels civils, et d'administrer des amnésiques de Classe A à ceux qui s'approcheraient trop de SCP-511-FR-A, avant de leur faire quitter la zone. Les anciens pièges encore actifs pouvant occasionner de nombreuses blessures, il est fortement déconseillé au personnel de se déplacer dans cette zone.

Les expéditions dans SCP-511-FR-A et B sont soumises à plusieurs règles, listées ci-dessous et devant être respectées scrupuleusement afin d'éviter tout réveil des instances SCP-511-FR-1 et 2 :

  • 4 personnes maximum sont autorisées à se trouver dans l'anomalie à tout instant ;
  • la durée maximale de présence dans l'anomalie est limitée à 2 heures ;
  • une distance minimale de 2 m doit être respectée en toute circonstance avec les instances SCP-511-FR-1 et 2, les contacts étant formellement interdits ;
  • aucun appareil électronique n'est autorisé dans l'anomalie1 ;
  • aucune arme à feu ne doit être utilisée à l'encontre des instances SCP-511-FR-1 et 2 ;
  • la manipulation d'autres objets doit être réduite au strict minimum.

Tout document présentant un intérêt particulier, afin de déterminer les circonstances ayant amené le lieu à devenir anormal, doit être ramené au poste d'observation pour être analysé et enregistré.

Dans l'éventualité où les instances SCP-511-FR-1 et 2 se réveilleraient, l'équipe doit quitter le plus rapidement possible l'anomalie avant de contacter la Force d'Intervention Mobile Delta-3 ("Les Dragons"). Les instances s'approchant de la clôture doivent être abattues à vue à l'aide de toutes les armes disponibles.

L'exploration de SCP-511-FR-B nécessite une autorisation de Niveau 4/511-FR, ne pouvant être délivrée qu'à la Force d'Intervention Mobile Zêta-9 ("Rats-Taupes"), une fois celle-ci lourdement équipée. Toute expédition dans SCP-511-FR-C est strictement interdite, étant donné sa dangerosité due aux instances de SCP-511-FR-3, ainsi que la mise en danger de civils en résultant.

L'Agence de Renseignements est chargée de trouver la moindre trace de SCP-511-FR-Prime. Toute piste potentielle doit être transmise aux membres du personnel possédant une accréditation de Niveau 4/511-FR afin d'être examinée. Sa capture, si tant est que SCP-511-FR-Prime existe, doit être considérée comme étant de priorité Charlie.

Description

Exemple représentatif de l'état de délabrement des bâtiments dans SCP-511-FR-A.

Église présente dans SCP-511-FR-A. Deux instances de SCP-511-FR-2 sont présentes au fond.

Cimetière présent dans SCP-511-FR-A.

Ruines d'un atelier présent dans SCP-511-FR-A.

Une instance SCP-511-FR-1 inactive, passez votre souris sur l'image afin de l'afficher.

Une instance SCP-511-FR-1 active, passez votre souris sur l'image afin de l'afficher.

Blason de la famille De Houvnolstein.

Famille De Houvnolstein, 1890.

Portrait de Charles De Houvnolstein, 1912.

Portrait de Évelyne De Houvnolstein, 1912.

Portail d'entrée de SCP-511-FR-B.

Une partie de l'aile ouest de SCP-511-FR-B.

Premier sous-sol de SCP-511-FR-C, une instance de SCP-511-FR-2 est visible en haut de l'échelle, hésitant à descendre.

Tunnel de SCP-511-FR-C.

Endroit le plus profond atteint dans SCP-511-FR-C.

SCP-511-FR est une lettre apparaissant à intervalles irréguliers (de quelques mois à plusieurs dizaines d'années) dans les boîtes aux lettres des PdI no511-FR-A à Q, respectivement Jules, Mélanie, Laura, Apolline et Joshua Montfort ; Nicole, Faustine, Quentin, Viviane et Léonard Gombert ; Molly, Gérard, Léonord, Amiens, Théo et Lily Montfort ; Pascal Montfort ainsi qu'Antoine Ribeaudet. La manière dont SCP-511-FR se matérialise est inconnue, les multiples tests menés n'ayant que pu mettre le service postal hors de cause. En effet, la fouille des centres de tri n'a révélé aucune trace de l'anomalie, celle-ci semblant apparaître lors de la récupération du courrier par les PdI.

Ci-joint l'arbre généalogique des PdI. Les branches non-concernées ont été occultées. Passez votre souris dessus afin d'agrandir.

SCP-511-FR adopte à chaque fois la même apparence : celle d'une enveloppe cachetée du sceau des De Houvnolstein adressée à une PdI, contenant une lettre manuscrite, retranscrite ci-dessous :

Je connais votre affliction. Je peux comprendre votre souffrance. Votre passé vous attend à chaque tournant, vous rattrape puis vous blesse cruellement. Les remords, le chagrin et la honte sont vos compagnons d'infortune depuis des années déjà. Et vous en souffrez tant. Meurtris, tourmentés, torturés, à attendre une vaine et illusoire rédemption.

Il n'y a là nulle erreur de votre part. Vous êtes innocent, et ne faites que porter le fardeau des erreurs passées de vos ancêtres. Par leur faute, vous perdez peu à peu la raison. Par leur faute, des promesses ont été rompues. Par leur faute, la ruine et la désolation ont frappé les terres qui vous reviennent, autrefois fertiles et accueillantes, dorénavant sauvages et mortelles, où des chairs corrompues et des métaux pervertis règnent en maîtres.

De Houvnolstein. Ce nom dorénavant maudit projette encore son ombre sur vos vies. Continuerez-vous à en subir les conséquences, ou préférez-vous au contraire vous battre afin d'apaiser ces maux ? Il existe une solution : terminer cet ouvrage qui m'est désormais inaccessible. Brûlez ce Cœur qui pulse d'un rythme démoniaque et recevez votre pardon.

Vous pouvez ne pas me croire, ou encore me rejeter la faute. Mais vous ne pouvez nier ce besoin qui sommeille en vous. C'est pourquoi je vous conjure de rejoindre [INDÉCELABLE] afin de mettre un terme à cette folie. Éradiquez les racines de cette corruption, réclamez votre dû, restaurez l'honneur de votre famille et obtenez enfin la rédemption de vos aïeux.

La Gardienne

Un plan détaillé est de plus toujours inclus permettant de rejoindre SCP-511-FR-A à partir du domicile de la personne ciblée. À part sa matérialisation, SCP-511-FR ne possède aucune autre propriété anormale.

La nature exacte de SCP-511-FR-Prime est inconnue, nommé "Gardienne" dans les documents récupéré. Il apparait que SCP-511-FR-Prime soit un être humanoïde possédant plusieurs capacités anormales, ou bien une charge/une responsabilité transmise à diverses personnes. SCP-511-FR-Prime semble avoir occupé un rôle important dans les événements ayant amené à la création de SCP-511-FR-A.

Les alentours de SCP-511-FR-A consistent en une forêt de type continental particulièrement dense dans laquelle aucun animal ne vit. Il est supposé que la faune locale a pris l'habitude de contourner la zone afin d'éviter tout réveil des instances SCP-511-FR-1 et 2. Un chemin traverse cette forêt et permet d'accéder à SCP-511-FR-A. Plusieurs sentiers parallèles, apparemment très peu fréquentés par le passé étant donné leur état, comportent une quantité non négligeable de pièges incapacitants (à mâchoires, à lacet, cages tombantes) dont une minorité est encore en état de fonctionnement. Une partie de ceux-ci contient des corps humains en décomposition, identifiés comme étant des personnes ayant disparu. L'un d'entre eux correspond à celui de Victor Montfort, reclassée par la suite en tant que PdI no511-FR-5.

SCP-511-FR-A désigne les ruines d'un village abandonné situé en Charente-Maritime, à proximité de la Tremblade. Celui-ci se trouve sous la contrainte d'un effet antimémétique anormal, empêchant la conceptualisation de son nom. Seul un verrou antimémétique de catégorie II permet de se prémunir de cette anomalie. L'objet sera donc parfois désigné avec le terme [INDÉCELABLE] dans les documents n'ayant pas été traités de manière appropriée. L'origine derrière cette spécificité est inconnue, bien que certains documents retrouvés sur place laissent sous-entendre que la Confrérie des Chevaliers de Saint Georges2 soit impliquée.

SCP-511-FR-A accueillait auparavant entre 2000 et 2400 personnes, estimation basée sur le nombre de maisons habitables, bien qu'il soit possible que plusieurs d'entre elles aient été rasées. À ce jour, plus aucun être vivant ne réside dans l'anomalie, la population ayant très probablement été exterminée sur une très courte période de temps, comme peuvent en témoigner une quantité non négligeable de squelettes répartis sur l'entièreté du hameau. À noter que des blessures ne correspondant pas au mode opératoire des instances ont été repérées. De plus, parmi les corps présents, plusieurs ont été identifiés (par analyse odontologique) comme étant ceux des PdI no511-FR-2 à 4, 6 et 7. Il s'avère que certaines avaient sur elles un appareil photo, duquel sont issues la majorité des photographies du présent rapport.

Plusieurs bâtiments notables, considérablement dégradés, ont pu être recensés :

Ce bâtiment est de style Restauration, bien qu'il s'avère se baser sur une église plus ancienne : celui-ci semble avoir subi une très importante restauration au cours du début du XIXème siècle. Un mur écroulé laisse entrapercevoir sous la chaux plusieurs symboles également présents sur des documents en lien avec les Matrones3. Cependant, le bâtiment s'avère être actuellement le plus endommagé de SCP-511-FR-A, ayant probablement été la cible principale des instances SCP-511-FR-1 et 2. Plusieurs débuts de barricade sont présents, élaborées à partir de bancs de prière et de planches en bois ; ainsi qu'une quantité plus importante de squelettes (supérieure au reste de SCP-511-FR-A), éparpillés parmi les ruines. Du sang séché est également visible, bien que celui-ci ait été en partie effacé par les années. Des armes de fortune, comme des fourches, des couteaux ou des faux, sont plantées dans les corps des instances SCP-511-FR-1 et 2. Ces blessures ne leur sont cependant pas incapacitantes, celles-ci pouvant toujours être réactivées et agir sans encombre.

Sous l'autel principal, sur lequel figurent plusieurs symboles propres à la Confrérie des Chevaliers de Saint Georges indiquant la position de diaboli anomali4, se situe également un coffret secret accessible uniquement par un mécanisme caché, contenant des bijoux d'une faible valeur monétaire ainsi qu'une lettre manuscrite. Bien que son état de dégradation soit extrêmement avancé à cause de l'humidité, celle-ci a pu être restaurée presque intégralement et est retranscrite ci-dessous :

À l'attention de Sa Grâce Pierre Paulin Andrieu Archevêque de Bordeaux,

Je ne vous avais point écrit depuis ma prise de fonction, espérant purifier ce hameau dont vous m'aviez confié la charge par ma propre obstination et bienveillance envers ces pauvres âmes égarées. J'avoue avoir quelque peu succombé au péché d'orgueil en pensant que cette tâche serait de nature triviale. Qu'elle m'apporterait une renommée suffisante afin de me permettre d'accéder à des postes plus élevés. Il ne me semble pas me tromper en vous disant que j'ai eu tort. La situation en ces lieux est intenable.

En plus d'avoir eu à effectuer un très important travail, si j'ose dire, d'évangélisation auprès de la populace, que les doctrines laxistes de feu père Blaise n'avaient pas réussi à retenir, celle-ci (soutenue par la Gardienne) ayant peu à peu succombé à l'adoration d'entités païennes, voilà que des événements imprévus viennent chambouler une fois de plus le cours des événements.

Au retour des deux enfants dégénérés, dont la raison de la décadence de la famille vous a sans doute été transmise lors de votre prise de poste, s'ajoute dorénavant la peur du peuple. En effet, malgré mon acharnement à en supprimer les copies et à punir les personnes les répandant, voilà que des contes de bonnes femmes traitant de créatures infernales et de rituels démoniaques viennent de refaire surface parmi les rumeurs. Ajoutez à cela plusieurs disparitions mystérieuses, et vous avez là le mélange idéal pour un climat propice à la terreur sourde. Plus je tente de sauver la situation, et plus les choses semblent se précipiter. Et vous savez comme moi qu'un peuple terrifié a parfois des réactions disproportionnées.

J'ai donc parlé de mes craintes envers ces probablement futurs actes de violence à la personne la plus apte à les mener, [TACHÉ], afin de la raisonner : un soulèvement sans tête ne va guère loin. Mais celle-ci, non contente de superbement ignorer mes tentatives de rationalisation, s'est tout à coup trouvé un responsable aux maux accablant ce maudit hameau. Ou plutôt devrais-je dire des responsables, mais vous avez sûrement déjà compris de qui je voulais parler. Je crains de devoir faire appel à la Gardienne, seule personne encore à peu près sensée, afin de réfréner les ardeurs d'une population de plus en plus terrifiée. Je vous tiendrai au courant des avancées.

Daignez, votre Excellence, agréer l’expression de ma très respectueuse considération,

Père Thibaud, curé de [INDÉCELABLE], 27 décembre 1913

Face à ce silence, les archives de l’archevêché de Bordeaux furent fouillées. Plusieurs documents retinrent l'attention de la Fondation, dont une note manuscrite trouvée dans la marge d'un livre de prière ayant appartenu à l'archevêque Jean de Cheverus, faisant état d'une "situation préoccupante à [INDÉCELABLE]". En plus de cela, une page arrachée de journal, datée de 1836, sur laquelle sont inscrits plusieurs termes illisibles (même si "Et vindicaverunt vindicta est mihi molestius" a pu être décrypté), sûrement rédigés lors d'un épisode de déréalisation subi par cette même personne à la fin de sa vie.

Adjacent à l'église, cet endroit de SCP-511-FR-A est relativement épargné par l'état de délabrement général de l'anomalie. Couvrant une superficie d'approximativement 5 000 m2, le cimetière contient les dépouilles des habitants de SCP-511-FR-A depuis le début du XIIIème siècle. Les noms présents sur les tombes ont permis de retracer les arbres généalogiques de diverses familles ayant vécu dans le hameau, dont celui des De Houvnolstein.

Un caveau en particulier, dont les occupants n'ont pu être identifiés étant donné l'effacement des noms dû au temps, s'avère toujours être fleuri, quelle que soit la période de l'année. Y figurent de nombreux symboles identiques à ceux présents dans l'église, dont plusieurs représentations des Matrones.

Sur autorisation du Comité d'Éthique, plusieurs corps furent exhumés afin d'être étudiés. Les analyses ADN ont révélé l'existence d'un gène particulier, présent également dans le patrimoine génétique de chaque PdI5. Un examen plus poussé des dossiers médicaux de la lignée a permis de mettre en lumière une très nette tendance aux schizophrénies dysthymiques, s'aggravant avec l'âge. À noter que seuls les descendants de Hector de Houvnolstein semblent posséder cette anomalie, son père Arnaud ainsi que toutes les personnes l'ayant précédé n'apparaissant pas en avoir été victime. Ci-dessous le témoignage de Gérard Montfort, PdI no511-FR-K :

Vous voyez cette honte, ce sentiment que vous ressentez après avoir commis une erreur ? Cela vous comprime le cœur, vous fait tourner la tête, monter les larmes aux yeux, serrer les dents, trembler les mains. Comme quelque chose de dangereux qui aimerait sortir, un orgueil meurtri, une rage sans réelle raison, un profond désir d'oubli. Tout ceci mène à un infâme mélange de sentiments contradictoires, entre l'envie de réparer et celle d'ignorer, entre la rédemption et la fuite, entre se relever et se coucher. Cela peut durer plusieurs minutes, parfois des heures dans les cas les plus terribles, lorsque les circonstances auraient pu mener à une issue plus favorable, possibilité anéantie par des décisions souvent hâtives, égoïstes et futiles.
Mais cette période de souffrance a une fin, tout a forcément une fin. On ne peut jamais vraiment réparer cette erreur, mais on peut au moins tenter d'en atténuer les conséquences. Ou chercher à oublier ce moment d'égarement, deux issues possibles. Ce sentiment finit par s'apaiser au fil du temps grâce à ces deux options : on parle alors de remords, de regrets, de pénitence parfois. C'est normal, cela arrive, nous avons tous besoin d'expier nos fautes, d'une manière ou d'une autre. Je veux dire, nous en avons tous été victimes. Nous nous y soumettons, nous y consentons, nous pardonnons en fin de compte.
Mais pas vraiment pour Pascal6 et moi. Et pour Théo, Lily et Amiens7. Et maintenant que j'y pense, pour toute cette famille. Je ne parviens pas à oublier ces moments. Je n'arrive pas à considérer ces erreurs comme appartenant au passé. Je ne comprends pas pourquoi ces événements me tiennent toujours autant à cœur. À chaque fois que je repense à l'un d'eux, je ressens une si vive douleur au niveau de ma poitrine. Comme une blessure ne s'étant jamais refermée : le temps n'a permis ni à une croûte de se former, ni au sang de se vider entièrement. Une espèce de perpétuelle agonie sans cesse ravivée par de noirs souvenirs. C'est au-delà des remords : le chagrin est censé s'atténuer avec les années, pas rester en poste à attendre la moindre mention afin de taillader un peu plus cette balafre. Un regret ne vous met pas à genoux à chaque fois qu'un sujet sensible est abordé. Une honte passée n'est pas supposée vous faire monter les larmes aux yeux alors que tout est mort et enterré depuis des décennies.
En plus de ce fléau, il y a la peur de celui-ci. Je ne cesse de craindre que tel sujet risque de provoquer ce sentiment. Des mots deviennent tabous par les risques qu'ils représentent. Des portions entières de notre vie sont volontairement occultées par la douleur que provoque leur évocation. Des personnes s'éloignent pour ne pas nous blesser. Des liens se brisent. Des objets sont jetés. Des comportements et des habitudes chamboulés. Parce qu'ils représentent un danger. Parce qu'ils pourraient nous faire souffrir. Parce qu'ils pourraient nous rappeler que nous avons failli, et qu'aujourd'hui encore nous en subissons les conséquences.

