SCP-7841 : V pour Violence

Informations

Nom : V pour Violence
Auteur : Joll
Notation : 0/0
Créé le : Fri Aug 08 2025

Le camion crachote, puis s'arrête enfin sur le sentier boisé après être arrivé à court de carburant. Une seconde plus tard, les phares s'éteignent.

Ce n’est pas grave. Il a accompli sa mission.

Deux hommes descendent de l’avant du camion, et six autres sortent par l’arrière — ensemble, ils portent une caisse métallique allongée, semblable à cercueil. De faibles gémissements résonnent entre les parois internes. Le son se froisse comme du papier abîmé. Aucun des soldats — car ce sont bien des soldats, vêtus de treillis et de camouflage nocturne — n’y prête attention, pas même lorsque le bruit se transforme en grattements.

Ça fait maintenant des jours qu’ils écoutent ces sons. Des semaines.

Ils laissent le cadavre du septième soldat à l’intérieur du camion, dépouillé de tous ses biens, éventré, et mis à nu de toutes les façons possibles. Avant de commencer ce grand voyage, ils avaient tiré au sort — et le malheureux septième avait été choisi pour le rôle de nourriture. Il avait été heureux de prendre le pari, mais bien moins heureux de devoir l’honorer. Ainsi va le monde.

Le ciel s’embrase. Les flammes déferlent sur l’horizon.

Les deux hommes — leur stature aussi sombre que leur raison d’être — se retournent brièvement pour observer la révélation. L’homme en charge, celui aux cheveux bouclés et au regard sévère, se frotte l’épaule d’un air distrait — il frotte l’espace vide où se trouvait auparavant un drapeau. Puis, se rappelant de leur mission, ils reprennent leur marche. À vrai dire, ils accélèrent le pas.

Il ne reste plus beaucoup de temps, après tout.
Objet no : SCP-7841-ZA
Classe : Sûr

Procédures de Confinement Spéciales

SCP-7841-ZA doit être conservé dans une cellule de confinement au Site-29. Des moyens de contention doivent être utilisés afin d’empêcher SCP-7841-ZA de s’échapper ou de tenter de se blesser. Il est interdit aux gardes de blesser ou d’infliger de la douleur à SCP-7841-ZA sans l’autorisation expresse du personnel de recherche.

Les préparatifs pour le transfert de SCP-7841-ZA vers le Site-Elapse sont en cours. Un partenariat avec l’armée zarkosienne a été établi à cette fin — une fois qu'un corridor adéquat aura été ouvert à travers le territoire léauanien et que le Site-Elapse aura été débarrassé du personnel de la branche -LEA, SCP-7841-ZA sera directement escorté sur place.

Grâce à cette manœuvre, un nouveau monde verra le jour.

Cet homme aux cheveux bouclés garde une main sur son étui alors qu’il se fraie un chemin à travers les broussailles de la forêt, ses yeux verts scrutant les environs avec méfiance. Vu la situation actuelle, il n'imagine pas que les archéologues léauaniens soient prêts à mourir pour leur site de fouilles, mais le danger des bêtes sauvages est bien réel. Des loups, des sangliers et des griffons rôdent, à la recherche de nourriture. Ces temps-ci, tout le monde est à la recherche de nourriture.

Cet homme s’appelle Bayel. Il sort de sa poche une barre d’herbes tressées et en arrache un morceau avec les dents. Mastiquer est difficile, mais il se rassasie.

Bayel est était un soldat de la nation de Zakos, employé par la branche nationale de la Fondation SCP. Il n'a jamais éprouvé de loyauté envers sa patrie ou son organisation, mais aujourd'hui, il ressent peut-être quelque chose de similaire : l'obligation de garantir la survie des humains. En soi, rien n'oblige à faire preuve d'humanité pour sauver l'humanité, mais il considère néanmoins tout ceci comme sa propre forme d'altruisme.

Autrefois, au tout début, il disposait d'innombrables équipes de chercheurs — maintenant, il n'a plus que ces sept-là et leur cargaison. Bayel n’y voit aucun inconvénient. Il ne reste que ces sept-là parce qu’ils sont les seuls dont le comportement peut être prédit. Leurs désirs et leurs ambitions insignifiantes peuvent facilement être orientés dans la direction qu'il souhaite. Toutes les personnes plus intelligentes que ça ont été éliminées.

''Monsieur ?'' Sa partenaire, une femme aux cheveux blonds comme de la paille, regarde autour d'elle dans l'obscurité avec inquiétude. ''Est-ce que c'est vraiment ici ? Il ne devrait pas y avoir des panneaux, ou — ou des véhicules, ou quelque chose ?''

Pendant un instant, Bayel songe à la tuer, mais ce n'est plus le moment de prendre de telles mesures. Une telle action serait contre-productive en ce moment. Il ne ferait qu'inspirer la peur et le doute chez les autres, et il devrait alors les tuer aussi… En fin de compte, il se retrouverait à devoir transporter la caisse tout seul.

Une caisse contenant l’avenir doit être manipulée avec précaution.

Description

SCP-7841-ZA est un être humain de sexe masculin présentant une psychologie exceptionnellement défectueuse.

