SCP-7027 : A pour Annihilation

Informations

Nom : A pour Annihilation
Auteur : DrJohannes
Notation : 5/5
Créé le : Fri Jan 12 2024
Objet no : SCP-7027
Classe : Euclide

Procédures de Confinement Spéciales

Le Site de Confinement Provisoire-95 a été construit près du point d'origine (terrestre) de SCP-7027. En raison de la relative isolation du Site-95 et de la nature passive du GDI-0184/SCP-7027-1, seul un niveau de sécurité minimal est requis.

Toute interaction avec le GDI-0184 est interdite depuis 2021. L'observation doit se poursuivre à distance tant qu'elle ne perturbe pas les pratiques du GDI-0184. Tout refus d'un membre du personnel de se conformer à cette règle de non-intervention entraînera son élimination. Le Site-95 doit rester actif pour assurer le confinement permanent de SCP-7027-2. Les recherches portant sur SCP-7027-2 doivent rester en suspens dans l'immédiat.

Description

SCP-7027-1(44), après 16 ans d’infection.

SCP-7027 désigne un phénomène anormal principalement exploité comme processus de transfiguration physique et d'augmentation psychologique par les membres d'un ordre monastique situé dans la chaîne de montagnes du Karakoram. Les individus affectés par SCP-7027 sont classés comme SCP-7027-1. L'anomalie se manifeste initialement sous la forme d'un point circulaire noir de 15 à 25 mm de diamètre au centre du front de l'individu affecté. Cette marque ressemble superficiellement à un bindi décoratif, mais elle est inamovible à moins d'être excisée chirurgicalement peu de temps après l'infection.

Au fur et à mesure que SCP-7027 progresse, le phénomène consume le visage de son hôte, provoquant l'enfoncement de l'avant du crâne, qui finit par s'effondrer pour former une cavité vide d'une profondeur indéterminée avant de s'étendre lentement au reste du corps. La chair noircie par SCP-7027 ne reflète pas la lumière et développera, au fil du temps, des trous et des fissures qui défigureront davantage SCP-7027-1 et, comme l'ouverture qui a consumé une grande partie de la tête de l'hôte, présenteront des dimensions intérieures physiquement impossibles. Les objets introduits dans ces espaces vides ne peuvent jamais être récupérés.

Les cavités créées par SCP-7027 produisent une émanation continue, celle-ci se comportant superficiellement d'une manière similaire à un gaz chaud ou à un plasma, mais apparaissant presque complètement opaque, à l'exception de sa zone la plus extérieure qui possède une qualité semi-translucide qui trouble et/ou distord l'espace qui l'entoure. Toutes les tentatives d'extraction d'un échantillon se sont soldées par un échec, et la composition chimique de l'émanation est actuellement inconnue (si tant est que le terme de composition chimique s'applique d'une quelconque manière à l'anomalie). Malgré la résistance de l'anomalie à l'analyse, il a été découvert que la température diminue progressivement près des fissures, s'approchant du zéro absolu lorsque SCP-7027-1 entre dans la phase finale de l'infection. À ce stade, le sujet se désintègre avant de disparaître complètement, ne laissant aucune trace de matière derrière lui, y compris lorsque le sujet est placé dans une unité de confinement sous vide entièrement stérilisée. La progression de SCP-7027 viole la loi de la conservation de la masse, les particules subatomiques composant SCP-7027-1 s'annihilant sans introduction apparente de leurs antiparticules respectives.

La transformation s'étale sur des décennies et aboutit inévitablement à la destruction des organes vitaux, notamment le cerveau et le cœur. À ce stade, les instances de SCP-7027-1 sont cliniquement décédées et n'ont besoin ni de sommeil ni de nourriture, mais elles restent mobiles et continuent d'errer dans le monastère lorsqu'elles ne sont pas assises en méditation.

La Fondation n'a pas encore découvert la source exacte de SCP-7027, mais les symptômes physiques de l'infection ne se manifestent qu'après que les moines se soient enfermés dans les cellules du monastère. Ces pièces sont juste assez grandes pour permettre la méditation et fonctionnent comme une forme de privation sensorielle. Les moines sont convaincus qu'en se plongeant dans l'obscurité, ils permettent à leur corps de devenir son hôte.