En résulte une forme particulière d'hypermnésie, extrêmement semblable au syndrome de Targowla. Celle-ci est sélective, ne choisissant que les souvenirs emprunts d'émotions comme la honte, le chagrin ou le désespoir. La différence majeure avec le syndrome évoqué précédemment, en plus de sa récurrence, est l'absence de tout événement traumatisant déclencheur : chaque réminiscence désagréable est en mesure de provoquer cette pathologie.

Le bâtiment consiste en un ensemble de plusieurs manufactures de taille réduite. Celles-ci avaient pour but de créer divers meubles, outils et autres pièces de menuiserie, obtenus en travaillant le matériau obtenu de la coupe des arbres alentours au hameau. Il est estimé qu'environ trois-cents personnes ont travaillé dans ces locaux, sans compter celles s'occupant de la récolte ainsi que de l'acheminement du bois, fournissant ainsi un travail à une quantité non-négligeable d'habitants. À proximité se situent également les fondations d'ateliers supplémentaires, inachevées cependant.

Les bureaux administratifs, situés à l'étage, ont été relativement épargnés pour des raisons inconnues, et contiennent de nombreux documents ayant été préservés. Plusieurs actes de propriété des ateliers ont donc pu être recouvrés, tous indiquant l'appartenance à la famille des De Houvnolstein, ainsi qu'une importante quantité de factures, étalées sur deux périodes particulières : de 1815 à 1836 et de 1912 à 1913. A également été récupéré une ébauche de discours, retranscrite ci-dessous :

Mes chers habitants de [INDÉCELABLE], mon frère Charles et moi sommes heureux de vous annoncer qu'une nouvelle ère se lève pour notre village.

Il va sans dire que les dernières années ont été dures. Entre cette épidémie de choléra ayant décimé les rangs de nos parents, les mauvaises récoltes successives ainsi que l'incapacité notoire de mes ancêtres à repousser la folie, qui guida leurs gestes pour amener la ruine et la désolation sur ce hameau, l'espoir avait fini par ne plus être, et la déchéance à s'installer pour de bon en ces lieux.

Il y a des choses qui ne pourront jamais être réparées, des horreurs qui resteront gravées dans les esprits, des erreurs indélébiles qui continueront à hanter les ruelles emplies de débris ainsi que les sentiers tortueux menant au manoir. Nos ancêtres ont péché, ils ont failli dans leur mission consistant à protéger et à faire croître [INDÉCELABLE]. Pour cela nous devons les blâmer.

Hier, Mère est décédée. Honorine De Houvnolstein n'est plus, la démence ayant précipité ses gestes et hâté sa fin. La vieille garde a cessé d'exister, et mon frère et moi sommes les derniers descendants directs de notre noble famille. À nous revient donc la dure tâche de restaurer [INDÉCELABLE] afin de lui rendre sa grandeur d'antan, voire plus.

Nous comprenons votre méfiance. Nous sommes revenus il y a peu seulement, et certains d'entre vous voient encore une fuite dans notre voyage initiatique, ainsi qu'un lâche opportunisme dans notre retour. Que comme nos ancêtres, nous ne ferons que précipiter notre chute en emportant le hameau avec nous. Mais pas cette fois-ci. Nous avons chacun rapporté une science particulière de notre périple, qui assurera à tous un avenir des plus agréables.

Notre association peut effectivement vous sembler surprenante étant donné nos dissensions lorsque nous n'étions que des enfants. Mais nous avons grandi et nous sommes assagis, et la coopération s'avère être la clef de voûte de notre reconquête de toutes ces années de déchéance. Pour preuve, nous nous sommes entendus hier sur plusieurs conditions, et nous avons décidé conjointement que dès demain nous nous mettrons à la tâche afin de remettre sur pieds les usines construites autrefois par feu Hector de Houvnolstein.

Soyez assurés que nous ne reproduirons pas les erreurs de nos ancêtres, et que bientôt [INDÉCELABLE] brillera de nouveau parmi les autres bourgades, avec de nouveau à sa tête les derniers membres sensés des De Houvnolstein.

Attenant à ce qui apparaît être une ancienne école, ce bâtiment comporte encore de nombreux ouvrages. Bien qu'il ne reste de la plupart que les couvertures, une très nette direction se dégage : aucun livre figurant sur l'Index librorum prohibitorum8 n'est présent. Bien que cet état puisse passer pour une coïncidence, la très forte proportion d'ouvrages religieux (catholicisme romain, environ 35 % de tous les écrits du bâtiment) couplée à la découverte d'un document particulier (disponible plus bas) permet au contraire d'envisager un partenariat entre la famille De Houvnolstein et de puissantes instances religieuses.

L'acte cité précédemment consiste en un édit manuscrit, conservé sous verre et situé à l'entrée du bâtiment, de manière à être vu par toute personne y pénétrant. Ce document est actuellement le seul quasiment intacte malgré les années passées depuis sa parution. Il est signé de la main du père Maurice, curé de SCP-511-FR-A de 1836 à 1862, et fait état d'une interdiction formelle, soutenue par le pape Grégoire XVI9, de tout ouvrage qui pourrait amener à des "déviances païennes". La raison principale évoquée est "d'aider la famille De Houvnolstein à trouver sa rédemption", bien qu'aucun autre élément ne puisse préciser le contexte.

Une fouille attentive des lieux a permis aux équipes de récupération de découvrir un compartiment caché, situé derrière une étagère de la salle d'étude, au premier étage. Dans ce caisson se trouvent de nombreux ouvrages abîmés à cause de l'humidité. La totalité d'entre eux sont des recueils de contes et légendes de différentes époques et lieux : Les Contes de ma mère l'Oye de Charles Perrault, Les Mille et Une Nuits, Contes de l'enfance et du foyer des frères Grimm ou encore Les Nuits facétieuses de Straparole. Cependant, deux livres en particulier se distinguent : ceux-ci ressemblent plus à des cahiers, sans titre et avec une écriture manuscrite. Ils apparaissent être des anthologies de légendes locales ne figurant nulle part ailleurs. En effet, une comparaison avec d'autres contes locaux n'a montré aucune ressemblance, tant dans la forme que la morale des histoires. Un extrait est disponible ci-dessous :

Il était une fois, au beau milieu d'une grande et mystérieuse forêt, un bandit au grand cœur. Benjamin d'une grande famille, le pauvre n'avait hérité de rien à la mort de ses parents, à part d'un vieux couteau de cuisine rouillé. Il aurait pu demander de l'aide à ses frères et sœurs, mais il était orgueilleux : s'il n'avait eu que ça, alors il ne partirait que de ça, sans quémander l'aide des autres. Il hésita longuement entre les métiers de coutelier, boucher ou cuisinier, mais il voulait avant tout vivre dans la forêt. Ce garçon était en effet entré en contact avec des créatures bien curieuses qui résidaient parmi les arbres touffus et les sentiers perdus, et il avait envie de les trouver à nouveau, fasciné par la grâce et l'étrangeté de ces êtres que de toutes parts l'on surnommait "fées". Alors il se fit bandit : il vivrait dans les bois, caché par la végétation, et frapperait quiconque traverserait les tortueux chemins qui menaient au grand village.

C'était un petit hameau qui ne demandait qu'à vivre en paix. Ses habitants n'avaient ni l'arrogance des puissants, ni la couardise des faibles : tout ce qu'ils souhaitaient, avant même de penser au confort ou aux richesses, c'était d'une vie calme et sans soucis.

Mais hélas, les années passèrent, et ce village se trouva bien vite sous la coupe d'un odieux comte, un vil personnage qui dirigeait ces pauvres gens d'une main de fer, ne leur laissant que peu pour se nourrir ou se divertir. Celui-ci accaparait toutes les ressources pour son propre plaisir égoïste, négligeant celles et ceux qui étaient dans le besoin. Nul n'osait lui faire face : il disposait de gardes, armés de lames acérées, et du soutien des comtés voisins. À cela s'ajouta un groupe de bandits, qui pillait les routes, ravageait les champs et attaquait la population pour son pur plaisir. Un terrible duel dans lequel les habitants étaient toujours perdants.

Pourtant, un jour, une terrible famine frappa le village. Beaucoup tombèrent, incapables de subvenir aux plus simples des besoins. Certains en étaient résolus à quitter les lieux afin de chercher fortune et santé ailleurs. La colère commença à monter parmi la population : c'en était assez de ce comte, de cette infâme personne qui ne se souciait guère de ses sujets. Alors que les plus pauvres rampaient dans la rue à la recherche du moindre brin d'herbe, lui se vautrait dans l'opulence et la débauche. Ainsi, certains commencèrent à fomenter des embuscades à son encontre, afin de lui faire payer sa malhonnêteté et ses vices.

Mais le comte fut mis au courant de tous ces agissements. De discrètes oreilles lui rapportèrent les faits et gestes qui risquaient de mettre en péril sa position. Il chercha conseil auprès des domaines voisins, mais il abandonna bien vite lorsqu'il se rendit compte qu'aucun de ses "amis" ne souhaitait l'aider. Alors, pour éviter de perdre son pouvoir, il eut l'idée de faire appel aux bandits, qui jusque-là ne lui avaient causé que maints maux. Par une nuit sans lune, il quitta son château et marcha longuement dans la sombre forêt. Il évita de justesse les loups, les ronces et les pièges tendus et arriva au camp de ses ennemis. Là, alors que tout le monde dormait, il glissa une lettre dans les poches du chef, qui s'avérait être son propre frère, le seul qui lui restait, avant de bien vite repartir.

Le lendemain, lorsque le meneur découvrit le message, lui demandant de l'aider à maintenir l'ordre dans le village contre monnaie sonnante et trébuchante ainsi qu'en souvenir de leur camaraderie passée, il sourit. Il avait vu là une opportunité, une faiblesse dans les plans de ce petit seigneur, de son frère aussi malhonnête que lui. Bien que l'argent l'intéressait, il souhaitait avant tout acquérir quelque chose d'autre, que l'or ne pouvait pas complètement lui procurer : le pouvoir. Un plan diabolique germa donc dans sa tête. Il ordonna à tous ses guerriers de se diriger vers le village. Une cohorte se forma et marcha en direction de ce hameau, les épées dégainées et les arcs bandés.

Le chef avait une idée, mais il ne pouvait mener cette tâche seul. Alors, pendant que ses bandits marchaient sur le village, il s'éclipsa et s'enfonça encore plus profondément dans la forêt. Là, il y rencontra les fées, qui vivaient en harmonie avec la nature. Il leur proposa un marché : contre leur aide, le chef promettait d'honorer ces créatures magiques, grâce à des fêtes et des autels consacrés. Les fées acceptèrent : c'était en effet tout ce qu'elles désiraient, après avoir été rendues muettes par les clochers construits.

Une fois là-bas, son intuition fut juste : le village n'était pas gardé. Tous les soldats censés surveiller les environs s'étaient retranchés avec le comte dans le château. Le chef fit alors sortir tous les habitants sur la grand-place, les poussant de la pointe de sa dague et les menaçant s'ils résistaient. Une fois les maisons vidées, il leur parla. Le meneur expliqua dans un grand calme tout le plan du comte, clamant haut et fort sa transparence ainsi que sa loyauté envers le village. Les fées, cachées dans les bois environnants, soufflèrent dans leurs mains et une fine poudre blanche fut éparpillée, une substance qui faisait tourner la tête et devenir crédule. Une immense colère s'empara des villageois, et le chef sut la diriger et l'utiliser à sa guise. Fort de deux petites armées, celle de bandits et celle d'habitants, il se lança à l'assaut du château.

Après maints combats, il réussit à pourfendre le comte et ses gardes. Les villageois, fous de joie, lui octroyèrent le trône, à cette personne qui les avait libérés de ce tyran. Il accepta, et devint le nouveau seigneur de ces terres. Il se révéla cependant bien vite tout aussi cruel et arrogant que son prédécesseur. Certains furent déçus de sa conduite, mais tous s'accordèrent à dire que, même si les dirigeants posaient toujours autant de problèmes, au moins ils n'auraient plus à gérer de bandits.

Et le village retomba dans son désir de calme et de paix, encore aujourd'hui insatisfait.

De deux maux, choisis de soutenir celui qui à coup sûr provoquera la chute de l'autre.

Au centre de SCP-511-FR-A, sur ce qui semble être la place majeure du hameau, se situe la sculpture de Hector De Houvnolstein, considérablement dégradée par les années. L'objet est fait de grès, roche caractéristique de la région, et mesure près de 5 m. Celui-ci est représenté regardant en direction du sud, un chapelet à la main, délaissant ce qui semble être une stèle. À la base est gravé "À Hector De Houvnolstein, 12 décembre 1788 - 29 mars 1859, [INDÉCELABLE] reconnaissant" en partie effacé ayant été volontairement effacé, ainsi qu'une autre inscription "[DONNÉES SUPPRIMÉES]", celle-ci étant parfaitement lisible malgré l'usure.

Une partie particulièrement érodée de la statue permet de découvrir que celle-ci est fondée sur un autel dédié à [DONNÉES SUPPRIMÉES]. Ces éléments laissent à penser que SCP-511-FR-Prime serait lié à la cité-état de Mirmande, bien qu'il soit impossible aux chercheurs de la Fondation de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse étant donné la difficulté à pénétrer l'endroit.

SCP-511-FR-1 désigne un type d'entité humanoïde composée de chair humaine à vif et de forme exacte variable (certaines instances possédant des membres disproportionnés, d'autres une taille grotesque, d'autres encore faisant état de très sérieuses blessures). Sur celle-ci figurent plusieurs symboles semblables à ceux retrouvés sur des anomalies sarkiques propres au groupe de "l'Ordre Ésotérique du Ver Blanc", désignée en tant que GdI-0385, bien que ceux-ci soient particulièrement simplifiés et maladroits. Les tissus de l'entité se nécrosent et se régénèrent constamment à une vitesse très élevée, modifiant donc sa masse. Plusieurs plaies, encore purulentes, causées par des armes tranchantes (ne correspondant pas à celles retrouvées à proximité cependant) laissent entrapercevoir un squelette métallique, sur lequel la chair apparaît comme plus stable que celle présente sur l'extérieur. Les instances SCP-511-FR-1 ne possèdent pas de résistance anormale face aux assauts physiques, mais leur vitesse de régénération rend leur élimination extrêmement difficile.