SCP-7841-ZA a la capacité de refléter les émotions des individus qui l’entourent. Bien que des traumatismes survenus durant son enfance l'aient rendu réticent à aborder le sujet, SCP-7841-ZA a décrit cette faculté lors d'entrevues musclées comme lui permettant de se mettre à la place d'un autre individu. Si cette description est exacte, elle lui permettrait de comprendre les émotions des personnes qui l’entourent et d'imiter leurs comportements.

En raison de ce phénomène de miroir émotionnel, SCP-7841-ZA présente une aversion marquée pour la douleur, la violence et la plupart des activités nécessaires à sa survie.

En ce moment, SCP-7841-ZA a trente-trois ans et se trouve dans un état physique stable, à l’exception de blessures préexistantes résultant de sévices subis durant son enfance. Après la découverte de ses caractéristiques uniques dans une ferme pour enfants, SCP-7841-ZA est passé entre les mains de nombreux collectionneurs privés jusqu’en 1982 apr. J.-C. où il a été officiellement acquis aux enchères par la branche zakosienne de la Fondation SCP.

Il leur faut près de deux heures depuis la route pour atteindre leur destination. D'après ce que Bayel a lu à propos de cet endroit, il serait normalement impossible à trouver, mais les tentes et le matériel de fouilles laissés par les anciens visiteurs léauaniens le rendent facilement repérable. Les infrastructures sont abandonnées — les archéologues ont sans doute déjà fui vers l’abri anti-bombes.

Un autre pilier de lumière perce le ciel au loin. Il est plus proche que le précédent. Ils manquent de temps, mais ce n'est rien de nouveau.

Les soldats sont fatigués et commencent à se montrer grincheux. Il y a de fortes chances que cette irritation se transforme en bain de sang — et alors, ce serait réellement la fin. Bayel a récemment pris conscience que tout son temps avait été consacré à marcher sur des œufs, et qu'il était terrifié à l’idée que le moindre faux pas mène à un massacre. Avec raison.

La bouche noire du tunnel les invite à entrer. L’obscurité leur sourit comme un vortex. Leurs yeux oscillent de part et d'autre et peinent à rester sur un point fixe, comme si la noirceur ne voulait pas être remarquée. L'abîme s’amuse.

Addendum 7841-1 (Note du Directeur Bayel)

Ce monde est en train de mourir. Qui peut le nier ?

Les tempêtes de maladies crachées par l'Antousie. Les ducs-bouchers de Sézéleone qui tailladent leur chemin à travers le continent. La Danseuse aux yeux gris qui hurle à la radio. Peu importe la direction dans laquelle on se tourne, on ne voit que des horreurs — et elles nous ressemblent toutes.

Vous avez entendu les histoires, tout comme moi. À propos de la grande machine que les Léauaniens ont découverte. Ils disent que c’est l’œuf d’un nouveau monde, mais leur gouvernement ne les croit pas. Notre gouvernement ne les croit pas non plus. Moi, je les crois. Et alors ?

Ils disent que ce n'est peut-être pas notre première fois. Peut-être que nous pourrons faire mieux la prochaine fois. Peut-être, peut-être, peut-être. Mais nous ne ferons pas mieux la prochaine fois. Nous en sommes incapables. Nous sommes chacun une île, libérés de toute faiblesse — et c’est précisément là notre faiblesse.

Nous en sommes incapables… tels que nous sommes actuellement_. Et si ça n'avait pas besoin d'être le cas ?_

Après tout, nous détenons ici l’essence du nouveau monde.

La marche dans le tunnel est plus longue que celle pour l'atteindre. Pendant des heures, ils avancent, épuisés, tandis que la terre continue de trembler. Les bombardements se sont intensifiés et des villes entières ont été rayées de la carte. Mais même si le feu balaie la terre, que les mers bouillonnent et que le sol s'effondre, le tunnel, lui, ne bronche pas. Il a été façonné par des mains bien plus étranges.

D’innombrables fenêtres bordent les parois du tunnel et, à travers elles, ils aperçoivent des merveilles. Des machines auxquelles ils ne peuvent donner de nom, des impossibilités scientifiques, des choses qui feraient brûler les pages sur lesquelles on tenterait de les décrire. La plupart sont contemplées avec émerveillement tandis que certaines sont évitées du regard.

Et la marche continue, encore et toujours.

Un des soldats s’effondre, épuisé, et ils le laissent derrière. Il est tout à fait possible de porter le cercueil à cinq. De longues minutes passent, mais il ne les rejoint pas. Ils l’oublient.

Finalement, finalement, le tunnel débouche sur un espace qui ressemble à un atrium — ou peut-être à un centre de contrôle. Des ordinateurs tapissent les murs, enchevêtrés comme des racines ou des serpents en train de s'accoupler. Ils s’étirent jusqu'au plafond et le traversent par endroits. Tout cet endroit est un enchevêtrement chaotique de choses qui poussent les unes à travers les autres.

Et ça pue. Ça pue la naissance.

