Informations
Nom : Nos étoiles languides
Auteur : Henry Von Kartoffen
Notation : 6/6
Créé le : Sat Jul 27 2024
Objet no : SCP-652-FR
Niveau de Menace : Orange ●
Classe : Sûr Euclide
Procédures de Confinement Spéciales
SCP-652-FR-A doit être contenu dans un caisson hermétique de catégorie II, situé dans la Zone-7 de stockage des entités biologiques mineures du Site-Beth. L'accès à l'anomalie nécessite une accréditation de Niveau 3/652-FR, délivrée après présentation des analyses et interrogatoires prévus avec SCP-652-FR-A. Toute interaction avec l'anomalie doit se dérouler dans un cadre calme et à une température supérieure à 25° C, afin d'assurer au maximum le confort et donc la coopération de l'entité. L'état de santé de celle-ci doit être vérifié sur une fréquence bi-hebdomadaire. Toute modification de celui-ci doit être rapportée au Département Médical en vue de sa neutralisation prochaine.
Addition du 13 avril 1963, mise à jour le 8 avril 2008 : Chaque année à partir du 10 avril, soit trois jours avant l'événement, SCP-652-FR-A doit être déplacé à l'avant-poste Matsuwd, que doivent protéger plusieurs troupes d'Agents d'Intervention Tactique. L'avant-poste doit être équipé pour l'occasion de plusieurs systèmes de défense, automatisés ou non, listés dans le document RT-47 et remis à jour chaque année. Toute attaque menée par une des entités SCP-652-FR-B doit être repoussée, quel qu'en soit le coût. Les Agents d'Intervention Tactique sont autorisés à faire appel aux forces de sécurité des sites alentours en cas de besoin. Une fois les assaillants en fuite, SCP-652-FR-A doit être ramené au Site-Beth et retrouver son unité de confinement. Le Département de Censure et de Désinformation doit justifier les mouvements des agresseurs comme résultant de la perturbation des flux migratoires. Les corps des agresseurs doivent être envoyés au Bio-Site-Shin pour être analysés. Toute découverte permettant de mieux saisir la nature des entités SCP-652-FR-B doit être partagée aux membres du personnel concernés, et ajoutée en conséquence au document RT-47.
Description

Belligérants sous l'emprise de SCP-652-FR-B-11 repérant le terrain.
SCP-652-FR-A est une tête humaine, encore parfaitement fonctionnelle et consciente, séparée de son corps d'origine au niveau du cou. Cette césure avec le torse présente des chairs calcinées et déchiquetées, ainsi que de nombreuses cloques, que les chercheurs de la Fondation interprètent comme ayant été causée par une violente et soudaine source de chaleur. D'une masse de 19,3 kg et d'une circonférence de 93,5 cm, SCP-652-FR-A apparaît appartenir à un corps de dimensions bien supérieures à celui d'un être humain moyen, d'une taille estimée à plus de 3,5 m. La localisation de ce corps est actuellement inconnue.
Décrire précisément la physionomie de SCP-652-FR-A s'avère complexe : les informations visuelles recueillies par les chercheurs, comme la forme du nez, la pilosité faciale ou la position des pommettes, ne peuvent être retranscrites ou communiquées. En raison d'un effet de nature antimémétique, les diverses descriptions physiques de l'entité s'avèrent incapables de persister dans la mémoire humaine. Ce phénomène s'étend à toutes les représentations visuelles de SCP-652-FR-A, dont les photographies, les vidéos et les bas-reliefs, qui ont tendance à se désagréger avec le temps. Cependant, il est tout à fait possible de décrire et d'enregistrer la voix de l'entité, celle-ci n'étant pas soumise à cet effet antimémétique.
Malgré tout, un examen pétrographique a pu être réalisé. L'observation, au microscope polarisé, de lames minces d'échantillons divers de SCP-652-FR-A ; plusieurs sessions de cristallographie aux rayons X, couplées à une prise de mnésiques de Classe B, permirent aux chercheurs de la Fondation de déterminer la composition de l'entité. Celle-ci s'avère constituée à 56 % de minéraux, et plus précisément de silicates (grenats, topazes, tourmalines, lazurites entre autres) et d'oxydes et d'hydroxydes (corindons, dont rubis et saphirs). Cette proportion a tendance à augmenter avec le temps, les chairs de SCP-652-FR-A se transmutant au fil des années en minéraux par un procédé inconnu. Ce phénomène est considéré comme douloureux par SCP-652-FR-A, en plus de grandement l'handicaper. Près d'un tiers de son visage apparaît être paralysé, l'empêchant d'articuler normalement. Étant donné la vitesse de conversion, l'anomalie se neutralisera d'elle-même d'ici un siècle et demi environ.
SCP-652-FR-A est conscient et capable de communiquer en parlant, bien qu'étant dépourvu de poumons. L'entité s'exprime dans la langue de son interlocuteur, ayant connaissance de tous les idiomes connus, sans qu'un accent particulier ne dénote. SCP-652-FR-A présente un tempérament résigné et condescendant, mais accepte toutefois de répondre aux divers interrogatoires. L'entité doit cependant être considérée comme une source historique contestable malgré son âge, estimé à plusieurs milliers d'années, étant donné sa réclusion antérieure.
