SCP-2419 : Les hommes qui rient

Informations

L'unité C (vers 1963).

Nom : Les hommes qui rient
Auteur : Golden Marsouin
Notation : 1/1
Créé le : Sat Sep 02 2023
Objet no : SCP-2419
Classe : Euclide

Procédures de Confinement Spéciales

Un périmètre circulaire grillagé d’un rayon de 15 kilomètres a été mis en place autour de SCP-2419. Ce périmètre est surveillé par la FIM Beta-7 ("Chapeliers Fous") sous couverture d’être une propriété privée.

Une fois par jour, la FIM Beta-7 doit accompagner des techniciens de la Fondation à l’unité C pour effectuer l’entretien de l’un des six incinérateurs. Ils doivent suivre un planning rotatif pour s’assurer que chaque incinérateur soit révisé une fois par semaine. En dehors de ces opérations de maintenance, chaque fourneau doit rester allumé et être opérationnel en toutes circonstances. Des trappes en acier renforcé ont été soudées au-dessus des trois goulottes d’évacuation présentes dans chaque incinérateur ; ces trappes doivent rester boulonnées et verrouillées.

Les instances de SCP-2419-A trouvées en dehors des incinérateurs de l’unité C doivent être immergées dans du béton et envoyées dans un site de confinement indéfini.

Description

SCP-2419 est une raffinerie et une installation de traitement des déchets située à 75 kilomètres au nord de Summer Springs, au Colorado (Etats-Unis). Le lieu fut construit en 1954 par la Fondation dans le but de gérer l’incinération et le stockage à long-terme de déchets toxiques (principalement des déchets médicaux). Une évacuation contrôlée fut effectuée en 1975 après que le lieu commença à exhiber plusieurs anomalies.

L’installation est divisée en trois unités. L’unité A est responsable du stockage des déchets anormaux via un dépôt géologique en profondeur ; l’unité B reçoit des chargements de déchets et s’occupe de leur traitement. L’unité C dispose des déchets non-anormaux en les incinérant.

Les instances de SCP-2419-A se présentent sous la forme d’entités humaines à l’intérieur des incinérateurs de l’unité C. Elles démontrent des capacités de régénérations anormales et sont incapables de mourir. Bien qu’elles essaient habituellement de sortir des incinérateurs par les goulottes d’évacuation, la chaleur provenant du fourneau de chaque incinérateur est suffisante pour les arrêter avant qu’elles ne fassent des progrès significatifs.

Les instances de SCP-2419-A ne communiquent pas et ne possèdent aucun instinct de survie. Bien qu’elles ne semblent n’avoir aucun intérêt les unes pour les autres, elles font preuve d’une hostilité extrême envers toutes les personnes sapientes qui ne sont pas des instances.

Addendum 2419.1

Une instance de SCP-2419-A presque incinérée grimpant l’une des goulottes de l’incinérateur.

Découverte

RAPPORT D'INCIDENT

INCIDENT N°: 2419-001
DATE DE L'ÉVÉNEMENT : 21/05/1975

Des travailleurs gérant l’unité C ont rapporté avoir entendu des cris provenant de l’intérieur des fosses à cendres des six incinérateurs ; après une brève investigation, le directeur du site ordonna que les brûleurs de l’incinérateur n°4 soient étouffés.

Plusieurs douzaines d’entités sévèrement brûlées commencèrent à émerger des goulottes d’évacuation de l’incinérateur. Elles essayèrent de tirer les membres du personnel de la Fondation avec elles dans la fosse à cendres.

Le directeur du site ordonna immédiatement à la FIM présente sur site d’éliminer toutes entités hostiles. Après avoir déterminé que les entités pouvaient se régénérer, le directeur du site ordonna à la FIM de les repousser vers les goulottes avec des lances haute-pression. Tous les brûleurs du fourneau furent allumés à nouveau et l’incinérateur n°4 fut remis en service sans aucun autre problème.

Durant l’incident, l’équipe de la FIM a réussi à maîtriser et à capturer cinq des entités. Elles ont été transportées hors du site pour de plus amples études.

DOCUMENT AUDIO

DATE : 21/07/1976
SUJET : Une instance de SCP-2419-A (SCP-2419-A-5))
INTERVIEWER : Dr Warren
NOTE : À cause de l’hostilité habituellement montrée par les instances de SCP-2419-A, l’interview fut conduite derrière une baie vitrée éventée et avec un garde armé en observation.