SCP-511-FR-2 désigne un type d'entité humanoïde faite de métal, semblable à celles produites par un mouvement de l'Église du Dieu Brisé, l'Église Orthodoxe de l'Engrenage, désigné en tant que GdI-004B. Les diverses instances sont globalement identiques, même si leur comportement diffère grandement une fois celles-ci actives. Bien que les plaques de fer des instances soient relativement mal assemblées, laissant certains de leurs côtés tranchants à nu, celles-ci restent extrêmement résistantes. L'intérieur de SCP-511-FR-2, découvert grâce à un spécimen ayant été scindé en deux, est rempli d'une chair humaine n'ayant pas pu être précisément identifiée, semblant prévenir toute rouille et assurer la mobilité des pièces métalliques. Un examen plus poussé a cependant révélé que celle-ci est en conflit avec une autre chair de nature différente, chacune tentant de nécroser l'autre.

Les instances SCP-511-FR-1 et 2 sont la plupart du temps étendues au sol, immobiles. Cependant, rester à proximité plusieurs minutes ou effectuer des mouvements brusques à côté de celles-ci entraîne leur réveil, ainsi qu'un "épuisement considérable" selon les témoins. Suite à une série de tests, il est supposé que les entités vont absorber "la vie" ou "l'énergie" ainsi que "le mouvement" des objets et êtres vivants proches. Ainsi, lors des expéditions dans SCP-511-FR-A, les membres du personnel ressortent extrêmement fatigués et les appareils électroniques déchargés. Les armes à feu notamment, étant donné la vélocité des projectiles, apportent suffisamment d'énergie et de mouvement pour réveiller plusieurs entités simultanément.

Les instances SCP-511-FR-1 et 2 sont présentes dans tout SCP-511-FR-A en proportions égales, bien qu'elles soient plus nombreuses au niveau de l'église. Une fois réveillées, les entités tentent de supprimer la source de leur réactivation par tous les moyens possibles, allant jusqu'à poursuivre les êtres vivants tentant de s'enfuir. Une fois que leur cible a été éliminée, ou qu'elle s'est suffisamment éloignée, les entités errent pendant quelques instants avant de redevenir inertes. À de rares occasions, les instances SCP-511-FR-1 et 2 ont été aperçues se combattre. Leur présence ainsi que leur agressivité rendent les explorations de SCP-511-FR-A extrêmement dangereuses.

Les deux corps les plus récents10, ceux des PdI no511-FR-6 et 7 (respectivement Marie et Josiane Ribeaudet), ont subi un examen plus poussé étant donné leur intégrité11. La double disparition de la conjointe ainsi que de la fille de Antoine Ribeaudet (reclassé par la suite PdI no511-FR-Q) amena la Gendastrerie Nationale Française à enquêter sur le passif de cette famille. Il s’avéra que 5 autres personnes avaient elles aussi disparu (aujourd'hui reclassées en tant que PdI no511-FR-1 à 5) au cours du siècle précédent, sans qu'une quelconque piste ait pu être trouvée. Au même moment, la Fondation enquêtait sur les traces de SCP-511-FR-A, en partie sur décision du Dr Gobatoin suite à plusieurs entretiens avec SCP-406-FR. Lorsque les deux pistes se croisèrent, la Gendastrerie décida de se retirer de l'investigation, préférant rediriger ses ressources sur d'autres affaires. La Fondation put donc librement interroger le suspect, âgé de 56 ans au moment des faits, et ce deux semaines après la double disparition. Les informations recueillies sont disponibles dans le dépliant ci-dessous.

Marie a toujours eu comme une ombre, planant au-dessus d'elle. Une espèce de pensée noire qui l'empêchait de dormir la nuit, d'envisager des journées paisibles, d'apprécier la vie en somme. Je l'ai toujours vue avec son regard triste, un peu perdu dans le vide. Elle n'était jamais complètement avec nous, se mettant volontairement à l'écart pour rester seule, plus souvent et longtemps que ce dont une personne normale a besoin. Il y avait bien sûr ce, disons passif familial qui assombrissait sa vie, mais ça je le voyais chez tous ses cousins, tantes et autres parents. Je vous en ai déjà parlé, de ces éternels remords qui vous hantent pour toujours. Mais là, il y avait vraiment quelque chose d'autre.

Marie m'a avoué un jour qu'elle regrettait son frère. Elle aurait aimé plus le connaître, plus l'apprécier, se réconcilier avec lui avant qu'il ne disparaisse. Mais tout était allé si vite à l'époque… Je ne fréquentais pas encore les Montfort, mais j'avais déjà entendu parler de Victor. Un sacré réfractaire celui-là. Même sans connaître cette famille, les violentes disputes qui opposaient ce jeune homme à ses parents étaient connues de tout le village, même si personne n'osait en parler devant eux. Victor prenait un malin plaisir à faire souffrir ses parents en leur rappelant leurs erreurs. Tant de larmes ont dû couler par sa faute, tant de mauvais souvenirs ressassés dans un but si… Hum. Et Marie, au milieu, n'osant rien dire. Il faut dire que Georges et Clémence étaient des personnes très strictes. Ils craignaient par-dessus tout que leurs enfants réitèrent leurs erreurs passées, et verrouillaient en conséquence tout ce qu'ils pouvaient. Ce qui, dans le contexte des années 60, allait irrémédiablement déclencher un vent de révolte de la part d'un Victor opprimé et particulièrement revanchard. Il avait plusieurs fois menacé de partir auparavant, sans suites heureusement. Puis il y a eu comme un élément déclencheur et du jour au lendemain, il a disparu.

Plus personne n'a jamais entendu parler de lui. Les recherches n'ont rien donné, la police n'a jamais trouvé de piste exploitable. Victor s'était comme évaporé dans la nature, ou s'était caché à un endroit que nul ne connaissait. Marie en a été durablement marquée. Quand j'ai commencé à la fréquenter, elle me quittait parfois silencieusement pour aller pleurer en toute discrétion, lorsque son frère était mentionné. Elle avait 16 ans à l'époque, bien trop jeune pour perdre un membre de sa famille.

Ça l'a donc travaillée durant toutes ces années. Vous n'avez pas idée du nombre d'heures où nous sommes restés enlacés tous les deux, elle sanglotant et moi tentant de la réconforter. Et plus encore ces derniers mois : son père perdait peu à peu la tête. Déjà qu'auparavant il peinait à se souvenir de choses normales, comme son adresse, son âge ou le nom de ses enfants… C'est très dur de voir son père se, se déliter sous ses yeux. De le regarder partir petit à petit, sans que l'on ne puisse rien faire. De ne plus arriver à discuter avec lui, seuls des souvenirs douloureux pour chacun lui restant. Et puis un jour, alors qu'il ruminait et se fatiguait sur le devenir de sa femme, décédée il y avait près d'un an, il s'est comme excité en criant qu'il avait trouvé la solution. Qu'il savait où était parti Victor. Georges en était devenu hystérique, son cœur l'a lâché. Je n'ai jamais su ce qui l'avait amené à un tel état.

Quant à Marie, ça l'a dévastée. Elle était presque convaincue qu'une malédiction pesait sur sa famille. Elle en était à s'excuser de m'avoir impliqué dans toute cette histoire, et envisageait même le divorce afin de me "mettre à l'abri". C'était ridicule. Elle en perdait la raison. J'avais beau tenter de lui expliquer calmement, elle niait en bloc. Cette période a été terrible, je me sentais responsable mais, mais je ne savais pas quoi faire. Rien que d'y repenser, ça me fait mal. Je l'ai laissée s'enfoncer dans cette affaire n'ayant ni queue ni tête. Je, j'aurais pu faire faire quelque chose. Quand nous avons vidé la maison de son père, elle a notamment retrouvé des carnets contenant les dernières divagations de son père, ainsi qu'une lettre qui avait l'air… particulière. À partir de ce moment-là, elle n'a plus du tout été la même. Pendant deux jours, elle n'a plus dormi, souffrait de fièvres et de frissons. Marie était malade, j'ai cru à une grippe ou quelque chose de plus violent. Mais c'était définitivement dans sa tête que ça se passait. Puis je l'ai aperçue une dernière fois lisant le courrier sur le pas de la porte, avant de se ruer sur le téléphone pour appeler Josiane, notre fille. Elle m'a demandé d'aller de toute urgence à la pharmacie pour lui chercher des médicaments, j'ai obéi stupidement.

À mon retour, Marie n'était plus là. Elle avait emporté quelques affaires avant de partir, mais ne m'avait laissé aucun message. Rien du tout. J'ai vaguement espéré qu'elle revienne, alors j'ai attendu. Peut-être qu'après tout, elle n'avait qu'une seule chose à aller vérifier dans les environs et qu'elle serait de retour dans la soirée ? J'aurais dû partir à sa recherche. Je n'ai réagi qu'au bout du deuxième jour. Bien évidemment, son téléphone ne répondait pas, aucune de ses amies ne l'avait vue et personne n'avait eu vent de sa destination.

Mais le pire, c'était que Josiane aussi avait disparu. Pareil pour elle : personne de prévenu, pas de message, pas d'adresse laissée. Rien qui puisse nous donner une quelconque indication. Peut-être sont-elles parties toutes les deux ? Ou alors cette double disparition n'est que le fruit du hasard ? Je ne sais pas, aucune des deux possibilités ne me semble envisageable. J'ai peur, je me pose des questions et je ne cesse de me demander pourquoi je n'ai rien fait. Ça me pèse, vous savez ? Tout au conditionnel : j'aurais pu, j'aurais dû, je les aurais sauvées. Mais non. Je, pourrions-nous faire une pause ?

Quant à Josiane, c'est… plus compliqué. Je sais, cela peut vous sembler bizarre, mais je dirais qu'il y a toujours eu comme une, une distance entre nous deux. Je n'ai jamais été très proche de ma fille. J'étais déjà très pris par mon travail, mais lorsqu'elle s'est peu à peu mise à adopter les mêmes mimiques que sa mère, ce même regard, cette exacte même, disons torsion de l'esprit. Des regrets, des regrets, des regrets, toujours. Elle n'arrivait pas à se pardonner. C'en était affligeant, et fatiguant. Je peux vous paraître horrible à dire ça, mais chaque nuit je devais aller la consoler pour un rien, pour quelque chose qui s'était produit il y a plusieurs jours, années parfois. Josiane n'arrivait pas à accepter le fait d'avoir commis des erreurs. J'avais beau lui dire, en prenant un air inspiré, que errare humanum est, mais j'ai fini par abandonner l'idée d'avoir une petite fille pleine de joie. J'ai échoué à faire d'elle une personne optimiste et agréable, j'ai raté son éducation. Josiane s'est contentée de suivre le parcours si triste de Marie. Les sujets à ne pas aborder pour ne pas provoquer de crises, les changements d'écoles parce qu'un camarade lui avait dit sans vraiment y penser une méchanceté, son naufrage dans ses études à cause du stress. Ça n'a été qu'une longue suite d'échecs malgré mes efforts. C'est si douloureux d'y repenser.

C'est en partie pour cela que je me suis vraiment éloigné d'elle. Je ne supportais pas cette idée qu'un même schéma se répétait. Le portrait de sa mère. Un cas identique à gérer, c'était trop pour moi. Je, je regrette maintenant. Beaucoup. Comment ai-je pu à ce point abandonner mon propre enfant ? Au moins, je n'ai pas cherché à éloigner Josiane et Marie. Elles se comprenaient, pour sûr. J'étais comme à l'écart. Chacune connaissait la douleur ressentie par l'autre, à ma différence. Je n'ai presque toujours été qu'un observateur extérieur pour elles.

Si elles ont décidé toutes les deux de disparaître d'un commun accord dans la nature, alors elles doivent sûrement être ensemble. J'espère qu'elles vont bien.

Toutes les PdI descendent, ou ont été mariées à un membre, de la famille des De Houvnolstein. Cette maison, autrefois inconnue de la Fondation, semble avoir joué un rôle très important, bien qu'encore partiellement incompris, dans les événements ayant mené à la création de SCP-511-FR-A. Les recherches ont permis de mettre à jour l'historique de cette famille, mis en forme par Charles Gaffin, historien de la Fondation, et disponible ci-dessous :

Les traces de cette puissante dynastie ayant périclité au fil des siècles sont assez difficiles à trouver, la faute revenant à une histoire relativement peu glorieuse, la maison des De Houvnolstein étant souvent reléguée en arrière-plan dans les documents officiels. Les actes de bravoure, les procès, les contrats, les actes de propriété… bien trop peu les mentionnent au cours des cinq siècles et demi pendant lesquels la famille a existé. Reconstruire une chronologie exacte s'est donc avéré particulièrement difficile, et le résultat apparaîtra hélas parcellaire aux yeux des experts qui consulteront le présent document. Celui-ci tendra cependant à s'enrichir au fur et à mesure des documents ramenés de SCP-511-FR-B.

La plus ancienne trace retrouvée, et très probablement la première ayant existé, se situe dans un document officiel adjoint au Traité de Brétigny, daté donc du 8 mai 1360, nommé "Accord des Territoires Conquis". Celui-ci fait état de la création d'un comté, sorte de territoire-tampon entre le Royaume de France et celui d'Angleterre, dans le duché d'Aquitaine, dont la direction est remise à un petit seigneur local. Sa gestion désastreuse de plusieurs épisodes de famine entraînera cependant une rapide montée en tension parmi la population, ainsi qu'une inquiétude grandissante pour les comtés adjacents, comme peut en témoigner Les Aventis, une chanson de geste probablement écrite vers la fin du XIVème siècle, mettant en scène un chevalier quittant son village pour subvenir aux besoins de sa famille. La suite du texte est malheureusement illisible, mais on retrouve la trace de ces difficultés dans d'autres documents. Sentant que la situation n'allait pas tarder à basculer d'un moment à l'autre, le seigneur fit appel à un groupe mercenaire afin d'assurer sa protection le moment venu. Une lettre signée de la main du comte lui-même fut donc envoyée à ce chef, qui refusa et préféra à la place en informer la population, qui se révolta sous les regards passifs des domaines adjacents. Les habitants portèrent en triomphe ce chef mercenaire, qui par sa prévenance et sa stratégie avait su mettre la population dans sa poche, et fut donc amené à prendre la place du seigneur, ce qu'une fois de plus les comtés aux alentours approuvèrent. Il est précisé qu'il avait été aidé d'une force armée venue du sud, sans qu'aucune autre trace ait pu être retrouvée. Un surnom émergea bien vite pour témoigner de cet important événement : "Celui qui n'accompagne nulle texte signé", retranscrit en "Hourde nul seing".

Le comté fut alors balloté entre les différents conflits qui suivirent, saisissant les opportunités qui se présentaient à lui : on peut remarquer son nom, officialisé en "Hournulseing", dans les divers traités et lettres opposant les deux camps : que cela soit dans la correspondance de Bertrand du Guesclin en 1372, considéré comme une cible à capturer ; ou bien comme solution de repli en cas d'échec de la prise de Bordeaux en 1375 ; le domaine a su habilement se placer derrière les vainqueurs et récolter en conséquence les récompenses souhaitées. En effet, plusieurs actes de propriété retrouvés dans SCP-511-FR-B font état de dons de terres particulièrement généreux au comté, quelques pots-de-vin et promesses en l'air y ayant sûrement participé.

Puis le domaine se fait plus discret. On retrouve de-ci de-là plusieurs traces, mais peu sur le comté en lui-même, à l'exception de la construction du château de Hournulseing entre 1386 et 1398 comme peuvent en témoigner plusieurs factures des carrières de pierres environnantes. Il apparaît notamment dans un compte-rendu de la bataille de Rapallo en 1494 comme ayant fourni près d'une centaine de fantassins, puis dans un autre de celle de Fornoue où "Il ne restait qu'une poignée de ces gars". Par la suite, le domaine n'est que très brièvement cité dans une pièce classique de Barmassons en 1728, en tant que simple cadre pour une intrigue amoureuse, l'auteur en étant très probablement originaire, ainsi qu'un décret de mariage entre la baronne Clothilde de Carmell (terres encore inconnues aujourd'hui) et le comte Arnaud de Hournulseing en 1772. La maison a su se tenir à l'écart des grands événements, tant normaux que anormaux : aucun document ayant été conservé du Fonds de Versailles ou relatif aux Gendarmes Noirs ne la cite.