SCP-652-FR-A a été récupéré en novembre 1962, suite à la dissolution du Bureau Africain des Affaires Occultes. Plusieurs anomalies appartenant au Groupe d'Intérêt furent revendues à bas prix à la Fondation SCP, ainsi que leur documentation attachée. Celle-ci est disponible dans les addenda suivants.
SCP-652-FR-B désigne 12 entités féminines, d'apparence humaine mais aux traits zoomorphiques. Chacune apparaît exercer un certain contrôle sur les animaux partageant leurs traits. Cette capacité implique mais n'est pas limitée à : attirer en grand nombre les bêtes correspondantes, les amener à coopérer entre elles et les pousser à attaquer une cible précise. SCP-652-FR-B-1 à 12 se servent de cette aptitude afin d'attaquer annuellement les installations de la Fondation dans lesquelles SCP-652-FR-A pourrait être conservé. Les individus combattent toujours seuls et à tour de rôle une année sur l'autre, selon un rythme invariable amenant chaque entité à n'attaquer qu'une fois tous les douze ans.
SCP-652-FR-B-1 à 12 ont jusqu'ici toujours réussi à s'échapper après leurs assauts manqués, probablement grâce à des capacités encore inconnues. Leur origine et nature véritables sont encore inconnues à ce jour.
[ADDENDA SUPPRIMÉS SUR ORDRE DU CONSEIL O5]
[ADDENDA RAJOUTÉS SUR ORDRES DE LA GRANDE ARCHIVISTE ET DU COMITÉ D'ÉTHIQUE]
Cet addendum regroupe deux des documents, jugés les plus pertinents, résultant du transfert de l'anomalie des entrepôts du BAAO au Site-Beth de la Fondation : il s'agit du premier entretien réalisé par un membre de la Fondation, les résumés de ceux entrepris par le BAAO étant indisponibles ; ainsi que des premières archives liées à la récupération de SCP-652-FR-A de son autel initial.
Interrogé : SCP-652-FR-A
Interrogateur : Chercheur Junior DiepnizAvant-propos : Entretien réalisé dès que le colis fut réceptionné au Site-Beth, le 24/11/1962
[DÉBUT DE L'ENTRETIEN]
Chercheur Junior Diepniz : Bonjour. Je vous le signale, protocole oblige, mais pendant toute la durée de votre confinement, vous porterez le matricule "SCP-652-FR-A".
SCP-652-FR-A : Un nom en plus dont vous m'affublez. Décidément, vous cherchez par tous les moyens à prolonger ma décrépitude.
Chercheur Junior Diepniz : J'en suis tout aussi navré. Êtes-vous disposé à répondre à quelques-unes de mes questions aujourd'hui ?
SCP-652-FR-A : Y a-t-il quoi que ce soit dont vous ne soyez pas au courant par les temps qui courent ?
Chercheur Junior Diepniz : Nous venons tout juste de vous récupérer, et la documentation fournie apparaît particulièrement… succincte. Nos historiens ont beaucoup de mal à reconstituer votre parcours, d'autant plus que les péripéties les plus marquantes apparaissent remonter à une période des plus troubles de l'Histoire.
SCP-652-FR-A : Votre guerre occulte apparaîtrait limpide par rapport à d'autres époques plus reculées et plus, disons, merveilleuses.
Chercheur Junior Diepniz : Alors pourquoi ne commencerions-nous pas par cet âge d'or ?
SCP-652-FR-A : Or pour moi, vase pour vous. Jadis, je fus le seigneur de ces terres, avant que les singes puis les Hommes n'en fissent leur domaine. Je commandais aux vents, à la terre et aux êtres qui l'habitaient. Sous mon règne sage, la Vie prospéra. Cette ingrate.
Chercheur Junior Diepniz : Comment ça ?
SCP-652-FR-A : La Vie elle-même peine à oublier mon nom. Et ce faisant, elle me retient encore entre ses griffes.
Chercheur Junior Diepniz : Je crains ne pas comprendre, comment de simples mots pourraient-
SCP-652-FR-A : Les mots ne sont pour vous que des assemblages ésotériques de sons ou de symboles destinés à communiquer. Pour moi, ce sont des entraves, de douloureux sursis dont j'aimerais tant me défaire. Le Roi se meurt, et ses sujets tentent vainement de le retenir, inconscients de la douleur qu'ils lui infligent.
Chercheur Junior Diepniz : …
SCP-652-FR-A : Il me tarde tant à rejoindre les étoiles…
Chercheur Junior Diepniz : Vous paraissez… accablé ?
SCP-652-FR-A : Je me meurs, il y a de quoi.
Chercheur Junior Diepniz : Comment cela ?
SCP-652-FR-A : Vous ne voyez donc pas ? Ma chair se cristallise, gagnant peu à peu consistance et logique, dans ce monde ne jurant plus que par ça. De seconde en seconde, je me rapproche de cette matérielle mortalité. Depuis plus d'un siècle, j'agonise. Mon esprit a beau lentement s'estomper, ma souffrance physique se sublime. Si vous cessez de prolonger ma captivité terrestre par vos mots profanes, je pourrai enfin goûter à la bienveillante chaleur des étoiles, après ce râle centenaire.