[DEBUT DU RAPPORT]

WARREN

Bonjour, Numéro cinq.

(Bruit de déchirement.)

WARREN

Vous savez, si vous continuez à triturer votre bras, ça ne va jamais cicatriser.

(Le bruit de déchirement continue.)

WARREN

Nous savons que vous pouvez parler. On a des enregistrements de vous en train de rire.

(Le bruit de déchirement continue.)

WARREN

Pourquoi vous ne nous parlez pas ?

(Le bruit de déchirement continue.)

WARREN

Est-ce qu’il y a quelque chose qui puisse vous faire changer d’avis ?

(Le bruit de déchirement continue.)

WARREN

Ecoutez… Je vous ai amené quelque chose.

(Le bruit de déchirement s’arrête.)

WARREN

C’est une photo. De votre famille. C’était avant. Quand vous vous appeliez John. Avant que vous ne deveniez un Classe-D. Vous vous rappelez ?

(Silence.)

WARREN

Vous aviez une femme. Deux fils. Une petite fille.

(Silence.)

WARREN

(Doucement) Est-ce que vous vous souvenez, John ?

GARDE

Ne vous approchez pas trop de–

WARREN

Tout va bien. Je pense qu’il commence à se souvenir. John ? Vous vous souvenez ?

(Silence.)

WARREN

(Doucement) John ? C’est votre—

(Bruit de fissure.)

WARREN

Qu’est-ce que—

(Verre qui se brise.)

GARDE

Merde ! Il est—

WARREN

(Hurlant.)

(Bruits de perforation rapide.)

WARREN

(Gargouillement.)

SUJET

(Rires.)

(Coups de feu.)

[FIN DU RAPPORT]

NOTE

Durant cette interview, SCP-2419-A-5 s’est infligé une fracture ouverte sur son bras gauche. Il a utilisé l’extrémité saillante de son radius pour endommager la baie vitrée, puis il a utilisé ce même os pour poignarder mortellement le Dr Warren plusieurs fois au niveau des yeux et de son visage.

MÉMO

DATE : 19/02/1978
DE : Dr Jennings
POUR : Dr Brenwick

Conformément à votre demande, j’ai fini mon évaluation de six mois concernant les cinqs instances que nous avons en possession.

Avant que je ne sois ici, je travaillais en tant que psy dans une prison. Chaque personne que vous croisiez avait une histoire remplie de souffrance et de tristesse. Parfois, ces histoires parlaient de la souffrance qu’ils avaient reçu. Parfois, c’était à propos de la souffrance qu’ils avaient infligé. Certains jours, vous aviez l’impression que chaque personne possédait une âme magnifique mais brisée par les circonstances de la vie.

D’autres jours, vous pensiez à ce que certains d’entre eux avaient fait et une part de vous était contente qu’ils souffrent pour cela.

Mais à la fin de chaque journée, je me suis toujours dit : ce sont tous des êtres humains. Ce sont tous des gens. Ils méritent tous de la dignité, du respect et de l’amour. Comme n’importe qui.

Aucune exception.

Jeremiah, j’ai commencé avec cette petite histoire seulement pour que vous compreniez que ce que je vais dire n’est pas à prendre à la légère : ces choses ne sont pas des gens. Ce sont des monstres qui en ont l’apparence. Ils sont bien au-delà de la définition de psychopathie. Tout ce qu’ils font, ils le font pour blesser, pour mutiler et pour tuer. Je les prendrais bien en pitié mais cela voudrait dire qu’ils le mériteraient.

Mettez-les dans un trou et remplissez ce trou de béton. Ou même mieux : jetez-les à nouveau dans l’incinérateur où vous les avez trouvés.

Je ne pense pas qu’ils s’en soucieront.

- Dr Daniel Jennings

Addendum 2419.2

Histoire

ENREGISTREMENT AUDIO

DATE : 09/05/1961
SUJET : Dr West
NOTE : Le document suivant est un enregistrement d’un discours d’orientation donné par le Dr West à de nouveaux chercheurs arrivant à l’unité B.

[DÉBUT DE L’ENREGISTREMENT]

WEST

(se raclant la gorge) Bien, est-ce que certains d'entre vous sont croyants ? Oui ? Non ? Bien. Bien, bien. Je n’ai rien contre Dieu, mais ce que je vais vous dire, heu, disons que cela ne passe pas toujours bien chez les hommes de, heu, les hommes de foi. Héhé.

(Pause ; bruit de papiers.)