Bayel balaye les environs du regard, et un rare sourire s’étire lentement sur son visage vide. Tout est exactement comme sur les photos d’espionnage. Ça peut marcher. Ça va marcher.

Addendum 7841-2 (''Opération Nyx'')

Ceci est une notification automatique. La Force d'Intervention Mobile Adri-91 a quitté le Site-29 pour entamer l’opération finale. Tous les membres du personnel ne participant pas à l’opération doivent se rendre dans l’abri qui leur a été attribué. Les membres du personnel qui n'ont pas encore reçu d’abri sont priés de rester à leur poste jusqu’à nouvel ordre.

La chambre modèle ressemble à un bocal à poisson rouge rempli d'un liquide visqueux qui tourbillonne en harmonie avec les mouvements de ses occupants. SCP-7841-ZA est lâché depuis le haut du bocal. Sa petite silhouette paraît encore plus pathétique une fois mouillée.

Son visage a été fracassé à de nombreuses reprises, si bien que chacun de ses traits est déformé. Ses bras et ses jambes sont tordus par des agressions similaires et tout son corps est contorsionné. Il est presque aveugle. Il n'a plus aucune dent. C'est à se demander si son nez fonctionne encore. Le reste est indicible.

Un des soldats raconte une blague à un autre, en désignant le cadavre vivant d’un signe de tête. Leur rire est cruel. Bayel décide que les heures ont été trop longues.

Il leur parle d'abord du risque que des infiltrés soient encore présents dans l’installation. Il leur demande ensuite de se séparer pour procéder à une fouille. Puis, il les traque un par un et les tue — à mains nues, pour ne pas faire de bruit. Bayel a eu une très longue vie. Il sait parfaitement comment mettre fin à celle des autres.

À son retour, SCP-7841-ZA est réveillé. Ses yeux sont voilés par des cataractes, mais Bayel sait qu’il est observé. Vieilli par la souffrance, le jeune homme ouvre la bouche pour parler, mais seules quelques bulles en sortent. Il ne parlera plus durant cette vie.

Bayel envisage de sauter cette dernière formalité, mais il a le sentiment qu'il manquerait à quelque chose d'essentiel s'il le faisait. Il se doit de parler, avant que tout ne commence.

''Bonjour,'' dit-il. Il semble incertain pour la première fois de sa vie.

L'homme qui flotte le dévisage à travers l'eau.

''La fin du monde est arrivée'', explique-t-il, comme s'il donnait une conférence. ''Cette fois, il n’y aura aucun survivant. Le feu déchirera les villes, les bourgs, les villages et même les abris. Toutes nos vies serviront de compost pour les forêts. Et ensuite…''

Il fait un geste de la main, en montrant la pièce.

''…nous renaîtrons d’ici. Cette installation nous a recréés, encore et encore, depuis la nuit des temps. Nous avons eu beaucoup de chance cette fois-ci. Je ne pense pas que nous tiendrons aussi longtemps la prochaine fois. Nous ne sommes pas une espèce faite pour durer, tu le sais.''

Lentement, le cadavre vivant ferme les yeux. Il semblait déjà désespéré, mais on dirait que son mal-être s’est intensifié d’une manière ou d’une autre.

''Je pense que tu es une espèce faite pour durer'', déclare Bayel, sa confiance soudaine tranchant l'obscurité. ''Un symbiote, pas un parasite. Un peuple capable de se comprendre, vraiment se comprendre, sans être déchiré par leur ego ou des convoitises insignifiantes. Ou, du moins, peut-être pas autant. Je sais que je n'ai pas les bons mots, ils sonnaient… plus nobles dans ma tête, mais c’est ce qui s’en rapproche le plus. Je ne sais même pas si j’y crois vraiment, mais…''

Le vieux jeune homme hoche la tête.

Bayel cligne des yeux. ''Tu vas le faire ?'' demande-t-il, la bouche sèche. ''Tu veux bien être le modèle ?''

Le vieux jeune homme hoche la tête.

''Tu ne vivras pas assez longtemps pour voir le nouveau monde, tu sais,'' prévient Bayel. ''Il faudra des centaines, voire des milliers d’années avant que —''

Le vieux jeune homme hoche la tête.

Bayel ne perd pas une seconde. En un éclair, il se retrouve sur la machine, à presser des boutons et à faire glisser des cadrans. Comme s'il était né pour ça. La sueur de la longue ascension jusqu'ici ruisselle sur son front, mais il ne laisse pas la fatigue l'affecter pour autant. Après tout, c’est la dernière chose qu’il lui reste à faire. La toute dernière.

Il lui faut encore quelques heures, mais au moment où le matin se lève et que la cendre commence à pleuvoir du ciel, Bayel a terminé.

Il est allongé sur le sol, un pistolet fumant à la main.

La machine du monde bouillonne~~
~~et l'œuf éclot.

Aucune autre proposition de modification comportementale ou culturelle ne sera acceptée pour le moment. Les tentatives précédentes visant à atténuer les tendances violentes et sociopathes de l'humanité dans son ensemble ont déjà été menées et jugées efficaces.

U pour ''Unstrung''

Centre de L'ANTHOLOGIE SCP

W pour ''Walls''


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