Chercheur Junior Diepniz : Existe-t-il un moyen de vous sauver ?
SCP-652-FR-A : J'espère que non. Toutes les choses finissent par mourir, et je ne fais pas exception. J'aurais simplement souhaité que ces ultimes instants soient… plus courts.
Chercheur Junior Diepniz : Qui aurait pu prédire que la décapitation ne suffirait pas ?
SCP-652-FR-A : Comment ? Mais c'est vous qui perdez la tête, ma parole. Nul ne saurait tuer un véritable roi en lui tranchant simplement la tête. Non, la perte de mon corps découle d'un simple accident.
Chercheur Junior Diepniz : Je ne suis pas sûr de saisir le sens que vous attribuez à "simple accident".
SCP-652-FR-A : Vous m'épuisez avec vos questions.
Chercheur Junior Diepniz : Je suis désolé, souhaitez-vous abréger l'entretien ?
SCP-652-FR-A : Pour que vous reveniez plus tard avec autant sinon plus d'interrogations ? Pour qui me prenez-vous ? Non, je vais vous répondre maintenant, et ainsi vous me laisserez tranquille pour le reste de mes jours.
Chercheur Junior Diepniz : Très bien. Je me prépare à noter avec le plus de détails possible alors.
SCP-652-FR-A : Nul besoin, les faits sont concis. Lassé des incessants conflits qui détruisaient cette terre sur laquelle je régnais, je décidai ce jour-ci de rejoindre les étoiles. Mais un inopportun éclair vint couper court à mon ascension, et à mon cou. Ma tête chut, mes filles la retrouvèrent et la gardèrent, incapable que j'étais de m'élever à nouveau ou de mettre fin à mes jours.
Chercheur Junior Diepniz : Mais alors, à partir de quand vous êtes-vous porté le coup fatal ?
SCP-652-FR-A : Il m'est impossible de m'ôter moi-même la vie : les véritables rois ne peuvent porter atteinte à leurs semblables. Une tierce personne en fut l'artisan, un Homme. Mais il était faible, et son coup ne fut fatal sur l'instant. L'agonie se prolonge depuis.
Chercheur Junior Diepniz : S'agit-il d'un membre de l'organisation qui vous conservait jusque-là ?
SCP-652-FR-A : Vous vous méprenez. Ces ânes bornés ne firent que m'enfermer dans une boîte lorsqu'ils virent que j'étais mourant, incapable de leur fournir autre chose que de la rancœur.
Chercheur Junior Diepniz : Qui donc alors ?
SCP-652-FR-A : Vous l'avez vous-même dit : il s'agissait d'une période trouble de l'Histoire. Avec ses deux camps. Je présume que vous êtes au fait du premier, mais qu'en est-il de votre connaissance du second ?
Chercheur Junior Diepniz : Les informations relatives à la Sixième Guerre occulte me sont classifiées, hélas.
SCP-652-FR-A : Tant de personnes mortes une seconde fois par les secrets et les remords. Ne mettez-vous pas votre vie en danger rien qu'en souhaitant m'écouter ?
Chercheur Junior Diepniz : …
SCP-652-FR-A : Qu'importe, vous assumerez. Laissez-moi donc vous raconter ce que me narra un homme désabusé, venu pour me sauver et reparti avec mon sang sur ses mains.
[DONNÉES SUPPRIMÉES SUR ORDRE DU CONSEIL O5]
BUREAU AFRICAIN DES AFFAIRES OCCULTES
CAMPAGNE DE SAISIE DES SINGULARITÉS
1862-1866
VERSION IMPRIMÉE
JUGÉE APTE À
ÊTRE ARCHIVÉE
BUREAU AFRICAIN DES AFFAIRES OCCULTES
engagements de sa majesté Norodom Ier, ainsi que les dispositions prises par le vice-amiral Pierre-Paul de La Grandière pour le compte de Napoléon III, empereur des français ; le Bureau Africain des Affaires Occultes, c'est-à-dire ses agents comme ses représentants, est désormais autorisé, dans un premier temps, à parcourir les terres du royaume du Cambodge, avec les mêmes restrictions que tout sujet du roi du Cambodge.
Fruit d'une collaboration étroite entre l'empire français et le royaume du Cambodge, cette troisième étape de la mise sous protectorat français du Cambodge vise, avant toute chose, à évaluer le degré de réponse que devra apporter le Bureau Africain des Affaires Occultes face aux Singularités présentes sur place. Le continent asiatique étant resté dans sa globalité particulièrement isolationniste, malgré les nombreux accords commerciaux proposés, et sourd aux recommandations de la Fondation S.C.P., les articles du Traité de Montélimar ne sont actuellement appliqués qu'avec peu de rigueur, menant à une concentration bien plus importante en Singularités dans cette partie du monde.
Le risque inhérent à la prolifération et l'utilisation de Singularités par les populations civiles ne pouvant être ignoré plus longtemps par sa majesté Norodom Ier, celui-ci consent à laisser un organisme extérieur se charger de la détection et de la récupération des artefacts ne suivant pas les principes scientifiques admis. Cette clause de l'accord s'avérant être la plus délicate, étant donné l'attachement à leurs traditions des populations du continent asiatique, ainsi que de la place accordée aux Singularités dans leur culture, le Bureau Africain des Affaires Occultes s'est engagé à mener sa mission à bien de la manière la plus diligente possible. Des recommandations précises sont présentement fournies aux troupes stationnées en Cochinchine française, actuellement en train d'appliquer les articles du Traité de Montélimar sur place.