Les choses deviennent un peu plus intéressantes en 1789, où sous la crainte des violences provoquées par la Révolution, la famille des Hournulseing fuit à Fribourg, comme on peut le retrouver dans les listes édictées par la Convention en 1795. Le nom est alors légèrement germanisé afin de mieux se fondre parmi la population, devenant ainsi "Houvnolstein". Une fois de plus, peu d'informations sont disponibles sur cette période, même s'il est probable que la faute revienne cette fois-ci à la famille elle-même, ne désirant sûrement pas conserver de documents compromettants sur une période aussi trouble pour leur honneur. Heureusement pour eux, la Première Restauration vient mettre un terme à leur exil, mais ceux-ci préfèrent rester encore quelques temps à Fribourg pour affaires, dont on retrouve une preuve d'achat dans un commerce de la ville, décision qui se révèle judicieuse lorsque Napoléon reprend momentanément le pouvoir durant les Cent-Jours. Ce n'est donc qu'au début de la Seconde Restauration que les Houvnolstein rentrent définitivement dans leur comté. Mais celui-ci a été ravagé : les champs ont été saccagés lors de la guerre de Vendée, certains villages rasés sous les ardeurs des révolutionnaires, et le château familial brûlé, expliquant en partie la quantité relativement faible de documents à notre disposition. Qui plus est, le mécontentement général de la population associé à l'intransigeance de Louis XVIII ne permettent aux Houvnolstein de ne récupérer que les ruines de leur demeure ainsi que le petit hameau à ses pieds.

Les deux décennies suivantes occuperont donc Hector De Houvnolstein, surnommé "Le Bon", à reconstruire, réaménager et restaurer le château familial, dans un style plus moderne cependant, ainsi que le village adjacent, engloutissant des sommes considérables afin de retrouver un tant soit peu d'image. Les journaux de l'époque, dont le Journal de la Vienne, publièrent plusieurs reportages et interviews sur ce brusque regain, n'hésitant pas à nommer cette période "La Belle Époque". Les articles font état de dépenses extrêmement élevées dans le but de réhabiliter certains bâtiments, comme plusieurs fermes et constructions communales, régler quelques dettes, construire des infrastructures essentielles comme une école, une église, des routes… Et tout ceci grâce à des fonds presque inépuisables. Peu de détails nous sont arrivés, mais les soupçons portent sur un investissement particulièrement rentable avec un mystérieux investisseur des Pyrénées dont la Restauration semble avoir été une rampe de lancement. Un début de recherche montre même plusieurs ébauches de contrats datant de cette époque de la part de sociétés-clefs, ainsi que plusieurs brochures promulguant le bien-être des lieux et invitant à l'installation.

Et puis un beau jour, tout cesse. Du jour au lendemain, les journaux, les investisseurs, les visiteurs se désintéressèrent totalement du devenir des Houvnolstein et du hameau à proximité. La date du 18 avril 1836 marque un tournant considérable dans l'histoire de cette dynastie, celle de sa disparition pure et nette de la sphère publique. Plus aucune mention à partir de ce moment-là, comme si une gigantesque affaire de désinformation avait pris pour cible le domaine et tenté d'en supprimer l'existence. Une fouille approfondie des archives de la Singulière Académie Royale en possession de la Fondation n'a pu trouver de documents traitant de cet événement, ce Groupe d'Intérêt peut donc être mis hors de cause (bien que plusieurs dossiers aient disparu avec le temps). Il semble que cet "effacement" de l'Histoire ait été réalisé par une organisation ou un individu inconnu et probablement disparu, ou bien par la famille elle-même. Aucune piste potentielle n'a pu être trouvée au fil des années.

C'est aussi à cette date qu'a probablement été créé l'effet antimémétique relatif au nom du hameau. C'est d'ailleurs cette anomalie qui a permis aux équipes de recherche d'en retrouver les traces : alors qu'au début nous tâtonnions afin de déterminer les documents faisant mention d'un village dans cette zone géographique, il s'est avéré bien plus aisé au final de scanner tous les textes que nous trouvions afin de trouver ceux dont le nom même de la bourgade ne pouvait être enregistré. La seule faiblesse de cet artifice : alors que le but était de détourner notre regard, il n'a fait que l'attirer lorsque nous nous sommes rendus compte que quelqu'un ou quelque chose cherchait à nous le cacher.

À partir de là, les informations se raréfient, les sources extérieures étant définitivement taries. Tout ce dont nous disposons dorénavant sont d'anciens ouvrages, cartes, lettres et contrats retrouvés dans SCP-511-FR-B et ayant été conservés malgré les années. Nous pouvons ainsi mettre un nom sur les deux derniers occupants du manoir familial : Évelyne et Charles De Houvnolstein respectivement nés le 15 mars 1889 et le 23 avril 1892. Relativement peu de choses sont connues sur ces personnes, à part qu'ils ont tous deux dû quitter le hameau en 1910 sur ordre de leur mère, Honorine De Houvnolstein. Diverses raisons semblent invoquées : afin de les protéger des restes de l'épidémie de choléra ayant sévi en 1896-1897 dans le village, un voyage initiatique ou encore un bannissement.

Suite à cela, tout s'arrête brusquement le 28 décembre 1913 : plus aucune note, facture, journal… Rien du tout. Il semble que cette date coïncide avec celle de la création de l'anomalie.

SCP-511-FR-B désigne l'ancien domicile appartenant à la famille De Houvnolstein, occupant une superficie de 2 000 m2. Situé à trois kilomètres de SCP-511-FR-A, le bâtiment est établi au sommet d'une colline, le faisant culminer à une hauteur de 260 m. Une forêt sépare SCP-511-FR-B du village, dans laquelle se situent de nombreux outils et armes de fortune abandonnés dans un état de dégradation avancé. Une partie des bois contient des essences différentes de celles rencontrées habituellement dans la région, résultant probablement de l'ancien parc du manoir, cité à plusieurs reprises dans les actes de propriété. Bien que la majorité ait pu être identifiée, de nombreux végétaux restent encore à ce jour inconnus12.

Des instances SCP-511-FR-1 et 2 patrouillent en permanence SCP-511-FR-B, rendant son exploration extrêmement risquée. Ces dernières sont constamment actives, ne semblant pas nécessiter de mouvement ou d'énergie de la part de sources extérieures13. Leur nombre est estimé à une trentaine, en comptant celles se déplaçant dans le parc.

SCP-511-FR-B est un manoir de style Restauration, incorporant cependant plusieurs éléments architecturaux tirés d'un château fort (comme deux tours circulaires reliées par une courtine, deux barbacanes, une guette, une échauguette ainsi que quatre bretèches). Bien que le bâtiment soit dans un état de délabrement avancé, la majeure partie de la structure a été préservée. Cette condition actuelle permet d'aisément retrouver SCP-511-FR-B dans les archives des journaux locaux, cadastres et plans conservés, habilitant ainsi l'Agence de Renseignements à fournir un plan du lieu aux Forces d'Intervention Mobiles. Ce document permet aux expéditions visant SCP-511-FR-B d'être les plus efficientes et rapides possibles.

Un squelette éparpillé se trouve au niveau de l'entrée, juste en dessous d'une terrasse située à 8 m de haut. Celui-ci comprenait un mécanisme ainsi que des augmentations métalliques n'ayant pas pu être identifiés, l'objet ayant été déformé et cassé, probablement à cause d'une chute. Une lettre cachetée, protégée par une pochette de cuir, est également présente sur le cadavre. Celle-ci a été récupérée et est disponible ci-dessous :

À l’attention de Évelyne et Charles De Houvnolstein.

Les comptes-rendus des Chevaliers sont enfin arrivés, malgré vos précautions, et j'ai enfin pu déterminer ce que vous aviez fait durant votre départ de [INDÉCELABLE]. Je suis à la fois étonné d'avoir vu si juste, et décontenancé par la réalité des faits.

Inutile de vous faire part de mon dégoût à votre égard dans ce billet, je me serais montré grossier. C'est tout bonnement inacceptable et contre-nature. Vous vous êtes approchés, avez appris les secrets et même apprécié ces deux sectes diaboliques. Il n'existe pas de péché assez vil pour décrire ce que vous avez fait, voire même que vous continuez à faire.

J'ai surpris la Gardienne, l'air paniqué, tentant vainement de contacter ses amis. Même si elle est par essence mon ennemie, ce que j'ai entendu m'a fait froid dans le dos. Ainsi donc, votre "grande œuvre" a pris vie sous la forme d'un cœur démoniaque. Ce crime semble avoir cristallisé leur colère : alors qu'ils cherchaient à ce que vous respectiez les promesses de votre famille, voilà que dorénavant c'est cette chose infâme qui semble être devenue la clef de votre contrat. Tant de malveillance envers eux a été insufflée dans ce cœur, cette souillure a réussi à les ébranler malgré la distance et le secret.

Bien évidemment, l'Église condamne, tout autant que ces païens, cet acte abjecte. Sans mon intervention, des chevaliers auraient réduit en cendres [INDÉCELABLE], et vous au passage. Cette diaboli anomali doit évidemment être anéantie dès que possible. Mais pour l'instant, j'y vois une opportunité.

Peut-être ignorez-le-vous, aveuglés par votre arrogance, mais j'ai toujours œuvré pour votre rédemption. Je vous propose donc là un compromis.

Votre abomination blesse ces païens. Cette ignominie est telle que c'est leur âme elle-même qui est attaquée. Et nous pouvons tirer profit de cela, nous pouvons l'utiliser pour les anéantir, et ainsi briser ce contrat.

Bien que cela me répugne, je vous demande donc de conserver cette monstruosité. Bien évidemment, je vous ordonne aussi en passant de stopper net toute entreprise qui vous mènerait au péché. Et de détruire cette atrocité une fois que tout sera fini.

Je serais très heureux de renouer contact avec vous, le confessionnal vous attend et je saurai me montrer bienveillant. Après tout, ne suis-je pas là uniquement pour assurer votre salut ?

Père Thibaud

SCP-511-FR-B est composé de quatre ailes, reliées entre elles par le hall d'entrée14, des jardins intérieurs ou des passerelles :

Auparavant le lieu de vie principal de SCP-511-FR-B, l'aile centrale comporte de nombreuses pièces communes accessibles par un unique escalier. Deux salles à manger, longues chacune d'une vingtaine de mètres, occupent tout le rez-de-chaussée. Ces dernières communiquent toutes deux avec les autres ailes du manoir. Deux arbres généalogiques sont peints sur les murs de chaque pièce, l'un portant sur l'ascendance de la famille De Houvnolstein (orthographié Hournulseing) et l'autre sur celle de la famille Bonneau. Ceux-ci se rejoignent dans le hall d'entrée, où ils fusionnent pour symboliser l'union entre les deux lignées. Les noms et portraits d'Apolline Bonneau et de Hector De Houvnolstein y figurent. La peinture est annotée, d'une couleur différente et sûrement à une époque ultérieure. Leur descendance a été rajoutée, bien que les noms des personnes ayant quitté SCP-511-FR-B (dont descendent les PdI) aient été rayés. Plus particulièrement, le visage de Hector de Houvnolstein est gribouillé, annoté d'un "pourquoi ?".

Aux étages se trouvent des salons ainsi que des salles de jeux, billard et cartes entre autres. Un examen de ceux-ci a permis de déduire qu'ils avaient été conçus avant 1850 (absence de billard français notamment). Cependant, leur état presque intact laisse sous-entendre qu'ils n'ont été que très peu utilisés. Les salons sont chauffés par plusieurs cheminées, distribuant leur chaleur à travers tout SCP-511-FR-B par un réseau de larges tuyaux particulièrement complexe. Il est ainsi possible de se déplacer d'une pièce à l'autre sans jamais traverser celles-ci. Ce moyen a par le passé été envisagé afin d'éviter toute rencontre avec les instances SCP-511-FR-1 et 2, avant d'être abandonné étant donné le risque de se retrouver dans un espace aussi restreint avec une de ces entités. Une cache secrète située dans le réseau peut être retrouvée, au niveau du salon dit "bleu". Celle-ci contient une boîte métallique de biscuits datée des années 1890, dans laquelle plusieurs jouets pour enfants ont été retrouvés : poupée, casse-tête, figurines, bilboquet ainsi que divers petits objets ayant probablement été volés comme des pièces de monnaie (francs français datés de 1892), des boutons de bois, des bobines de fil ainsi qu'une cuillère. Un morceau de papier plié est également présent : l'écriture est maladroite et le texte truffé de fautes, ayant probablement été rédigé par un enfant. Celui-ci est disponible ci-dessous :

Moi, Evelyne, jure que quand je serais grande, j'enléverais la malédiction sur la famille, cele qui a rendu malade grand-oncle Joseph, qui cause des misère à grand-père et qui fait pleuré maman. La Gardienne rentrera chez elle, le curé arètera ses prière bizarre et je pourrais allé à l'école. Je serais pour sa aidé par Charles le bète qui sait pas lire.

Une terrasse, accessible à partir des salons grâce à des portes-fenêtres, permet d'obtenir une vue plongeante sur SCP-511-FR-A. Située plein sud, il est possible d'apercevoir l'océan Atlantique au loin. Un corps décomposé se trouve aux pieds de la balustrade : celui-ci présente une résistance exceptionnelle au temps, la masse musculaire étant restée en grande partie intacte malgré les années. Une dague se trouve plantée dans le corps, au niveau du foie, ayant entraîné le décès de la victime.

Une vingtaine de chambres occupent cette partie de SCP-511-FR-B, toutes adjointes à une salle de bain privative. Des noms des membres de la famille De Houvnolstein figurent sur la plupart des portes. Certaines possèdent un mobilier d'une taille très réduite, destiné à des enfants ou des entités de petite taille. Seules celles de Charles et Évelyne semblent avoir été habitées, ainsi qu'une troisième (contenant plusieurs lits superposés) plus modeste dénommée "Service". Celle-ci contient une lettre inachevée, retranscrite ci-dessous :

Madame la comtesse De Houvnolstein, monsieur le comte De Houvnolstein,

Il va sans dire que ma loyauté envers votre noble famille n'est plus à démontrer. Je l'ai servie pendant plus de soixante ans sans jamais émettre la moindre réclamation, sans jamais chercher à vous quitter, sans jamais remettre en cause vos choix. Je n'ai été après tout qu'un passif observateur de tous les actes, de toutes les décisions, de tous les changements opérés au fil des années. Je n'ai fait qu'assister vos aïeux dans leurs dures tâches, je n'ai toujours été qu'un confident pour ces grands esprits, qu'une ombre dans les pas des vrais décisionnaires, qu'un appui pour ces géants. Ils n'ont certes pas réussi, ne faisant parfois que provoquer plus rapidement leur chute, mais il ne m'appartient pas d'en juger.

Cependant, à la vue de vos récents actes, le sceau du silence imposé par ma profession n'est tout simplement plus suffisant et ma conscience ne peut dorénavant plus accepter ce que mes yeux ont vu, ce que mes oreilles ont entendu et ces odeurs de sang ainsi que de chair en putréfaction que mes narines ont senties. Je ne peux plus supporter un instant de plus cette espèce de complot auquel je participe malgré moi, en raison de ma passivité.

C'est pourquoi j'ai décidé, et ce de mon propre chef, de quitter définitivement mon poste au service des De Houvnolstein.

Me voilà fort attristé à l'annonce de cette nouvelle. J'ai beaucoup hésité avant de prendre cette si difficile décision, étant donné la loyauté indéfectible dont j'ai fait preuve envers vos aïeux malgré leur maladie. Mais aujourd'hui, c'en est trop pour mon vieux cœur. Dès demain, je prendrai mes

Les autres chambres ne possèdent aucune sorte de linge (draps et vêtements), tandis que leurs meubles sont tous vides (pas d'effets personnels ni d'objets habituellement présents dans ce genre de pièces).

Une grande penderie se trouve à l'extrémité de l'aile. Une quantité très importante de vêtements y est conservée, les styles présents s'étendant des années 1830 à 1910 environ. Il est à noter que les habits datant de la période 1830-1840 sont bien plus riches et ouvragés que ceux des années suivantes. Cet endroit doit être évité autant que possible, étant donné les nombreuses embuscades de la part des instances SCP-511-FR-1 et 2, celles-ci se camouflant parmi les vêtements.