WEST

Très bien. Comme vous le savez certainement, l’unité B est responsable du traitement des dépouilles des Classe-D qui arrivent — pour déterminer si elles sont anormales ou non et pour réaliser une petite, heu, "préparation en amont", dirons-nous, avant qu’elles ne soient envoyés vers l’unité A ou l’unité C. C’est ce sujet dont nous allons parler aujourd’hui. Diapositive, s’il vous plaît.

(Cliquetis.)

WEST

Maintenant, je suis sûr que chacun d'entre vous—

(Cliquetis.)

WEST

Pardon, la diapositive n’est pas — elle n’est pas —

(Cliquetis.)

WEST

Ah voilà. Alors, je suis sûr que chacun d’entre vous est familier avec le cerveau humain, n’est-ce pas ? Le voilà. Je suis également sûr que vous êtes tous familier avec le fait qu’il représente un challenge considérable pour la Fondation.

(Cliquetis.)

WEST

Pour le contrôler, nous utilisons des amnésiques. Mais les amnésiques sont, heu, ils sont compliqués. Personne ne sait vraiment d’où ils viennent mais nous sommes tous au courant qu’ils ont un coût significatif. Et en plus de ça, ils, heu, ils ne sont pas vraiment efficaces. Un peu comme si on utilisait un marteau pour retirer une écharde.

(Rires brefs.)

(Cliquetis.)

WEST

Et si je vous disais qu’il y a une alternative ? Une autre forme d’amnésiques qui se trouvait juste sous notre nez depuis tout ce temps. Moins chère, plus sûre, avec très peu d’effets secondaires négatifs — et bien plus précise.

(Cliquetis.)

(Murmures.)

WEST

J’espère que, heu, que la nature graphique de cette image n’est pas trop perturbante. Héhé. Mais nous sommes tous des scientifiques ici.

(Cliquetis.)

WEST

Il se trouve que le cerveau humain, heu, le cerveau humain — tant qu’il est relativement bien conservé — laisse derrière lui… Il y a un résidu spécifique qu’il laisse derrière lui. Quelque chose que l’on peut extraire et, heu, raffiner.

(Cliquetis.)

WEST

Ce résidu peut être "bouilli" à partir de l’esprit d’un cadavre suffisamment frais ; voyez-cela comme une "distillation" de souvenirs — de nos expériences les plus joyeuses. Tous ces moments de la vie d’un humain qui nous apporte du confort quand on en a besoin — qui nous rendent gentil et aimable.

(Cliquetis.)

WEST

Là, vous voyez ce qui reste après. Le processus "d'ébullition" est critique, autrement vous allez finir par extraire toute la saleté inutile qui va avec.

(Cliquetis.)

WEST

Maintenant, nous pouvons combiner et homogénéiser toutes ces distillations purifiées ensemble pour créer, heu — eh bien, pour créer un composé qui, une fois proprement transformé et combiné à une hypnothérapie ciblée…

(Cliquetis.)

WEST

… nous permet l’élimination de souvenirs précis, de souvenirs spécifiques. Nous les remplaçons avec cette "soupe de joie", si on veut — et les esprits utilisent cette soupe pour construire de nouveaux faux souvenirs plaisants — comblant les trous.

(Cliquetis.)

WEST

Le résultat final est que — même dans la mort, les Classes-D continuent de nous servir — et de servir le monde.

(Cliquetis.)

WEST

Maintenant, je sais que vous avez beaucoup de questions et je serais ravi d’y répondre. Une seule à la fois, s’il vous plaît.

[FIN DE L’ENREGISTREMENT]

MÉMO

DATE : 12/09/1974
DE : Dr West
POUR : Dr Hammond

Jim :

Je n’éprouve rien d’autre que du respect pour toi en tant que chercheur et en tant qu’ami. Alors, je t’en prie, comprends bien le point que j’ai atteint quand je te dis d’aller bien te faire enculer.

Ton insistance à essayer d’outrepasser mon autorité sur ce sujet est en train de devenir pénible. Le processus ne rend pas les corps anormaux. L’incident du mois dernier était une coïncidence — Terry n’a clairement pas réussi à identifier un cadavre anormal avant qu’il ne commence le processus de distillation. Il a été négligent (que son âme repose en paix). C’est tout.

Tout le monde a trop la trouille pour te le dire en face alors j’irais droit au but et je vais le faire : depuis que tu as "trouvé" la religion l’année dernière, travailler avec toi est devenu insoutenable.