La deuxième clause quant à elle, qui ne s'appliquera qu'une fois la première étape terminée avec succès, est vivement désirée par sa majesté Norodom Ier, et doit donc être mise en place le plus rapidement possible. La saisie des armes dotées de capacités
4 / 16
BUREAU AFRICAIN DES AFFAIRES OCCULTES
singulières représentant l'objectif premier de cet accord, convergence à la fois de l'application du Traité de Montélimar et des intérêts de sa majesté Norodom Ier, les négociations avec les royaumes d'Annam et de Siam doivent être entreprises dès l'officialisation de cet accord. En effet, la présence d'atouts militaires singuliers entrant non seulement en contradiction avec les décisions émises lors du Congrès de Montélimar et menaçant grandement le royaume du Cambodge qui, en raison de sa position et de ses ressources, s'avère particulièrement vulnérable et attrayant pour ses deux voisins cités ; la saisie, par la diplomatie ou la force, de ces artefacts singuliers pour le compte de la Fondation S.C.P. doit constituer une priorité.
L'objectif ayant été atteint pour les principales puissances occidentales, notamment en raison des conséquences de la Cinquième Guerre occulte, la Fondation S.C.P. cherche dorénavant à l'édicter aux pays du continent asiatique, par le truchement des organisations étatiques dédiées au Singulier. Le Bureau Africain des Affaires Occultes ayant étendu ses opérations dans cette région après la conquête de la Cochinchine par l'empire français, la mission lui revient donc.
Le capitaine Crachotin, par ses faits d'arme et sa connaissance du terrain, est nommé à la tête de la compagnie franche B-12, qui assurera la première clause de l'accord. Cette approche prudente et discrète devrait prévenir tout malentendu avec les royaumes d'Annam et de Siam, ce dernier étant suzerain en temps normal du royaume du Cambodge. Ce contretemps d'ordre politique ne doit pas entraver l'opération : le représentant français au royaume de Siam, M. Aubaret, a déjà rapporté la forte hostilité dont pourrait faire état leur roi Rama IV à l'encontre de l'application du Traité de Montélimar. Sans pour autant arriver au conflit armé, ces négociations risquent d'affecter grandement les relations entre le royaume de Siam et l'empire français. Malgré le traité d'amitié signé quelques années plus tôt, sa majesté Rama IV s'est montré particulièrement réticente à une intervention française sur la question du Singulier. Ces négociations se feront donc sous un angle plus officiel : une rencontre est envisagée entre sa majesté Rama IV ainsi que l'empereur Napoléon III. Sous prétexte d'une visite d'État pour un possible rapprochement entre les deux nations, la question du Singulier pourra alors être
5 / 16
Pour Paris, le 14 octobre 1863
À Charles-Henri Chevalier, 8 rue d'Italie
De ambassadeur Aubaret
Grande agitation au palais
Nombreux Mo phi royaux furieux
Mahailek divisés
Rama IV probablement incertain
Question du Singulier chatouilleuse
Beaucoup considèrent Cambodge comme leur sol
C.S.S. - RAPPORT DE MISSION No 1
CAPITAINE : Crachotin
COMPAGNIE FRANCHE : B-12
DATE : 5 - 8 novembre 1863
LIEU : Suong
INCIDENTS : Aucun
CONCLUSION : Succès
L'entretien avec le vieil homme et ses assistants se révéla plus qu'instructeur. Ce gourou s'avérait résigné, conscient de la dangerosité que représentait le Singulier.
1 / 3
C.S.S. - RAPPORT DE MISSION No 1
Il n'hésita pas un seul instant à répondre à toutes mes interrogations, me permettant de cerner très rapidement les cas à traiter en ville. Comme prévu, il s'agissait d'artefacts mineurs, ainsi que de quelques rituels ésotériques. Je l'enjoignis immédiatement à me révéler leur emplacement précis, ainsi qu'à ne réitérer sous aucune circonstance ces traditions, sur application du Traité de Montélimar. Bien qu'il hésitât sur l'instant, quelques paroles d'encouragement de ma part suffirent à lui faire entendre raison.
Une fois l'entretien terminé, j'ordonnai à nos soldats de procéder aux saisies ainsi qu'aux interpellations. Ceux-ci ayant profité de cette pause pour faire connaissance avec les locaux, les ordres furent plus facilement appliqués. Il fut particulièrement aisé de réunir les enfants sur la place principale, avec des promesses de friandises, afin de repérer ceux portant une clef autour du cou (objets no 452-756).
2 / 3
C.S.S. - RAPPORT DE MISSION No 1
Une fois la situation expliquée calmement, ils acceptèrent de les céder, contre rétribution sucrée. Face au refus de l'un d'eux, l'un de nos soldats se montra particulièrement insistant, jusqu'à recourir à l'injonction, puis la menace.
Ne souhaitant pas briser la confiance de ces habitants, je pris la défense de cet enfant, réprimandant sévèrement ce soldat en public. Le mécontentement grandit parmi la troupe, mais le soulagement des habitants suffit à éviter l'incident. L'enfant me donna même son artefact une fois la scène terminée.