Cette partie est la plus vaste de SCP-511-FR-B, couvrant près d'un tiers de la surface totale. S'étendant principalement sur deux étages seulement, l'aile est regroupe toutes les pièces plus "techniques" du manoir. Le rez-de-chaussée comprend les cuisines, assez grandes pour servir simultanément plus de convives que le nombre de chambres laisse penser. À celles-ci sont adjointes deux larges celliers, montant jusqu'au niveau supérieur et complétés par un système d'échelles coulissantes. À noter qu'un compartiment spécifique des réserves semble avoir contenu par le passé une importante quantité de [DONNÉES SUPPRIMÉES]15, bien qu'aucune trace n'ait pu être retrouvée. Celle-ci fut retrouvée dans ce qui semblait être un composte à l'arrière de SCP-511-FR-B, toujours intacte.

Les celliers mènent sur une serre où des espèces inconnues de plantes poussaient. Bien que les étiquettes indiquent leur présence, les végétaux ont depuis longtemps disparu/pourri. Les noms courants écrits sont pour la plupart issus de recueils de botanique aujourd'hui perdus, tandis que les appellations latines font référence à des propriétés ésotériques. Un bâtiment plus petit se situe à une vingtaine de mètres de l'aile est de SCP-511-FR-B. Celui-ci contient une laverie ainsi qu'un fumoir.

Le rez-de-chaussée de cette partie du manoir contient une unique grande salle de bal presqu'intégralement vide. Le carrelage de celle-ci, bien qu'ayant été terni par les années, semble n'avoir que très peu été usité. À l'extrémité de la pièce se trouve une petite scène surélevée, accessible à partir d'escaliers sur les côtés. Un lustre presque intact est pendu au plafond. Les étages supérieurs comprennent plusieurs petites salles de collection à moitié vides (tableaux, sculptures, trophées) dont les objets manquants ont été retrouvés figurants sur des factures afin de régler des dettes.

Au quatrième étage se situe une bibliothèque, adjointe de plusieurs bureaux. Celle-ci est vaste, occupant près de la moitié du niveau, et contient une grande quantité d'ouvrages en tout genre. Bien que la plupart aient pourri à cause de l'humidité, il a néanmoins été remarqué lors des expéditions que la quasi-totalité des livres traitant d'anatomie ainsi que de mécanique étaient manquants.

Les bureaux adjacents sont vides, à l'exception d'un. Celui-ci, en se basant sur les dates figurant sur les documents retrouvés, ne semble pas avoir bougé depuis le mois de février 1912. Il appartenait auparavant à Honorine De Houvnolstein, comme peut en témoigner un portrait de Victor De Houvnolstein16 ainsi que ceux de ses deux enfants17, bien que ces derniers soient brisés et rangés au fond d'un tiroir. Les factures, liées à l'entretien de SCP-511-FR-B, apparaissent avoir été réglées par la vente de nombreux objets de collection. Un journal, retrouvé caché dans un double-fond d'un tiroir, possède la quasi-totalité de ses pages arrachées ou rayées de manière à être illisibles. L'écriture correspond à celle d'Honorine De Houvnolstein. La dernière feuille a cependant pu être déchiffrée : celle-ci est datée du 28 février 1912 et est retranscrite ci-dessous :

Ils m'ont menti, ils n'ont pas changé.

Ils sont encore plus déterminés. Ils sont dorénavant plus savants. Ils ont l'air d'être plus matures. Mais toujours aussi inconscients. Et instables.

Je les ai entendus, ils complotent. Je suis leur dernier obstacle avant qu'ils ne mettent leur plan à exécution.

Ils sont fous, comme leur père, comme toute cette maudite famille. Et la Gardienne qui ne fait que regarder en croisant les bras. Quelle stupidité. Celle-ci se doute pourtant bien que tout ceci finira mal.

Mais tout ce qui l'intéresse, c'est notre rédemption. Et ils ne la leur donneront jamais. Pas à cause de ce stupide curé. Mais parce qu'ils pensent qu'ils peuvent briser ce fléau. Qu'ils en sont capables. Qu'ensemble, ils se libéreront des emprises de chacun. Mais aucune des deux options n'est désirable. Ils n'arrivent pas à comprendre.

J'ai peur.

Les combles contiennent une grande quantité de meubles datant du XVIIème siècle (voire avant), ainsi que des malles recelant de nombreux objets de culte tirés de la religion catholique. Plus particulièrement, nombre d'entre eux rendent hommage à des saints chrétiens guérisseurs18. Une analyse des factures de livraison présentes a permis de déterminer l'origine de ces objets : [DONNÉES SUPPRIMÉES], connu dans les archives de la Fondation comme ayant été une manufacture dans laquelle se trouvaient plusieurs membres de la Confrérie des Chevaliers de Saint Georges à cette époque.

Une trappe permet de se rendre sur le toit, d'où il est possible de passer à une partie habituellement inaccessible d'une des deux tours circulaires. Celle-ci contient une petite pièce où se trouve un autel de pierre planté dans un bac de terre. Ce dernier est considérablement endommagé, ayant été brisé à de multiples reprises par des objets contondants voire tranchants. Les symboles à sa surface ont été grandement altérés, mais une étude approfondie a permis de déterminer que ceux-ci étaient censés à l'origine appeler à la protection des Matrones.

Au milieu d'une cour intérieure de l'aile ouest se trouve un puits asséché. Celui-ci mène à une petite caverne où des inscriptions de nature inconnue sont gravées sur les parois. L'usure laisse supposer que ces dernières datent au moins du XIVème siècle. Les caves, en plus d'être composées de nombreuses petites pièces contenant chacune des étagères, contiennent également un endroit comprenant une chaudière. L'endroit est quasiment vide, n'ayant manifestement pas été réapprovisionné en alcool et en charbon.

L'accès à SCP-511-FR-C se fait au niveau du hall principal : un mécanisme camouflé, situé derrière le premier pilier de l'escalier, permet de faire coulisser un pan de mur et de révéler un passage secret. Celui-ci est fermement verrouillé par une épaisse porte métallique. L'objet ne peut être ouvert à l'aide de clefs conventionnelles, aucune ne correspondant à la serrure ayant été retrouvée. Le crochetage demandant un temps excessif et l'emploi de charges explosives produisant trop de bruit, les instances SCP-511-FR-1 et 2 se déplaçant très rapidement, la seule manière connue à ce jour afin de pénétrer dans SCP-511-FR-C consiste à utiliser une PdI nommée plus haut. En effet, la porte se déverrouille automatiquement à l'approche d'un descendant de la famille De Houvnolstein par le biais d'un mécanisme inconnu. Ce moyen nécessitant l'exposition ainsi que la mise en danger d'un civil face à une anomalie, le test n'a été autorisé et mené avec succès qu'une seule fois19. La Description qui suit se révèle donc plus lacunaire que la précédente.

Cette porte donne accès à une échelle menant à un vaste réseau de tunnels souterrains. Ces galeries aménagées s'étendent sur plusieurs centaines de mètres et à une profondeur inconnue, l'unique expédition n'ayant réussi à en atteindre le bout. Deux parties peuvent être différenciées dans SCP-511-FR-C : une première plus ancienne, sans doute construite comme abri pour les habitants du château et sommairement meublée ; ainsi qu'une seconde bien plus large et grossière, datant du tout début du XXème siècle. Des instances SCP-511-FR-3 parcourent en permanence ces tunnels.

SCP-511-FR-C commence par une pièce de vie sommaire constituée de deux lits ainsi que de plusieurs commodités. Celle-ci semble avoir été succinctement utilisée : la vaisselle présente sur la table possède des traces de moisissure, les draps sont défaits et le linge roulé en boule. Une porte donne accès à un couloir menant à trois salles, décrites comme des mélanges entre un laboratoire, un atelier ou encore un autel :

  • La première pièce possède une table sur laquelle sont présentes une grande quantité de sang séché ainsi que de nombreuses sangles. À proximité, un plan de travail comprenant des outils tranchants (comme des scalpels, des scies, des paires de ciseaux, des pinces ou encore des bistouris) non nettoyés, ainsi que des ouvrages traitant d'anatomie. Des notes sont également présentes, non récupérées à ce jour20. Une grande armoire située à côté de l'entrée contient de nombreux bocaux, fioles et autres récipients remplis de substances inconnues (décrites cependant comme "animées"). Une trappe à l'extrémité de la pièce permet d'accéder à ce qui s'apparente à une chambre froide21 dans laquelle est entreposée une quantité inconnue de corps entassés en décomposition. Les Opérateurs rapportent aussi la présence de tas de chairs inconnues et grandement altérées n'ayant pu être identifiées, ainsi que d'un registre sur lequel une série de comptes annotés était inscrite. Celle-ci a pu être photographiée et est retranscrite ci-dessous :

1912 :
Mars - Avril : 5 villageois peu attentifs. Manqueront pas.

Mai - Juin : 2 villageois, dont un gamin. Ça devrait fonctionner. Difficile, pas la saison des loups comme excuse.

Juillet - Août : 1 villageois. Besoin d'une autre source. Routes vont devenir moins sûres.

Septembre - Octobre : 1 villageois, 1 vagabond. Pas assez rentable, besoins urgents. Espérons pouvoir compter sur la famille.

Novembre - Décembre : 4 vagabonds, 1 bout de Gustave. Lui apprendra à quitter le hameau.

1913 :

Janvier - Février : 4 vagabonds, 1 villageois, 1 gendastre. Rentable.

Mars - Avril : [EFFACÉ]. Parfait.

Mai - Juin : 6 villageois. Cet effondrement était une aubaine. Routes calmes.

Juillet - Août : 1 villageois, 1 vagabond. Pas assez, demande croissante.

Septembre - Octobre : 1 villageois. Trop de suspicion. Charles ne se satisfait pas de ma production, désire des corps frais. Imbécile, sa précipitation et sa préciosité nous perdront.

Novembre - Décembre :

  • La deuxième pièce contient ce qui semble être un grand atelier : des établis sur lesquels sont soigneusement disposés une grande variété d'outils (tournevis, marteaux, clefs de serrage et pinces entre autres) et de pièces métalliques (boulons, fils, engrenages, vis, boulons ou plaques). Plusieurs ossatures d'instances SCP-511-FR-1 et 2 sont visibles, inachevées cependant. Des horloges mécaniques sont également présentes, ne s'activant que lorsque des êtres vivants s'en approchent dans un rayon de 2 m environ. Celles-ci produisent alors suffisamment de bruit pour attirer les instances SCP-511-FR-3 à proximité. L'exploration de cette pièce en particulier s'avère donc être particulièrement périlleuse. Une cassette verrouillée se trouve également dans un endroit précis déclenchant toutes les horloges. Celle-ci contient un phonographe s'activant dès l'ouverture, permettant d'entendre le discours suivant22 :

Ma très chère sœur.

Si tu écoutes cet enregistrement, c'est que tu as ouvertement ignoré mon ingénieux système d'alarme, méprisant au passage mon industrieux intellect. Tu te doutes bien en découvrant cette cassette vide que j'avais évidemment prévu ta forfaiture. Mes notes de recherches sont ailleurs, à l'abri de tes sournoises pulsions.

Tu me déçois.

J'avais bien évidemment anticipé ce geste de ta part. Malgré notre association, j'ai bien vu clair dans tes promesses fantaisistes et ai donc pris mes précautions. Mais je m'y attendais.

Non, je suis chagriné de t'avoir eue aussi facilement. Tu me navres, vraiment. Je pensais qu'à la vue de ces sots de sarkites, tu saisirais toute la bêtise dans laquelle tu t'apprêtais à basculer afin d'en réchapper. Ils t'auraient donc plus corrompue que purgée par catharsis. Si décevant. Tes morbides tendances ont su trouver un parfait terreau pour s'y développer.

Que je ne t'y reprenne plus.

  • La troisième pièce consiste en une grande zone de stockage et d'assemblage : de nombreuses instances SCP-511-FR-1 et 2 inactives et incomplètes sont présentes. Un pentacle est gravé au sol, prenant la forme d'un cercle confondu avec un carré dans lequel des symboles d'origine sarkique ou mekhanite sont tracés, à l'aide d'un fluide identifié comme étant un mélange de sang et d'huile. Un examen post-expédition a permis d'identifier ces marques : celles-ci sont une forme abâtardie de rituels, propres à une secte Néo-Sarkique, connue sous le nom de "l'Ordre Ésotérique du Ver Blanc"23 ; ainsi qu'à un mouvement de l'Église du Dieu Brisé, l'Église Orthodoxe de l'Engrenage24. Cette association entre ces deux Groupes d'Intérêt a tout particulièrement surpris les experts de la Fondation, étant donné l'inhérente hostilité entre les deux en temps normal. De minces conduits au sol, disposés de manière concentrique, sont emplis d'une substance rougeâtre inconnue. Les hypothèses, basées sur les schémas présents sur place, feraient descendre ces fins canaux jusqu'au "Cœur". Une petite boîte en bois, située dans un coin de la pièce, contient de nombreux billets écrits par deux personnes différentes. Ceux-ci sont disponibles ci-dessous, classés dans l'ordre chronologique :

Mon très cher frère,

Fiers de notre association, nous devons cependant garder à l'esprit que notre entreprise doit rester des plus secrètes possibles. Ces abrutis de villageois n'accepteront jamais nos ambitieux projets, l'annonce de leur sacrifice inhérent aux plans nous mènerait à notre perte. Je te sais stoïque de nature, mais veille tout de même à respecter notre accord, surtout concernant tes relations particulières.

Ma très chère sœur,

Je ne puis que t'assurer mon engagement ainsi que ma discrétion envers notre cause. Il est évident que je n'aurais jamais pris le risque de leur révéler les tenants et aboutissants de nos projets, surtout que ces informations sensibles auraient pu remonter aux oreilles de la Gardienne ou de ce curé de pacotille. Les deux nous surveillent et se méfient.

C'était plutôt toi qui m'inquiétait, la dimension secrète de notre plan pouvant être mise à rude épreuve par tes pulsions quelque peu trop spontanées envers la chair. Je suis heureux cependant de constater que tu possèdes les mêmes inquiétudes que moi.

Ma très chère sœur,

Nos besoins en corps et en métaux ne cessent de grandir. Je crains que nos petites manigances ne suffisent plus. Hier j'ai eu la désagréable surprise de constater qu'il n'y avait pas assez de matière disponible pour finaliser mon projet. Cela est fâcheux, tu en conviens. Même si tu ne manqueras pas de me rappeler que le fer et le cuivre sont de mon ressort, je tiens tout de même à te signaler que cette baisse significative de la production est en partie due à tes affaires, la main-d'œuvre venant à manquer.

Je te prierai donc de faire à l'avenir attention au choix de tes victimes. Que tu ne viennes pas me blâmer par la suite si je prends du retard.

Mon très cher frère,

J'ai entendu dire que tu étais descendu en ville hier. Bien que cela ne me regarde pas vraiment, le vieux Parmonnier m'a cependant précisé que tu t'étais dangereusement approché de la tombe en question. Tu comprends mes craintes à ton égard : il serait fort dommageable que tu décides au dernier moment de te ranger derrière l'ennemi.

Ma très chère sœur,

N'aies crainte, cette petite escapade n'avait que pour unique but de prélever un peu de métal sur les tombes voisines. Les morts n'ont pas besoin d'être gardés par des grilles, et les croix sont tout aussi inefficaces en bois.

Comme précisé dans notre accord, je ne m'abaisserai jamais à de telles bassesses, même pour te nuire.

Mon cher frère,

Je ne tiens pas à savoir ce qu'il s'est passé dans les ateliers la nuit dernière, j'essaie autant que possible de garder une image neutre à ton égard, mais il semblerait que, non content de réveiller la moitié du village par tes cris, tu aies mal nettoyé ton terrain de jeu. Je me suis occupé de faire disparaître les malchanceux ayant découvert la scène, tu pourras les retrouver dans le cluzeau.

J'espère que ton escapade t'aura appris à mieux te retenir.

Ma chère sœur,

Je crains que tu n'aies été quelque peu abusée par ces écrans de fumée sarkiques. Tes rituels ont tant altéré la chair qu'il m'a été impossible d'y apposer les sceaux nécessaires. Celle-ci est bonne à jeter dorénavant, tant tu l'as rendue inadéquate. Mes outils ont besoin d'une substance plus stable afin que je puisse exercer tout mon art, pas d'un rebut de tes expériences. Je te prierai donc de faire plus attention à l'avenir.

Mon cher frère,

Me voilà foncièrement déçue de ton billet précédent. Tu pointes une erreur de ma part, mais as-tu pour autant vérifié tes méthodes avant de m'accuser ? J'en doute, et tu me vois contrainte de te demander de réitérer tes rituels (en passant, particulièrement bruyants) avec des outils plus aiguisés, un esprit plus reposé ou que sais-je encore. Tu sais pourtant que je ne supporte pas les reproches sans fondements. Je te prierai donc à l'avenir de prendre un peu de recul.