Et même si d’une manière ou d’une autre, tu avais raison — et alors ? Ils sont morts, Jim. On a assez de problèmes ici sur terre pour avoir besoin de s'inquiéter de savoir si on a laissé suffisamment de "pensées joyeuses" dans un tas de cendres.

Je vais faire une demande pour te transférer sur un autre site. Je te suggère fortement de ne pas t’y opposer.

- Dr West

MÉMO

DATE : 13/09/1974
DE : Dr Hammond
POUR : Dr Kerringer

Vous avez toujours été très aimable avec moi. Je vous en remercie.

Hier, j’ai traité le corps de D-263175. Il a été condamné à mort pour le meutre de sa femme. J’ai fait disparaître les six heures qu’il a passé à tenir la main de sa sœur pendant qu’elle mourait dans son lit d’hôpital. J’ai fait disparaître la sensation de fierté qu’il a ressenti quand son fils a fait ses premiers pas. J’ai fait disparaître toute la gentillesse que sa mère lui a montrée — jusqu’à ce qu’il ne reste plus que sa cruauté et sa maltraitance.

J’ai fait disparaître tous ses souvenirs joyeux — et je n’ai laissé derrière qu’une vie ininterrompue de misère, de douleur et de colère.

Est-ce que vous savez pourquoi la Fondation sélectionne les membres du personnel de Classe D parmi les populations criminelles, Shaun ? C’est parce que personne ne nous empêche de le faire. Tout le monde s’en fiche. Une prison est un endroit où l’on parque les personnes insignifiantes. C’est là où vous supprimez ce qui leur reste d’humanité jusqu'à ce qu’il ne reste que le monstre que vous avez imaginé. Malgré cela, quoi que nous fassions, il reste toujours un éclat de décence derrière — une partie d’eux que nous ne pouvons pas toucher.

Jusqu’à maintenant. Nous avons réussi. Dans la mort, D-263175 est enfin devenu le monstre que les gens ont imaginé. J’ai brûlé les dernières traces de son humanité. Maintenant, je vais envoyer son corps à l’unité C et je vais brûler le reste.

Je prie Dieu pour que ce qui reste va brûler.

Je ne peux pas rester. Je suis désolé. Je vous conseille de partir tant que vous le pouvez.

-Dr Hammond

DE : Opérateur Richard Maddox <noitadnuof.pcs|xoddamr#noitadnuof.pcs|xoddamr>
POUR : Directeur du site Browning <noitadnuof.pcs|gninworbb#noitadnuof.pcs|gninworbb>
SUJET : Incinérateurs de l’unité C

Vos jolies trappes en acier ne suffiront pas.

Écoutez. Je suis un peu fatigué de jouer le rôle de Cassandre mais la situation pue à plein nez. Ces choses ont failli atteindre une masse critique quand nous sommes passés des brûleurs à pétrole à ceux au gaz. Il suffit juste qu’un technicien fasse une erreur — ou qu’un brûleur tombe en panne un peu trop longtemps.

Oui, vos incinérateurs ont des puits profonds. Oui, s'il fait assez chaud, la graisse humaine va brûler et cela va faire la moitié du travail pour vous. Mais ça ne servira à rien si assez de viande repousse pour combler la totalité de la pile. Si cela arrive, les gaz de combustion ne pourront pas s’échapper — et bonne chance pour garder les brûleurs allumés s'il n’y a plus d’oxygène. Nous allons perdre les six incinérateurs comme ça.

Et si ça se produit ? Ils reviendront.

Ils reviendront tous.

J’ai regardé les registres d’incinération. L’incinérateur n°5 a à lui seul incinéré plus de trois mille corps de Classe D. Si on additionne le tout, on a à peu près dix mille de ces choses — sans aucun doute. Toutes capables de se régénérer. Toutes ayant leurs souvenirs joyeux évaporés. Toutes avec 20 années remplies de nouveaux souvenirs, qui consistent principalement en nous essayant de les incinérer vivantes.

Cela fait plus de 15 ans que je travaille pour la Fondation. J’ai vu beaucoup de Classes D mourir de plein de manières plus horribles les unes que les autres — donc je pense que je sais à peu près à quoi ressemble le son d’une personne hurlant de peur ou de douleur.

Ces choses à l’intérieur de SCP-2419 ne hurlent pas de peur ou de douleur, Bryan.

Elles ne hurlent pas du tout.

Elles rigolent.


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