Une fois les objets empaquetés et le porteur en route, nous partîmes pour la ville suivante, tout en réitérant nos recommandations. Cependant, le caractère irritable de ce soldat me fit prendre un détour afin de laisser à la compagnie le temps de se reposer. Les dernières semaines ayant été difficiles, il n'est pas étonnant qu certains d'entre eux se montrent à cran.
3 / 3

Deux sœurs fort sympathiques. Leur proximité engendrait nombre de singularités mineures, nous nous résignâmes à les séparer, avec quelques larmes de leur part, en en envoyant une chez un oncle habitant un autre village.
Le 13/04/1963, le Site-Beth fut la cible d'une attaque de SCP-652-FR-B-7. Non-préparées, les forces de sécurité du site furent débordées par la quantité de léporidés : les individus endommagèrent nombre d'installations électriques essentielles (relatives au confinement de SCP-███-FR et SCP-███-FR), menant à des brèches de confinement en chaîne. La Force d'Intervention Mobile Delta-4 ("Safari Time !"), stationnée à proximité, dut intervenir afin de maîtriser la situation. Après la mise en fuite des belligérants, les informations recueillies permirent de déterminer la nature de l'entité responsable. Un nouvel interrogatoire fut mené avec SCP-652-FR-A, tandis que les opérateurs contactèrent les Archives Noires, héritières de nombreux dossiers du BAAO, qui s'avérèrent avoir égaré, même si le doute reste, plusieurs documents liés à SCP-652-FR-A, disponibles pour la plupart ci-dessous
Interrogé : SCP-652-FR-A
Interrogateur : Chercheur Junior DiepnizAvant-propos : Entretien réalisé le lendemain de l'attaque intentée par SCP-652-FR-B-7, qui n'a pas réussi à atteindre SCP-652-FR-A. Il s'agit du second interrogatoire avec l'entité.
[DÉBUT DE L'ENTRETIEN]
Chercheur Junior Diepniz : Bonjour.
SCP-652-FR-A : Vous revoilà, vivant qui plus est. Vos supérieurs ont pour une fois décidé de ne pas suriner l'Histoire ?
Chercheur Junior Diepniz : Ils considèrent que ce dossier en vaut la peine.
SCP-652-FR-A : Intéressant, très intéressant. Notre dernier entretien serait donc conservé quelque part ? Ces sensés contestataires méritent-ils enfin d'être souvenus ?
Chercheur Junior Diepniz : … Non.
SCP-652-FR-A : Je vois.
Chercheur Junior Diepniz : Non, les, les informations sensibles ont été retirées du rapport. Il ne reste que vous et moi pour nous en rappeler.
SCP-652-FR-A : Dommage, très dommage. Les mots pour commencer, mais à quand votre personne ?
Chercheur Junior Diepniz : Tant que je reste silencieux sur le sujet, je n'ai rien à craindre.
SCP-652-FR-A : Bien sûr bien sûr, c'est ce que tout le monde se dit. C'est ce que se disaient les siamois. S'ils ne parlaient pas, on les laisserait tranquilles. Et l'avenir leur montra rapidement qu'ils avaient tort.
Chercheur Junior Diepniz : …
SCP-652-FR-A : Quand l'avenir vous donnera-t-il tort ?
Chercheur Junior Diepniz : Je, je suis venu vous poser plusieurs questions sur un tout autre sujet.
SCP-652-FR-A : Bien sûr, changeons de sujet, balayons les erreurs du passé, elles sont passées justement.
Chercheur Junior Diepniz : Hier, le 13 avril, nous avons été attaqués par-
SCP-652-FR-A : Nul besoin de terminer votre phrase. Et préparez-vous pour l'année prochaine.
Chercheur Junior Diepniz : Comment ça ?
SCP-652-FR-A : Mes filles. Obstinées. Mais ponctuelles.
Chercheur Junior Diepniz : C'était votre fille ?
SCP-652-FR-A : Choüat. Elle cherche à me récupérer, tout comme ses sœurs. Quoi de plus normal ? Je suis roi, mais je n'en reste pas moins père. Un père aimant, leur ayant tout donné et façonné des êtres à leur image. Des ingrates, elles-aussi.
Chercheur Junior Diepniz : Que vous ont-elles fait ?
SCP-652-FR-A : Le geste le plus noble possible pour des enfants envers leur père, mais la plus stupide des décisions pour des héritières à l'égard de leur roi. Les étoiles riraient de leur choix si j'étais avec elles.
Chercheur Junior Diepniz : C'est-à-dire ?
SCP-652-FR-A : Elles laissèrent le trône vacant. D'abord pour retrouver ma tête, tombée loin à l'est du Mékong ; puis pour la protéger, à tour de rôle et contre mon gré. Et la fratrie incomplète ne pouvant gouverner, les Hommes prirent notre place.
Chercheur Junior Diepniz : Une tragédie.
SCP-652-FR-A : Une comédie en comparaison de ce déni dans lequel s'enfoncent vos supérieurs. Je suppose qu'ils ont leur part de responsabilité dans ce conflit.