Ma chère sœur,

J'ai pu voir ce que tu avais fait du vieux Parmonnier. Je dois t'avouer que la scène m'a quelque peu dérangé, et je me dois de te faire part de mes troubles :

  • Tu as laissé du sang partout, j'ai failli glisser et tomber. Veille à nettoyer tes instruments la prochaine fois.
  • Tu as supprimé le vieux alors que la lessive n'était pas encore terminée, l'un de nous deux va devoir s'en charger.
  • Le faire disparaître de cette manière m'a fait reconsidérer ta notion de la rentabilité. Il aurait été tellement plus utile sous une autre forme.

Face à tous ces reproches, je tiens à te rappeler que ce genre de décision doit être pris en commun. Il conviendrait de ne pas gâcher nos ressources.

Mon cher frère,

Je tiens à te signaler que j'ai pris cette décision dans l'urgence étant donné la situation. Tu étais en effet occupé avec tes choses, et tu m'aurais alors reproché de t'avoir dérangé si je t'avais prévenu. Je ne peux concilier les deux bouts, tu en conviens. Si tu étais un peu plus avec moi, nous n'aurions pas eu ce genre de problème.

Mon cher frère,

Le Cœur s'agite. Nos Horreurs impies lui demandent trop d'énergie, ses battements faiblissent. Nous devons calmer nos ardeurs afin de ne pas l'épuiser.

Ma chère sœur,

L'équilibre est effectivement difficile à établir entre nos besoins et nos moyens. Nous devons faire des choix afin de maintenir les excavations, nécessaires pour la place toujours manquante et les minerais que nous pouvons en extraire ; grossir notre force armée ; continuer nos expérimentations et bien sûr, laisser au Cœur un peu de répit. C'est pourquoi je propose un compromis : d'une part je délaisse momentanément mes importants travaux et tente d'affiner les réglages du Cœur, afin que celui-ci puisse subvenir à notre demande ; et de l'autre tu désactives quelques-unes de tes Horreurs, dans le but d'économiser sa puissance.

J'y perds du précieux temps, et toi quelques mains, un marché équitable en somme.

Ma sœur,

Tes Horreurs impies ne cessent de s'agiter dans les tunnels. Leur odeur de putréfaction est abominable et me gêne dans mes travaux. J'aimerais que tu trouves une solution à ces irritantes distractions. Occupe-toi de tes affaires, pour une fois.

Mon frère,

Le hameau tressaille. La colère gronde parmi ces pouilleux, nous devons les réprimander. La peur nous ayant si bien servis jusque-là, je propose de supprimer l'un des principaux agitateurs. Nous aurions, au choix, cet imbécile de curé Thibaud, cette ribaude de Gardienne ou cette catin de [TACHÉ].

Ma sœur,

J'ai bien conscience de tous ces troubles, mais nos options s'avèrent hélas limitées. Ce curé ne cesse d'envoyer des lettres à ses confrères, un manquement de sa part éveillerait leurs soupçons à notre égard, déjà que nous avons eu de la chance avec le précédent. La Gardienne a certainement déjà fait part de nos agissements à la cité, impossible d'agir à son encontre. Ne reste plus que la dernière option. Le choix n'était-il pas évident ? De la simple logique, pourtant.

Mon frère,

Je te prierai de baisser d'un ton en ce qui concerne tes mesquines remarques à mon égard. Ces billets ont beau temporiser mon antipathie envers toi, je sens que celle-ci se change peu à peu en animosité latente. Reste donc avec tes machines.

Les instances SCP-511-FR-3 sont des entités non-humanoïdes composées de chair et de métal. Celles-ci sont toutes distinctes, aucune récurrence dans leur anatomie n'ayant pu être repérée. Leur nombre est estimé à une dizaine, bien qu'il soit possible que de nombreuses autres soient présentes dans les niveaux inférieurs de SCP-511-FR-C. Les instances adoptent divers moyens de locomotion, allant de la marche au flottement en passant par la reptation, dépendamment de leur morphologie. Celles-ci sont extrêmement agressives, chassant et éliminant toute forme de vie autre qu'elles. Plusieurs entités ont été enregistrées :

  • Une instance de SCP-511-FR-3 semblable à un grand ver (2 m de long environ) s'accrochant aux parois des tunnels à l'aide de griffes. L'extrémité de son corps comprend une large gueule secrétant un mucus corrosif pour la peau.
  • Une instance de SCP-511-FR-3 prenant la forme d'une grande boule de chair, de laquelle de nombreuses pattes métalliques sortent. Bien que celle-ci se déplace la plupart du temps en roulant, il lui est cependant possible de se stabiliser à l'aide de ses bras, puis de saisir des outils afin d'attaquer ses cibles.
  • Une instance de SCP-511-FR-3 similaire à une créature volante, possédant deux ailes greffées sur une tête décrite comme "vaguement humaine". L'entité est capable de projeter une substance visqueuse et toxique, provoquant une sensation de brûlure ainsi que de fortes nausées. Au moins trois d'entre elles ont été aperçues, se déplaçant toujours en groupe.
  • Une instance de SCP-511-FR-3 s'approchant de [DONNÉES SUPPRIMÉES].
  • Une instance de SCP-511-FR-3 comparable à un canidé par sa morphologie, mais possédant cependant des griffes longues d'une dizaine de centimètres, une mâchoire capable de broyer des os d'une seule morsure, ainsi qu'un dense pelage reflétant des couleurs jugées "impossibles". Celle-ci produit un grognement sourd, rendant son esquive plus facile.

Par la suite, cette dernière pièce donne accès à plusieurs tunnels continuant à s'enfoncer sous terre. Ceux-ci sont sommairement aménagés : la plupart du temps, des caisses emplies de matériel sont posées à même le sol. Cependant, certaines parties comprennent ce qui semble être des réserves, dans lesquelles de nombreuses cuves sont disposées. Celles-ci contiennent des entités comparables aux instances SCP-511-FR-3, inactives cependant. Certaines des cuves sont brisées : le liquide récupéré à l'intérieur apparaît être un mélange de formol, d'huile ainsi que de [DONNÉES SUPPRIMÉES]25. Parmi les entités figure notamment une semblable à SCP-406-FR.

Cependant, les pièces citées précédemment ne semblent pas exhaustives : de nombreux objets essentiels à la création des instances vues plus haut sont absents, comme le "Cœur" par exemple. L'hypothèse la plus probable est que d'autres laboratoires se situent dans SCP-511-FR-C, plus profondément. La cartographie de l'endroit n'étant pas complète, il est possible que de nombreuses autres pièces aient pu échapper au repérage effectué lors de la seule expédition entreprise.

Cette hypothèse a été confirmée le 15 juin 2015 par Jules Montfort PdI no511-FR-A. Suite à un enchaînement de complications, l'individu entra finalement en possession de SCP-511-FR. Il profita de soucis d'organisation dus aux difficultés précédentes pour se rendre dans SCP-511-FR-A, les agents de sécurité présents sur place ayant été temporairement écartés par une fausse intrusion. Lorsque la famille de la victime se rendit compte de la disparition le lendemain, elle alerta la gendarmerie la plus proche. L'information fut interceptée par la Gendastrerie Nationale, qui la redirigea à l'Agence de Renseignements de la Fondation. Une Force d'Intervention Mobile fut immédiatement dépêchée sur place afin de secourir Jules Montfort.

Après près d'une heure de recherches, l'individu fut finalement retrouvé, errant dans SCP-511-FR-B. Son extraction conduisit un agent d'intervention à se faire grièvement blesser par une instance SCP-511-FR-1. Une fois en sécurité, Jules Montfort fut interrogé. L'entretien est disponible ci-dessous :

Interrogé : Jules Montfort

Interrogateur : Dr Gobatoin

<Début de l’enregistrement>

Dr Gobatoin : Bonjour, M. Montfort. Restez assis, ne vous brusquez pas.

Jules Montfort : Bonjour, et merci.

Dr Gobatoin : Comment vous sentez-vous ?

Jules Montfort : Un, un peu plus en sécurité dorénavant.

Dr Gobatoin : Si vous avez besoin d'une verre d'eau, n'hésitez pas. Je tiens à ce que vous soyez le plus à l'aise possible.

Jules Montfort : Ça ira, merci.

Dr Gobatoin : Je suis ici afin de recueillir votre, disons, témoignage de votre expédition dans cet endroit. Vous en sentez-vous capable ?

Jules Montfort : Oui, je, je sens que je suis prêt.

Dr Gobatoin : Excellent. Si jamais vous vous sentez mal à l'aise, n'hésitez pas à me le dire. Nous arrêterons l'entretien en conséquence.

Jules Montfort : Merci.

Dr Gobatoin : Donc, commençons. Tout ceci a commencé par une lettre, c'est cela ?

Jules Montfort : Oui, cette maudite lettre.

Dr Gobatoin : L'aviez-vous déjà reçue par le passé ?

Jules Montfort : Non, mais j'en avais déjà entendu parler.

Dr Gobatoin : Vraiment ? Développez, je vous prie.

Jules Montfort : Ce n'est peut-être qu'une coïncidence, mais l'enveloppe, le sceau, le contenu… Tout ceci, on m'en a déjà parlé.

Dr Gobatoin : Les coïncidences sont rares dans mon métier, poursuivez.

Jules Montfort : Je m'en souviens très distinctement, c'était la première fois que je voyais mon père si, virulent ? acerbe ? Il était dans une telle colère. Enfin, un mélange de fureur et d'accablement. C'était un soir, à table, quand j'étais encore adolescent. Nous mangions un gratin de cardons. Venait alors le résumé de la journée de chacun : ma mère nous faisait part de sa passionnante journée à la cantine ; Faustine, ma sœur, de ses indigestes cours au lycée ; moi, de mon mercredi après-midi passé à lire. Puis ce fut au tour de mon père. Il nous parla de ses soucis au bureau, comme d'habitude, ainsi que de sa colère contre les démarchages. Je lui ai alors demandé, histoire de continuer la conversation, s'il avait reçu un catalogue ou quelque chose dans ce genre ce jour-là, pouvant ainsi expliquer son agitation. Et il sursauta, criant un "non" de sa grosse voix, comme pris sur le fait. Puis il se reprit, dit finalement que oui et changea rapidement de sujet. Il avait l'air vraiment perturbé. Et plus tard dans la soirée, j'ai rapidement aperçu cette lettre, traînant sur son bureau.

Dr Gobatoin : L'avez-vous lue ?

Jules Montfort : Simplement balayée du regard. Je craignais que mon père ne surgisse et perde son calme. Il était toujours très tendu, autrefois. Surtout lorsqu'il a disparu.

Dr Gobatoin : Vous pensez que cette lettre possède un lien avec sa disparition ?

Jules Montfort : Je, je ne sais pas. Avant ces récents événements, j'aurais juré mordicus que c'était à cause de ma sœur, mais dorénavant… J'ai l'impression qu'il existe peut-être une explication.

Dr Gobatoin : Peut-être bien. Vous venez de dire que votre sœur était impliquée dans sa disparition, pourriez-vous développer ?

Jules Montfort : Elle… n'allait pas très bien à l'époque. Faustine était enceinte, de Léonard je crois, et elle s'était mise à se comporter bizarrement. Certains disent que c'était la faute des hormones ou quelque chose dans ce genre, mais j'ai toujours pensé qu'il y avait autre chose. Faustine ne cessait de pleurer, hurlant parfois qu'elle regrettait d'offrir une telle vie pour son futur enfant. Ça a été une période très difficile, Quentin…

Dr Gobatoin : Son mari ?

Jules Montfort : Oui, Quentin devait la surveiller jour et nuit afin qu'elle ne, ne commette pas quelque acte malheureux.

Dr Gobatoin : À ce point-là ?

Jules Montfort : Vous n'avez pas idée. Moi-même j'en avais du mal à dormir. Quant à papa… Il semblait hagard. Il n'arrêtait pas de marmonner que l'histoire se répétait. J'ai cherché un peu, et il y a effectivement eu quelque chose de semblable dans la famille. Son propre père, Louis Montfort, qui avait disparu de la même manière quelques mois après la naissance de Clément, mon oncle.

Dr Gobatoin : Cette lettre serait-elle encore impliquée ?

Jules Montfort : Je n'en sais rien. Il ne me semble pas l'avoir aperçue de nouveau sur le bureau de mon père, ni en avoir entendu parler par la suite.

Dr Gobatoin : Mmh, quand a eu lieu…

Jules Montfort : Dix-huit ans. Dix-huit ans que mon père a disparu.

Dr Gobatoin : Impossible de retrouver des indices, donc.

Jules Montfort : J'en ai bien peur.

Dr Gobatoin : Puisque cette piste semble compromise, passons au vif du sujet, si vous vous en sentez toujours capable.

Jules Montfort : Heu, oui oui. Donc, hier matin, aux alentours de sept heures, je prenais mon petit-déjeuner avant de partir travailler. Un début de journée classique, un mercredi comme les autres. Je regarde par la fenêtre afin de voir le ciel, pour savoir si je dois prendre un parapluie ou non. Et puis je vois passer le véhicule de la factrice. Enfin, je l'entends passer, ces camionnettes électriques produisent vraiment un grésillement très désagréable. J'ai l'ouïe fine pour ce genre de sons stridents. Comme j'avais quelques minutes d'avance par rapport à d'habitude, je me suis dit qu'aller chercher le courrier ferait plaisir à Mélanie. J'essaie de lui épargner les soucis du quotidien depuis quelques temps et…

Dr Gobatoin : Qu'y a-t-il ?

Jules Montfort : Bon sang, je suis un monstre. Il faut que je la contacte, elle doit être dans la panique la plus totale à cette heure-là.

Dr Gobatoin : Pas d'inquiétudes, nous avons prévenu votre femme. Dès que nous en aurons fini avec cet entretien, nous vous ramènerons chez vous.

Jules Montfort : Merci, vous m'ôtez d'un poids. Et les enfants…

Dr Gobatoin : Les enfants vont bien. Un peu secoués, mais vous n'avez pas à vous faire du mouron pour eux.

Jules Montfort : Ils sont si sensibles, ils tiennent de moi. Mon caractère si apte aux regrets. Je parie qu'ils ont cru que c'était de leur faute ?

Dr Gobatoin : Heu, effectivement. Le plus petit d'ailleurs…

Jules Montfort : Joshua, le pauvre. Il devait être roulé en boule sous la table de la cuisine, son coin favori pour laisser libre cours à ses sanglots. Je l'entendrais presque pleurer.

Dr Gobatoin : Hum. Vous semblez bien… neutre devant cette réaction.

Jules Montfort : Mélanie et moi y sommes habitués. Laura et Apolline nous ont fait les mêmes scènes, plus petites. Et puis c'était devenu monnaie courante avec ma sœur.

Dr Gobatoin : Je note je note. Vous avez donc relevé le courrier et…

Jules Montfort : Et il y avait cette lettre au milieu. J'ai ressenti une espèce de tension au cœur, comme dans des montagnes russes. Un sursaut désagréable de l'organe. J'ai laissé tomber le reste et ouvert l'enveloppe cachetée. Le contenu m'a… troublé. Je me sentais épié, cerné : ce destinateur connaissait exactement ma situation. Ces lignes m'ont paru faire écho à ma famille, au comportement de mes enfants, de ma sœur, de mon père… Il y avait trop de coïncidences pour que cela ne soit que le fruit du hasard, vous voyez ?

Dr Gobatoin : Comme ces fausses publicités parmi les pourriels ?

Jules Montfort : Exactement. Des messages qui jouent sur vos peurs, afin de vous pousser à agir dans l'urgence. Et je dois vous avouer que j'ai succombé aux miennes : la première partie m'a à ce point déstabilisé, la solution offerte dans la suite m'a convaincu sans même que je m'en rende compte. Je suis alors immédiatement parti prendre deux trois affaires avant de sauter dans ma voiture et rouler jusqu'à ce hameau, et ce sans même prévenir ma famille.

Dr Gobatoin : Un long trajet si je ne m'abuse. N'avez-vous pas hésité à un moment ?