Chercheur Junior Diepniz : Restons-en aux questions que je vous pose, voulez-vous ? Vous pourrez ressasser à loisir une fois de retour dans votre boîte. Soyons raisonnables.
SCP-652-FR-A : Vous souhaitez si ardemment rendre ce monde raisonnable-
Chercheur Junior Diepniz : Et arrêtez de m'associer aux Campagnes de Saisie des Singularités. Elles ont été oubliées pour de bonnes raisons.
SCP-652-FR-A : Pour que les pays d'Asie restent raisonnables…
Chercheur Junior Diepniz : Je ne répondrai pas à cette provocation.
SCP-652-FR-A : Enfin donc vous vous démarquez de vos prédécesseurs.
Chercheur Junior Diepniz : Comment ça ?
SCP-652-FR-A : Vous n'avez donc toujours pas accès aux documents d'époque ? Ils sont… particulièrement prévisibles.
Chercheur Junior Diepniz : Je n'ai toujours pas accès aux archives liées à la Sixième Guerre occulte.
SCP-652-FR-A : Vous n'en aurez pas besoin avec moi. Mes filles me rapportèrent avec tant de précision les exactions commises, et mon meurtrier s'avéra si désespéré et donc sincère, que vous pouvez me considérer comme une source historiquement fiable.
Chercheur Junior Diepniz : J'en doute.
SCP-652-FR-A : De bien fallacieux avertissements qu'ils vous ont communiqués à mon sujet. Croyez-vous donc aveuglement ceux qui cherchent à faire oublier ?
Chercheur Junior Diepniz : Ils ont leurs raisons.
SCP-652-FR-A : De bien mauvaises raisons, mais j'imagine qu'il ne s'agit plus de convoitise. Reprenons mon récit là où je m'étais arrêté, voulez-vous ?
[DONNÉES SUPPRIMÉES SUR ORDRE DU CONSEIL O5]
BUREAU AFRICAIN DES AFFAIRES OCCULTES
CAMPAGNE DE SAISIE DES SINGULARITÉS
AJOUTS DU ██/██/████
1862-1866
VERSION IMPRIMÉE
JUGÉE APTE À
ÊTRE ARCHIVÉE

Une joueuse de "chapey", selon ses dires. Nous la maîtrisâmes dès qu'elle entama sa sirupeuse mélodie, coupant court à sa possible invocation.
Pour Paris, le 28 novembre 1863
À Charles-Henri Chevalier, 8 rue d'Italie
De ambassadeur Aubaret
Nouvelle agitation au palais
Plusieurs Mo phi ont quitté la cour
Me menacèrent avant
Pas de poursuites cependant
Rama IV aussi affligé que moi
Mains liées par politique
Mais pas ses sujets
C.S.S. - RAPPORT DE MISSION No 16
CAPITAINE : Crachotin
COMPAGNIE FRANCHE : B-12
DATE : 12 - 15 décembre 1863
LIEU : Skuon
INCIDENTS : Forte hostilité locale
CONCLUSION : Succès
1 / 5
C.S.S. - RAPPORT DE MISSION No 16
adultes remarquèrent son petit ménage. Afin de ne pas les froisser devant mon impassibilité, je m'écartai du groupe et me penchai afin de lui parler, tout en lui indiquant que j'étais pressé.
« On m'a demandé de vous dire que vous n'étiez pas les bienvenus ici », suis-je arrivé à saisir dans le brouhaha de mes soldats. Je le fixai, incrédule, avant que celui-ci ne s'écartât vivement et s'enfuît dans les rues adjacentes. Je le laissai filer tout en le prenant au sérieux : rien d'étonnant à ce que nos récents exploits, si je puis parler ironiquement, aient été divulgés aux villages adjacents. D'un geste, je fis signe à ma compagnie de s'arrêter, afin de leur expliquer la situation. Ceux qui avaient encore les idées claires expliquèrent aux autres. Il était clair que nous ne devions pas traîner ici.
J'ai immédiatement ordonné le réquisitionnement de la plus grande des maisons. Les anciens
2 / 5
C.S.S. - RAPPORT DE MISSION No 16
invoquèrent de nombreuses raisons fallacieuses afin de m'en empêcher, mais l'édit royal que je leur montrai mit un terme aux négociations. Il est fâcheux que je dusse attaquer leur loyauté superfétatoire afin d'apposer le sceau de la raison.
Deux gardes armés devant la porte, d'autres aux fenêtres et le reste de la troupe pour rameuter les habitants. Les soldats avaient pris l'habitude et vociférèrent cette simple phrase que je leur appris : "Bibelots du phram, dehors". Il leur fallut donner quelques coups de crosse afin de faire sortir les plus récalcitrants et les mettre en ligne, mais une demi-heure plus tard une longue file indienne se pressait devant mon bureau. J'enregistrai au fur et à mesure les objets qu'ils me déposaient, notant leur résignation.