Jules Montfort : Si, beaucoup. Tout du long, même. Je me disais que je devais prévenir Mélanie, puis que cette lettre était stupide, puis que je devais y aller mieux préparé, puis que ça ne pouvait être qu'une arnaque…

Dr Gobatoin : Mais vous avez tenu bon.

Jules Montfort : Oui, il y avait comme quelque chose au fond de moi qui me poussait à rejoindre ce maudit hameau. Un besoin presque viscéral, un moyen d'enfin pouvoir calmer ces maux. Une lueur d'espoir dans cette tourmente continue. J'étais comme dans un tunnel, roulant afin d'atteindre la lumière au bout de celui-ci. Presque impossible de me détourner de ce chemin. Vous, vous voyez ?

Dr Gobatoin : Je comprends. Nous avons tous de temps à autre une espèce… d'obsession, d'autant plus quand celle-ci nous apparaît comme vitale.

Jules Montfort : Oui, c'est ça.

Dr Gobatoin : Quelque chose d'autre à signaler pendant ce trajet ?

Jules Montfort : Non, je ne pense pas.

Dr Gobatoin : Alors passons au moment où vous êtes arrivé à destination.

Jules Montfort : J'étais fébrile. Les mains qui tremblaient, la bouche sèche, la respiration saccadée…

Dr Gobatoin : Souffririez-vous d'un quelconque trouble qui pourrait vous provoquer ces sensations ?

Jules Montfort : Non. C'était un, un mélange d'excitation et d'appréhension.

Dr Gobatoin : Excitation qui n'est pas retombée une fois descendu de la voiture ?

Jules Montfort : Il est vrai qu'à la vue de cette forêt… malade, la plupart des personnes auraient rebroussé chemin. Elle n'inspire guère confiance, pour sûr. Mais il était évident que je devais pénétrer à l'intérieur. Ce chemin qui serpentait entre les arbres, j'avais presque l'impression de voir ce hameau au bout. Alors que le tout est tellement sinueux qu'on ne peut l'apercevoir de loin.

Dr Gobatoin : Malgré l'absence d'indications claires et la présence d'un grillage ainsi que de panneaux en interdisant l'accès, vous avez tout de même parcouru le sentier.

Jules Montfort : Une des entrées était ouverte, et poussé par ce, ce besoin, je n'ai eu aucun remords à passer cette barrière.

Dr Gobatoin : Bien. Aucun problème à arriver jusqu'au village ?

Jules Montfort : Aucun. Si la forêt n'était pas aussi sinistre, le trajet aurait pu passer pour une promenade.

Dr Gobatoin : Pourtant, on m'a rapporté la présence de nombreux pièges…

Jules Montfort : Ah, ces chausse-trappes ! Ils étaient désarmés.

Dr Gobatoin : Tous ?

Jules Montfort : Oui. Sûrement déclenchées par quelques bêtes sauvages.

Dr Gobatoin : Pourtant, peu de temps auparavant, ceux-ci étaient pourtant bien actifs.

Jules Montfort : C'est… curieux.

Dr Gobatoin : Il semble que quelqu'un voulait que vous arriviez en un seul morceau jusqu'à ce village.

Jules Montfort : Voilà qui est perturbant. Serait-ce la même personne derrière la lettre ?

Dr Gobatoin : Fort probable. Nous reviendrons sur cet élément plus tard. Poursuivons, je vous prie.

Jules Montfort : Lorsqu'enfin j'ai quitté ces arbres tordus, j'ai pu contempler ces terres corrompues dont parlait la lettre. Un spectacle des plus affligeants, pour sûr. Ruines et désolation de toute part. Entre ces sordides squelettes, ces bâtiments délabrés et ces créatures inanimées, il y avait là de quoi peindre une épouvantable et macabre scène.

Dr Gobatoin : Vous êtes resté longtemps devant ce paysage ?

Jules Montfort : Bien au moins cinq minutes, j'étais impressionné. Le sentier amène en haut d'une légère colline, les voyageurs ont donc une vue plongeante sur ce village lors de leur arrivée. L'accueil devait être bien plus chaleureux et apaisant qu'aujourd'hui.

Dr Gobatoin : À n'en pas douter. Qu'avez-vous fait par la suite ?

Jules Montfort : Je suis descendu jusqu'aux premières maisons. J'avais peur de croiser des survivants fous ou des bêtes enragées, mais la curiosité découlant de cette découverte si particulière… m'a fait oublier toute prudence.

Dr Gobatoin : Qu'avez-vous remarqué lors de votre passage dans le village ?

Jules Montfort : Seulement la ruine et la désolation. J'étais mal à l'aise, comme si j'en étais responsable. Tant de vies ont été perdues, tant de destins brisés parmi tous ces cadavres. J'ai dû passer devant, je ne sais pas trop, une dizaine ? des dizaines ? une centaine de victimes ? Plus ? Je n'ai pas parcouru tout le village, étant donné ces… créatures.

Dr Gobatoin : Ces entités, oui. D'après les comptes-rendus, celles-ci n'auraient pas été activées pendant que vous étiez dans la zone.

Jules Montfort : Celles-là auraient pu se réveiller ?

Dr Gobatoin : Oui.

Jules Montfort : Fichtre, j'ai donc été bien chanceux.

Dr Gobatoin : Vous ne vous êtes donc pas approché de ces entités ?

Jules Montfort : Pour rien au monde : celles-ci avaient l'air si hideuses ! Que cela soit le métal rouillé ou la chair en putréfaction, je risquais de me rendre malade rien qu'en m'en rapprochant.

Dr Gobatoin : Pourtant, dans certaines zones du village, leur concentration est telle qu'il est presque impossible de passer sans se trouver à proximité d'elles.

Jules Montfort : Ah ? Il ne me semble pas, pourtant. Après, j'ai fait en sorte de ne parcourir que les rues les plus dégagées.

Dr Gobatoin : J'en ferai la remarque à mes collègues. Que cherchiez-vous dans ce hameau ?

Jules Montfort : J'errais au hasard, je dois bien l'avouer. J'étais à ce point fasciné, décontenancé et dégoûté de cet endroit que j'en avais momentanément oublié le but de ma venue. C'est lorsque j'ai eu fini de traverser le village que je suis sorti de cette… pseudo-rêverie dans laquelle j'étais plongé. J'étais frissonnant, prêt à contourner le lieu afin de rejoindre ma voiture et repartir afin de partager cette découverte. Mais j'ai hésité, cette forêt ne m'inspirant guère confiance. Et puis j'ai vu ce manoir, perché sur cette butte. Cette bâtisse en ruine, intimidante et solitaire. À la fois surveillant et menaçant ce village. Un bâtiment des plus intrigants, n'est-ce pas ?

Dr Gobatoin : Pour sûr.

Jules Montfort : D'autant plus qu'un panneau de bois pourri indiquait très clairement son appartenance à la famille De Houvnolstein.

Dr Gobatoin : Vous connaissez ce nom ?

Jules Montfort : Très vaguement. Lors d'une grande cousinade, où j'avais pu rencontrer ma feue cousine éloignée Josiane, les grands-parents avaient ressorti les arbres généalogiques. Nous étions tous liés par ces De Houvnolstein. A priori, cela remonte à mon arrière-arrière-arrière-grand-mère, si je ne me trompe pas. Bizarrement, le sujet avait été bien trop rapidement évoqué étant donné son importance, et cela m'avait intrigué à l'époque. Mais impossible de trouver quoi que ce soit d'autre sur le sujet. Cette énigme était restée dans un coin de ma tête, jusqu'à ce que mon père reçoive cette maudite lettre, puis qu'à mon tour j'entre en sa possession. Et voilà que ce nom ressort sous mes yeux, dans ce village désolé ! J'ai fébrilement dégainé l'enveloppe afin d'en relire le contenu, et tout me poussait à continuer : le manoir était dorénavant mon nouvel objectif. J'aurais tant dû me raisonner et rebrousser chemin à temps, d'autant plus que la nuit commençait à tomber.

Dr Gobatoin : Vous avez passé tant de temps que cela dans le village ?

Jules Montfort : Honnêtement, je ne sais pas trop. Cet endroit semble tellement hors du temps, je ne pourrais déterminer la durée exacte que j'ai passé à vagabonder parmi ces ruines. Je pencherais sur quelques heures probablement, mais le temps de trajet jusqu'à cet endroit… C'est flou pour moi. Désolé de ne pas être plus précis.

Dr Gobatoin : Il n'y a pas de mal.

Jules Montfort : Merci.

Dr Gobatoin : Vous semblez quelque peu essoufflé par votre récit, désireriez-vous une pause ou un rafraîchissement ?

Jules Montfort : Ça ira, merci. Je, je vais essayer de conclure mon témoignage d'une traite, cela m'évitera d'avoir à y revenir par la suite.

Dr Gobatoin : Très bien. Donc, vous avez grimpé jusqu'à ce manoir.

Jules Montfort : Oui, une ascension un peu plus fatigante étant donné la pente. Mais une fois ces grilles franchies, j'ai immédiatement voulu redescendre.

Dr Gobatoin : Pourquoi donc ?

Jules Montfort : Ces créatures, elles se mouvaient ! Alors qu'elles étaient, disons inactives dans le village, inoffensives, voilà qu'elles étaient ici animées. Et passablement agressives : se déplaçant de manière erratique et saccadée, grinçantes et malséantes. Elles représentaient un danger, et je n'étais pas de taille à les affronter. Presque rien dans mes poches : une lampe torche, une petite bouteille d'eau, un canif…

Dr Gobatoin : Et vous n'avez pas rebroussé chemin ?

Jules Montfort : Et bien, j'étais sur le point de le faire. Mais…

Dr Gobatoin : Mais ?

Jules Montfort : Il y a eu un bruit sourd, comme une chute de pierres. Ou quelque chose d'autre, je ne sais pas vraiment. Les créatures ont comme humé l'air, puis se sont précipitées dans une direction, délaissant l'entrée. À ce moment-là, je n'ai pas réfléchi et me suis avancé aussi rapidement et discrètement que possible vers la porte. J'ai bien failli trébucher sur ce squelette de ferraille juste devant le perron, d'ailleurs. J'avais le cœur qui battait à un rythme si soutenu ! J'étais en proie à une telle véhémence : mes mains tremblaient et ma respiration était si saccadée que je manquais de, de m'étouffer à chaque inspiration. Je, c'était comme dans ces romans d'aventure !

Dr Gobatoin : Calmez-vous et ralentissez votre débit, ou vous risquez de finir dans le même état.

Jules Montfort : Désolé, je me suis quelque peu emporté. Donc, je suis entré dans ce manoir en ruine et la première chose que j'ai remarquée, c'est cette peinture au mur. Un arbre généalogique, occupant tout un pan du hall. Après la surprise de la découverte, j'ai tout de même pensé à examiner la pièce et celles adjacentes afin de vérifier s'il n'y avait aucune créature supplémentaire. Heureusement pour moi, il n'y en avait pas d'autres. J'ai donc pu étudier plus en profondeur cette fresque magnifique malgré son état de dégradation. Et je dois dire que j'ai été une fois de plus troublé : il y avait là toute mon ascendance, du côté de mon père cependant. Et, et tout semblait lié : les dires de cette lettre semblaient se confirmer, j'étais un des descendants les plus directs de la famille De Houvnolstein. C'était à la fois excitant et particulièrement inquiétant.

Dr Gobatoin : Avez-vous exploré plus en avant le manoir ou êtes-vous directement descendu dans les souterrains ?

Jules Montfort : Je n'ai pas vraiment eu le choix. Enfin, si, mais…

Dr Gobatoin : Expliquez-moi.

Jules Montfort : Il y avait comme un passage un peu camouflé. Celui-ci était entrebâillé, je me suis approché et ai vu une grande porte métallique, qui s'est ouverte à mon arrivée. Comme si quelqu'un m'attendait derrière. Ça ne m'a pas inspiré confiance, alors j'ai reculé mais… mais j'ai entendu ces créatures revenir. Par réflexe, je me suis précipité dans cette ouverture afin de me soustraire à leurs yeux. Enfin, si on peut parler d'yeux pour ces monstres.

Dr Gobatoin : Elles sont revenues comme ça, sans aucune raison ?

Jules Montfort : Je, je ne sais pas. Je n'ai pas cherché à en connaître la cause, j'étais trop occupé à ne pas lâcher les barreaux de cette échelle. Rouillée et humide, j'aurais dû tomber avec mon empressement. Lorsque j'ai atteint le fond, je me suis caché derrière une caisse, dans une alcôve, puis ai retenu mon souffle. La porte métallique a claqué et il y a eu des bruits de pas. Je suis resté une bonne dizaine de minutes, immobile et essayant de faire le moins de boucan possible. Quelque chose est passé devant ma cachette, je n'ai pas pu voir ce que c'était cependant. J'ai attendu encore un peu que les pas s'éloignent, puis me suis redressé et ai remonté l'échelle.

Dr Gobatoin : Vous êtes simplement parti ? Sans aller plus loin ?

Jules Montfort : C'en était trop pour moi : mon cœur battait la chamade, je ne pouvais m'imaginer devoir rester une minute de plus dans cet endroit maudit. Rien que l'entrée de ces ténébreux tunnels m'avait suffisamment déstabilisé pour que je n'ai plus jamais envie d'y remettre les pieds. En m'enfonçant dans ce village, je n'avais fait que rencontrer des horreurs de plus en plus cauchemardesques, je ne tenais donc pas à descendre plus profondément.

Dr Gobatoin : Donc… vous êtes simplement sorti et notre équipe vous a récupéré.

Jules Montfort : N… non.

Dr Gobatoin : Comment ça ?

Jules Montfort : Je, je n'ai pas pu sortir.

Dr Gobatoin : Pourtant, vous…

Jules Montfort : Lorsque je suis remonté en haut de l'échelle, j'ai voulu pousser la porte mais celle-ci était bloquée.

Dr Gobatoin : Elle s'était refermée ?

Jules Montfort : N… non, quelqu'un ou quelque chose appuyait de l'autre côté. J'ai eu beau forcer, il y avait toujours une, une impulsion contraire qui repoussait la porte.

Dr Gobatoin : Quelqu'un ou quelque chose qui souhaitait que vous restiez à l'intérieur, donc.

Jules Montfort : Oui. Enfin, je suppose. Je, j'ai essayé de parlementer, de demander, mais rien ni personne ne m'a répondu. Il y avait quelque chose de pourpre derrière, je crois. J'étais, j'étais piégé. J'ai insisté pendant un petit bout de temps, puis j'ai abandonné. Il ne me restait plus qu'à me cacher et attendre, ou continuer à descendre plus profondément.

Dr Gobatoin : Et vous avez choisi la seconde option, si je ne m'abuse ?

Jules Montfort : Oui, j'avais encore en tête le contenu de la lettre. Et guère plus le choix. Je me suis donc résolu à, à descendre. Parmi ces tunnels humides. Ça a sûrement été la, la chose la plus… perturbante, traumatisante que j'ai eue à faire. Avancer de cachette en cachette, de caisses d'outils tranchants encore tachés de sang à des cuves emplies de monstruosités. Entendre ces grognements, ces raclements sur les tuyaux, ces masses informes se déplacer sur le sol rugueux. Espérer à chaque pas que le crissement de ses chaussures sur les vis et billes éparpillées ne soit pas trop audible. Apercevoir les silhouettes de, de cauchemars se déplacer à quelques dizaines de centimètres. Bénir cette semi-obscurité d'à la fois nous camoufler, mais aussi de nous laisser vulnérable. C'était, c'était une véritable descente aux enfers.

Dr Gobatoin : Vous avez fait preuve de tant de courage. Pourquoi vous être infligé ce calvaire ?

Jules Montfort : La rédemption. Le pardon. L'oubli. J'avais, j'avais en tête ces horribles moments honteux, ces instants où je m'étais comporté si lâchement, si vilement. Ces événements qui m'ont marqué, toujours à les ressasser, à éprouver des remords. Je, je n'avais pas envie d'ajouter un, un nouveau regret à mes souvenirs. Ils sont déjà si nombreux à guetter les occasions pour ressurgir et me blesser, à me pousser sur le chemin de la démence. Si je m'étais effondré, roulé en boule et laissé envahir par ceux-ci, j'aurais sans doute été repéré et, et je n'ose pas imaginer ce que ces choses m'auraient fait. Je ne voulais pas finir sur une note aussi affligeante, je voulais me battre, me montrer que je, je pouvais faire en sorte que certaines situations ne soient pas perverties par de la lâcheté ou de la maladresse, mais au contraire emplies de, d'un semblant de courage et de bonté.