L'heure avançant, les porteurs ne purent partir avant le lendemain, trop heureux de se reposer. Cette concentration de Singularités allant sûrement attirer la convoitise, j'eus la bonne intelligence de doubler la garde
3 / 5
BUREAU AFRICAIN DES AFFAIRES OCCULTES
NOTE CONFIDENTIELLE
À détruire dès réception
Victor-Emmanuel,
D'ici quelques heures, vous recevrez une invitation à une réunion exceptionnelle organisée par quelque représentant de la Fondation de Sa Majesté pour le Suivi des Curiosités et des Phantasmagories. Je viens de voir passer ces britanniques dans les bureaux de la Singulière Académie Impériale, l'air penaud, et d'entendre nos fonctionnaires à l'intérieur rire jaune. Ils vont immédiatement tenter leur chance avec le Bureau Africain des Affaires Occultes, jouant sur l'urgence de la situation.
N'ACCEPTEZ AUCUNE DE LEURS DEMANDES. Le Raj britannique, et plus particulièrement le 0ème Régiment Anti-culte, éprouve nombre de difficultés à maintenir l'ordre. Partout quantité de soulèvements, comme lors de l'Insurrection indienne de 1857, pour faire face à la Campagne de Saisie des Singularités. Ceux-ci restent localisés et de petite ampleur, mais se propagent à une vitesse stupéfiante.
Étant donné notre présence à proximité, ils vous demanderont de détacher quelques troupes afin de circonscrire au plus vite ce mouvement.
Mais nous avons déjà beaucoup à faire de notre côté : des agitateurs siamois ont été repérés à l'ouest du Cambodge et tentent de reproduire les mêmes soulèvements. Les nouvelles vont vite quand il s'agit de protéger leurs jouets. Le capitaine Crachotin présent sur place a déjà failli être égorgé, nous devons nous dépêcher autant que possible avant que la situation ne dégénère et que la Fondation S.C.P. ne vienne y mettre son nez. Il ne manquerait plus qu'ils tombent sur nos registres et comparent avec les leurs.
Débrouillez-vous afin de paraître vraiment navré : offrez-leur le thé puisqu'ils adorent ça, faites-leur des promesses fantaisistes et dites que nous ne pouvons prendre du retard sur l'application du Traité de Montélimar.
Je compte sur vous.
À l'attention du capitaine Crachotin
Monsieur,
Certains de vos collègues bien-pensants ont, par un éclair de lucidité, enfin daigné me faire parvenir vos comptes-rendus d'opération. À force de ne recevoir que des notes éparses de la part de vos supérieurs, je pris résolution de me procurer par le biais d'autres sources ces documents essentiels pour nos archives et la planification des futures opérations. Loin de vous accuser de sédition étant donné la gravité de ces manquements, qu'il me serait aisé de rapporter aux autres organisations ayant signé le Traité de Montélimar, je tiens à pointer une extrême mauvaise volonté de votre part.
À la lecture de ceux-ci, je dois dire que je suis scandalisé.
Le déroulé de vos opérations entre en contradiction totale avec le traité signé l'année dernière. Les populations peuvent se montrer réticentes et l'environnement difficile à arpenter, mais en aucun cas cela ne peut excuser votre conduite. Celle-ci déshonore votre fonction. Il m'étonnerait beaucoup que vos supérieurs soient au courant de vos exactions et je pense qu'une lettre de ma part vous mènerait directement à la cour martiale. Il va sans dire que votre prochaine expédition sera la dernière.
Cependant, nous pourrions trouver un terrain d'entente. Comme je doute aussi de la fiabilité de votre administration ainsi que de la mienne, la faute revenant à ces avides Observateurs, je vous propose, afin d'éviter la pendaison, de vous emparer pour mon compte d'une Singularité bien spécifique. Celle-ci, d'après mes recherches, s'avère être d'une grande dangerosité, tandis que sa nature particulière entâcherait grandement les relations avec le royaume de Siam. Laisser un dieu en liberté ne saurait que nous apporter de funestes conséquences, surtout si ses fidèles venaient à le savoir. La réussite de cette opération signera aussi celle du BAAO. Seuls nous deux et les auteurs de ces légendes sur lesquelles je me base (voire leurs descendants) sont au courant de son existence.
Les coordonnées précises sont disponibles dans la feuille annexe.
Mesurez vos actes et faites vite.
Le Fondateur
Suite aux découvertes présentées dans l'addendum précédent, des recherches plus approfondies furent menées, à la fois dans les archives de la Fondation et en collaboration avec les Archives Noires. Les points suivants ressortirent :
Un nouvel entretien avec SCP-652-FR-A fut entrepris afin de tenter d'apporter des réponses :
Interrogé : SCP-652-FR-A
Interrogateur : Chercheur Junior Diepniz[DÉBUT DE L'ENTRETIEN]
Chercheur Junior Diepniz : Bonjour, SCP-652-FR-A.
SCP-652-FR-A : …
Chercheur Junior Diepniz : Vous êtes bien silencieux aujourd'hui. Où sont passés vos sarcastiques commentaires ?
SCP-652-FR-A : Partis. Loin. Ils sont allés rejoindre les étoiles avant moi.
Chercheur Junior Diepniz : Votre habituelle verve serait-elle partie danser ?
SCP-652-FR-A : Plutôt se moquer de moi, rire de cette comédie qui résume si bien ma vie.
Chercheur Junior Diepniz : Au moins, elle ne viendra pas perturber notre entretien.
SCP-652-FR-A : Des questions. J'ai pu ressasser mes erreurs passées, mes douloureux souvenirs sont ravivés.