Dr Gobatoin : J'ai… un peu du mal à vous suivre.

Jules Montfort : Désolé, c'est si… particulier. Disons, disons que j'ai eu l'occasion, que j'ai saisie, de changer un énième acte honteux en preuve de courage. Et qu'en conséquence, je n'en souffrirai pas à l'avenir.

Dr Gobatoin : Je, heu, c'est noté. Et, heu, ces créatures ne vous ont pas repéré ?

Jules Montfort : Non, j'ai eu de la chance. Elles semblaient chercher autre chose. Je les entendais comme humer l'air, je les apercevais tendre l'oreille, quand elles en possédaient. À un moment, même…

Dr Gobatoin : Oui ?

Jules Montfort : Je, je suis sorti de derrière ma cachette et j'ai dû marcher sur, sur un bout de verre probablement. Il y a eu un craquement sonore, et une créature dans le couloir s'est retournée. Je suis resté immobile, espérant qu'avec l'obscurité elle ne me remarquerait pas… Mais elle restait immobile. Elle n'avait pas d'yeux, pour sûr, mais elle… elle avait l'air de sentir ma présence. De, d'entendre les battements de mon cœur peut-être ? Ou discerner mon, mon aura, je ne sais pas quoi. Et puis elle est repartie.

Dr Gobatoin : Curieux, ça.

Jules Montfort : À force de descendre, j'ai pu remarquer que les murs, les équipements, tout ce réseau de tunnels, devenait de plus en plus rustique. Primitif. Alors qu'en haut c'était un sol pavé et des mécanismes camouflés dans les murs, voilà qu'à cette profondeur on foulait la terre et l'on risquait de se blesser avec tous ces engrenages qui tournaient.

Dr Gobatoin : Ces dispositifs étaient encore actifs ?

Jules Montfort : Plus vivaces que jamais. Au bout d'un certain temps, j'ai commencé à entendre une espèce de battement, puis à discerner des, des conduits dans lesquels se déplaçait un fluide rouge légèrement lumineux. C'est aussi à partir de cette profondeur que j'ai pu apercevoir de nouveau ces créatures de la surface, inactives et brisées. Elles tenaient encore des outils, des pelles et des pioches.

Dr Gobatoin : Une force de travail presque inépuisable. Avez-vous trouvé par quoi elles auraient été mises hors d'usage ?

Jules Montfort : Je, je ne sais pas. Je, je fuyais presque dorénavant. Vers le bas, vers un possible endroit où ces horreurs ne m'atteindraient pas. Mon courage s'étiolait. Je courais quasiment, sautant des échelles, trébuchant sur les obstacles, m'enfonçant toujours plus profondément. Je, je commençais à pleurer. À rire. Je ne sais plus. Je…

Dr Gobatoin : Calmez-vous, respirez plus lentement.

Jules Montfort : Ça n'en finissait pas. Encore et encore. Toujours plus d'étages, d'expériences, de victimes, d'abominations, d'horreurs de monstruosités… Mais qu'ont-ils fait ? Qu'ont-ils bien pu faire ? Qui étaient ces ancêtres, pourquoi ont-ils fait ça ? Pourquoi ?

Dr Gobatoin : Lâchez mon bras, je vous prie. Vous me faites mal.

Jules Montfort : Je, pardon. Désolé.

Dr Gobatoin : Ce n'est pas grave. Je pense que nous devrions nous en arrêter ici…

Jules Montfort : Non, je, je tiens à terminer !

Dr Gobatoin : Vous êtes sûr ?

Jules Montfort : Je ne veux plus revenir dessus par la suite, plus jamais. Autant le faire d'une traite.

Dr Gobatoin : Heu, bien. Respirez profondément. Une fois que vous vous sentirez prêt, vous continuerez.

Jules Montfort : Merci.

[L'interrogatoire est interrompu pendant plusieurs minutes.]

Dr Gobatoin : Vous allez mieux ?

Jules Montfort : Oui, merci. Cette petite pause m'a fait du bien.

Dr Gobatoin : Donc vous en étiez…

Jules Montfort : Au fond. J'ai, j'ai finalement réussi à aller tout en bas. Il y a tant d'hideuses chimères, cachées dans ces infâmes tunnels. Je me demande bien comment j'ai fait pour les éviter.

Dr Gobatoin : Peut-être étaient-elles occupées à quelque chose d'autre ?

Jules Montfort : Peut, peut-être. Donc, je suis arrivé tout au fond. Il n'y avait plus de galerie, d'ordre ou de sanité à ce niveau-là, uniquement des trous, du chaos ainsi que le vice. Les passages n'étaient presque plus praticables : tout était encombré de pistons rouillés, d'engrenages tordus et de dispositifs dénaturés, sur lesquels croissaient, se nécrosaient et se développaient des lambeaux de chair gangrénée. Tout tournait, s'effondrait et se reconstruisait, dans un kaléidoscope de gris métallique, de marron rouille, de rose sanguinolant et de noir sépulcral. L'endroit vivait et mourait au rythme de ce battement infernal. J'aurais pu mourir mille fois, écrasé par ces pervers mécanismes ou cette charogne corrompue. Et quand ça n'était pas ces tunnels qui voulaient ma mort, ces abominables créatures prenaient le relais.

Dr Gobatoin : Mais vous avez survécu.

Jules Montfort : De justesse. J'ai, j'ai réussi à atteindre une ultime cavité. Une grande grotte circulaire, de près de cinq mètres de rayon je dirais. Et au centre, là où tous ces engrenages étaient entrainés et la chair proliférait, il y avait une, une chose. Immense, composée d'acier et de tissus sûrement humains. Une union contre nature entre ces deux matières. Un artéfact ou un être pulsant à un rythme soutenu, agonisant depuis des décennies certainement, mais continuant inlassablement sa mission. Je revois cette chose, cette espèce de cœur putréfié et avili, gonfler jusqu'à prendre presque la taille de la pièce, puis se contracter dans un ignoble effort afin de maintenir les mécanismes en mouvement et la chair en vie. Je, j'ai vu, j'ai vu la source d'énergie de tout ceci, de ces créatures, de ces entités qui veillaient à la surface. J'avais en face de moi le centre de tous ces maux, et…

Dr Gobatoin : Et quoi ?

Jules Montfort : Et malgré toutes ces horreurs que je n'aurais jamais pu imaginer, même dans mes pires cauchemars, je, je ressentais des choses qui, que je n'aurais pas dû.

Dr Gobatoin : C'est-à-dire ?

Jules Montfort : Une, une sensation familière. Comme un membre de ma famille. Ainsi qu'une certaine fascination.

Dr Gobatoin : Vraiment ?

Jules Montfort : Je, oui. Oui, de la fascination. Même si cette abomination me hantera tout le reste de ma vie, elle avait tout de même quelque chose de, de captivant, avec ses symboles gravés, son rythme et son apparente souffrance. Je, je me suis alors légèrement approché, à la fois craintif et presque envoûté. J'ai tendu la main et…

Dr Gobatoin : Vous l'avez touché ?

Jules Montfort : N… non. Quelqu'un m'a interrompu.

Dr Gobatoin : Il y avait donc quelqu'un d'autre dans ces souterrains ?

Jules Montfort : Je, heu…

Dr Gobatoin : Désolé, je m'emporte un peu.

Jules Montfort : Il n'y a pas de mal. Donc quelqu'un m'a crié de, de reculer. J'en ai été si décontenancé, je me suis retourné et j'ai vu un homme. Il portait un gilet pare-balles quelque peu éraflé, entaillé. Une croix figurait dessus, ainsi que les termes… "in horc signal vingt", je crois.

Dr Gobatoin : "in hoc signo vinces", plutôt, non ?

Jules Montfort : Heu, peut-être. Oui, oui c'était ça. C'est du latin ?

Dr Gobatoin : Oui. "Avec ce signe tu vaincras", si je ne me trompe pas. Que portait-il d'autre ?

Jules Montfort : Comment vous… heu, il, il avait une épée maculée de sang ainsi qu'une arme à feu, un fusil. La lame avait un reflet métallique surnaturel dans cette pénombre. Cet homme, ce, ce chevalier sorti de nulle part, il était blessé. Il y avait sur ses bras des traces de morsure, une partie de son visage paraissait avoir été rongée par de l'acide, ses vêtements étaient tâchés de sang… En plus de cela, il haletait et se pressait la main contre les côtes. Je, je n'ai pas cherché à savoir ce qu'il tentait de retenir. Cet homme souffrait, mais de toute évidence, ses blessures n'étaient pas sa priorité.

Dr Gobatoin : Qu'a-t-il fait par la suite ?

Jules Montfort : Il, il m'a dit que je ne devais pas céder. Que je ne devais pas capituler face aux païens. Que si je tenais, l'accord finirait par s'affaiblir et que j'en serais libéré.

Dr Gobatoin : Des paroles bien, disons cryptiques.

Jules Montfort : Je n'en ai pas vraiment saisi le sens non plus, sur l'instant. J'étais si désorienté, avec cette peur, ce chaos ambiant, cette intervention presque miraculeuse, l'abomination qui pulsait… La dernière chose claire dont je me souviens, c'est que ce chevalier a entendu un bruit suspect. Il s'est retourné, a dégainé son épée puis m'a demandé de fuir et de ne jamais revenir. Puis il a crié quelque chose comme "Nel nome del Signore !", c'était de l'italien, j'en suis sûr. Par la suite, ma, ma mémoire a comme flanché : tout est devenu très flou. Je me souviens de sensations, comme cette chaleur étouffante, la dureté du sol lors d'une chute, ce besoin viscéral de remonter le plus rapidement possible…

Dr Gobatoin : Quant aux créatures que vous avez croisées lors de votre descente…

Jules Montfort : Certaines traînaient au sol, criblées de balles ou décapitées. Je crois qu'il y en avait qui bougeaient encore. J'ai dû finir par sortir, la porte d'entrée ne devait plus être bloquée, puis vous m'avez trouvé. Je, je…

Dr Gobatoin : Vous tremblez. Respirez plus lentement.

Jules Montfort : Pardon, mais… toute cette histoire, elle, elle me perturbe. Tout ce que j'ai vu, subi et qu'il me reste à comprendre, c'est trop pour moi.

Dr Gobatoin : Vous semblez avoir plus de questions à poser que de réponses à apporter sur cet endroit. Posez-les donc, cela vous permettra de mettre les choses au clair.

Jules Montfort : Pour… pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi toute, toute cette famille, toutes ces histoires, toutes ces perversités, toutes ces cruautés, tout ce poids qui pèse sur nous dorénavant… Qu'ont-ils bien pu faire pour en arriver à de telles extrémités ? Ces, ces abominations ne pouvaient être le fruit d'esprits sains, qu'est-ce qui a fini par leur ronger la cervelle, et à ce point ? Quelle folie s'est emparée de, de mes ancêtres dirait-on ?

Dr Gobatoin : Voilà des interrogations auxquelles nous cherchons activement des solutions. Votre récit nous a particulièrement éclairés sur cette affaire, votre témoignage nous est précieux, bien qu'il semble vous en avoir coûté de nous le transmettre.

Jules Montfort : Existe-t-il seulement une fin à toute cette histoire ? Subsiste-t-il ne serait-ce qu'un brin de logique dans cette fable sans queue ni tête ?

Dr Gobatoin : J'en suis convaincu. C'est mon métier après tout.

Jules Montfort : Si vous le dites…

Dr Gobatoin : Auriez-vous d'autres informations à nous partager ? Un détail qui vous semblerait sans intérêt ? Une hypothèse ?

Jules Montfort : Je, je ne crois pas. Par ailleurs, je, je n'ai plus envie de revenir dessus. Il va me falloir vivre avec dorénavant et… désolé, je m'égare.

Dr Gobatoin : Dans ce cas, je vous remercie pour votre témoignage, ainsi que le courage dont vous avez fait preuve.

Jules Montfort : C'est moi qui vous remercie de m'avoir sauvé. Sans votre intervention, j'aurais très probablement été mis en pièces par ces créatures. Bon sang…

Dr Gobatoin : Toutes ces horreurs, les séquelles vont être nombreuses.

Jules Montfort : Et ce ne sont pas des séances de thérapies qui y changeront grand-chose. Déjà qu'elles n'ont aidé aucun de mes enfants. À qui se fier ?

Dr Gobatoin : Bien. Passez dans la pièce à côté, il y a encore deux trois détails administratifs à régler avec mon collègue. Ainsi que… ainsi que de quoi atténuer ces horrifiques images de votre esprit26.

Jules Montfort : Vraiment ?

Dr Gobatoin : Bien sûr. Vous avez assez souffert comme cela, inutile d'en rajouter. Vous méritez d'être tenu à l'écart de ce genre d'affaire.

Jules Montfort : Je, merci.

Dr Gobatoin : Je vous en prie. Au revoir.

Jules Montfort : Au revoir.

<Fin de l’enregistrement>

Conclusion : L'individu se vit administrer un amnésique de Classe C puis relâché.

Par la suite, le Dr Gobatoin envoya un courriel au Directeur du Pôle de Recherche du Site-Aleph, le Dr Grym, afin de demander à ce qu'une accréditation de Niveau 4/511-FR soit délivrée à une Force d'Intervention Mobile. Cette requête avait pour but de monter une nouvelle expédition dans SCP-511-FR-C, dans l'objectif de détruire l'objet anormal désigné comme "le Cœur" dans les divers documents récupérés. Une semaine plus tard, celui-ci reçut la réponse, disponible ci-dessous sur décision du Comité d'Éthique.

De : ten.pics|ec.rf-nimda#ten.pics|ec.rf-nimda
À : ten.pics|niotabogleakcim#ten.pics|niotabogleakcim
Objet : Demande d'accréditation de Niveau 4/511-FR
Envoyé le : 24/06/2015

Suite à votre demande, nous avons le regret de vous informer que, après concertation avec le Directeur du Pôle de Recherche du Site-Aleph, nous ne pouvons vous délivrer une accréditation de Niveau 4/511-FR.

Vous avancez comme arguments que la destruction de l'objet anormal surnommé "le Cœur" :

  • Rendrait inopérantes les entités SCP-511-FR-1, 2 & 3, rendant l'exploration de SCP-511-FR-A, B & C plus prudente ;
  • Soulagerait grandement les PdI de l'affliction dont elles sont dotées, par le biais de l'accomplissement d'un "accord".

Bien que ces deux objectifs soient louables, il convient cependant d'examiner les trois issues liées à un tel projet :

  • La mise en danger d'une Force d'Intervention Mobile ainsi que d'un civil, condition nécessaire afin de pénétrer dans SCP-511-FR-C ;
  • La neutralisation d'entités et de phénomènes anormaux, doctrine contraire aux principes de la Fondation SCP ;
  • L'accomplissement d'un "accord" dont nous ne connaissons ni les tenants, ni les aboutissants.

J'attire notamment votre œil sur ce dernier point. Quoi que les ancêtres de la famille De Houvnolstein aient fait, il y a manifestement eu rupture d'un engagement, dont les descendants actuels payent encore le prix. La neutralisation du "Cœur" semble être une condition au rétablissement, ou du moins à la cessation définitive des implications relatives à ce pacte. Et nous n'avons actuellement aucune piste, aucun indice, aucun repère sur ce qu'il se passera par la suite. Et cela, nous ne pouvons nous le permettre : la situation est actuellement sous contrôle, et bien qu'elle soit quelque peu désagréable pour les PdI, leur peine est cependant négligeable devant les risques que nous prendrions en nous aventurant dans l'inconnu.

Ce que vous voulez entreprendre, c'est ce que SCP-511-FR-Prime espère que nous fassions. Et sans connaître ses intentions véritables, nous ne pouvons nous permettre de lui donner raison. En l'état, mieux vaut pour nous de rester en relativement bons termes avec la Confrérie des Chevaliers de Saint Georges.

Par ailleurs, vous savez comme moi à quel point les relations avec la cité-état de Mirmande sont, disons inexistantes. Nous ne savons quasiment rien d'eux, et il serait dommage de nous attirer leur hostilité par une quelconque maladresse. En conséquence, rien ne sera entrepris à l'encontre de cette anomalie.

Bien à vous,

David Blumenstein
Représentant du Comité d’Éthique


Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License.