Chercheur Junior Diepniz : Parfait alors, cela ira vite. Je tiens à revenir sur vos… derniers instants. Avant votre agonie.
SCP-652-FR-A : Lorsque je n'étais encore que dans l'ombre de ma propre fin.
Chercheur Junior Diepniz : Certains éléments sont encore flous concernant votre récupération. Notamment en ce qui concerne le capitaine Crachotin.
SCP-652-FR-A : Ce butor à l'uniforme ? Il ne vint qu'après. Bien après.
Chercheur Junior Diepniz : Il n'est donc pas à l'origine de votre suicide ?
SCP-652-FR-A : Il ne fit que suivre les ordres, comme tous les imbéciles. Il devait me ramener, il s'appliqua.
Chercheur Junior Diepniz : Mais alors-
SCP-652-FR-A : Alors, quand après m'avoir donné les dernières nouvelles, Tchlou me quitta afin de continuer sa ronde, je me retrouvai seul dans ce temple souterrain. À attendre, comme toujours. Le retour d'une de mes filles ou un miracle. Mais pour la première fois depuis des milliers d'années, un Homme est sorti de l'ombre et s'est approché de moi. Il était désespéré, avec ses joues creusées et son regard fou. Mais une lueur d'espoir y brillait encore.
Chercheur Junior Diepniz : Que voulait-il ?
SCP-652-FR-A : Mon aide. Il avait été envoyé par un peuple attaqué de toute part, dont on disséquait et effacait son histoire. Ils craignaient pour leurs coutumes, leurs mythes, leurs ancêtres. À raison. Mais à force de recherches, grâce au temps gagné par quelques actes de sabotage et assassinats, il était parvenu à me trouver. Il venait proposer sa vie, sa loyauté ou quoi que ce soit de plus précieux pour lui en échange de la protection des siens.
Chercheur Junior Diepniz : Et que lui avez-vous donné ?
SCP-652-FR-A : Rien.
Chercheur Junior Diepniz : …
SCP-652-FR-A : Je n'ai rien pu lui donner. Rien que de la rancune et du cynisme accumulés pendant des milliers d'années, découlant de frustrations amères et de regrets. J'ai brisé ses espoirs car je n'en avais plus moi-même. Et savez-vous ce qu'il me répondit ?
Chercheur Junior Diepniz : Non.
SCP-652-FR-A : Rien, car il n'y avait rien à dire. Mais dans son regard, dans ces yeux dorénavant éteints, ne brillait plus d'espoir. Seulement de la haine. Contre vous. Contre ce Crachotin. Contre moi. Contre lui-même.
Chercheur Junior Diepniz : …
SCP-652-FR-A : Le pensant prêt, je lui appris le secret pour tuer les Rois, inutile cependant dans sa quête sans but dorénavant. Et quand je lui intimai donc à vite me porter un coup fatal afin de me libérer, ayant repéré du coin de l'œil un des rejetons de Tchlou, il n'eut aucun remords. Il entreprit le rituel, s'appliqua à tracer les symboles malgré ses mains tremblantes et récita l'incantation sans écorcher les mots. Il dirigea tout son fiel et toute sa folie sur ma personne, comme prévu. Mais sa magie était noire, corrompue par tant d'acrimonie, qu'il ne restait plus une seule once de bienveillance. Alors le rituel échoua. Il préféra s'enfuir devant cet échec, me laissant seul une fois de plus. Lorsque Tchlou me trouva, elle tenta de me sauver, mais c'était déjà trop tard. Alors elle partit chercher ses sœurs et ce capitaine arriva pour me voler.
Chercheur Junior Diepniz : …
SCP-652-FR-A : Ridicule, n'est-ce pas ? Je suis l'artisan de ma propre défaite. Si je n'avais pas déchargé ma malveillance sur cet Homme, peut-être aurait-il pu réussir, encore animé de bonnes intentions. Mais j'en doute. L'humanité n'est qu'un médiocre statut après tout. Nul Homme seul ne saurait tuer un Roi. Et malgré ce cuisant échec, tant pour lui que pour moi, savez-vous ce qu'il y a de plus terrible dans cette histoire ?
Chercheur Junior Diepniz : Non.
SCP-652-FR-A : Il n'y a pas d'étoiles. Nous nous mentons tous. Quelle que soit la situation misérable dans laquelle nous nous trouvons, il n'y a que des illusions d'en réchapper. Nous sommes à jamais pris dans les griffes d'un destin arbitraire et scélérat, pour que notre vie ne soit qu'une longue agonie la plus douloureuse possible. Pour vous, créatures faibles, les issues sont simples et immédiates. Mais pour moi, moi ! Roi de toute chose que j'ai créée ! Père aimant ! Victime de toutes mes réussites. Du sang dans la boue.
Chercheur Junior Diepniz : …
SCP-652-FR-A : Rangez vos notes, j'en ai terminé avec vous. Allez archiver vos précieuses informations, rangez-lez dans vos armoires et laissez-les prendre la poussière. Oubliez-moi, comme vous savez si bien le faire. Laissez-moi me morfondre et empêchez mes filles de me récupérer. Elles ont encore espoir de me sauver. Brisez-leur ces espoirs futiles.
[FIN DE L'ENTRETIEN]