Le personnel du Site-95 a rapporté de possibles expériences paranormales, mais la nature éphémère de ces incidents ne permet pas de les soumettre à des expériences répétables et de les classer. Ci-dessous figure une liste d'incidents présumés :

  • Observation d'ombres humanoïdes mobiles sans source apparente.
  • Fréquence accrue de terreurs nocturnes et de paralysies du sommeil.
  • Points froids transitoires soudains, même dans les sections isolées et chauffées du Site-95.
  • Interférences radio plus élevées que la moyenne à l'intérieur et autour du monastère.
  • L'apparition (et la disparition rapide) de taches noires dans tout le monastère (bien qu'il puisse s'agir d'une espèce inconnue de moisissure).
  • Les membres personnel en poste depuis plusieurs années présentent une diminution constante du sentiment d'estime d'eux-mêmes lors des examens psychologiques de routine (sans autres symptômes typiquement associés à la dépression), bien qu'il puisse s'agir d'une réaction normale suite à l'observation des pratiques et des traditions du GDI-0184.

La Fondation a découvert SCP-7027 en 1956, suite à des rapports faisant état de malformations du visage inhabituelles parmi les membres d'une secte bouddhiste isolée basée au Tibet. En raison de la nature singulière de leur philosophie, la secte et le monastère n'avaient pas de nom officiel, mais les habitants des villages voisins les appelaient communément "Ceux Qui Sont Vides" (littéralement "Ceux Qui Sont Vides De Leur Être"). Classé comme GDI-0184, l'ordre en question pratique une forme extrême d'ascétisme et interdit l'utilisation de noms personnels, de représentations de la forme humaine, ou même la préservation de sa propre histoire. Les membres du GDI-0184 croient que l'illumination (bodhi, "éveil") ne peut être atteinte que par une humilité extrême. Pour ce faire, ils doivent se débarrasser de leur fierté et de leur orgueil, l'existence physique étant considérée comme "l'arrogance ultime" à éliminer. Grâce à SCP-7027, les moines pensent pouvoir échapper définitivement au Samsara, le cycle de la vie, de la mort et de la réincarnation.

Malgré sa ressemblance superficielle avec d'autres sectes bouddhistes, le GDI-0184 présente plusieurs différences notables. Par exemple, les moines du GDI-0184 croient en l'Akriyavada1, une doctrine hérétique qui prétend que les actes de nature morale n'ont pas de conséquences et n'ont donc pas d'influence sur la réincarnation. Contrairement à la plupart des traditions monastiques, le GDI-0184 comprend à la fois des hommes (gelong) et des femmes (gelongma), dont beaucoup ont été initiés dès l'enfance. Tous sont censés pratiquer le même niveau d'ascétisme, indépendamment de leur âge, de leur genre ou de leur santé. Cette vie d'austérité comprend le renoncement aux biens matériels, le refus des plaisirs physiques, et un régime alimentaire laissant les membres du groupe dans un état de famine chronique, sans toutefois présenter les nombreux symptômes associés à une inanition sévère.

Les membres du GDI-0184 pratiquent l'auto-mortification rituelle, convaincus que la douleur, l'humiliation, la négation du soi et la défiguration contribuent à la destruction de l'égo. Avant la mise en place du confinement, les méthodes d'humiliation consistaient souvent à se rendre dans les villages voisins, où les moines se déshabillaient, se couvraient de terre et de cendres et suppliaient ou incitaient (non verbalement) les habitants à les agresser physiquement. Malgré les blessures et les infections fréquentes, ce comportement n'a jamais entraîné de décès et les villageois considèrent leurs actions comme faisant partie d'une tradition bénéfique pour les moines, et non comme des actes de violence motivés par la colère.

Le GDI-0184 ne recrute pas activement et accueille plutôt les initiés par des moyens anormaux. Les membres nouvellement arrivés ont jusqu'ici refusé de communiquer, ce qui suggère une connaissance a priori d'au moins quelques-uns des principes de l'ordre. Comme ils ne veulent pas divulguer d'informations, les raisons pour lesquelles ils rejoignent l'ordre sont jusqu'ici inconnues. On suppose actuellement que l'influence de SCP-7027 s'étend au-delà du monastère et que celle-ci est capable de contraindre certains individus à adhérer à l'ordre par le biais d'une suggestion anormale ou peut-être même d'un contrôle direct. La Fondation autorise ces adeptes à entrer au Site-95, car ils fournissent un flux régulier de spécimens de SCP-7027-1 pour la recherche, acceptent volontiers leur confinement permanent et n'interfèrent pas avec le travail du personnel. En raison du terrain extrêmement accidenté de la région, il est possible que certaines des personnes recrutées par le monastère ne survivent pas au voyage. Comme tous les membres semblent être d'origine tibétaine ou népalaise, il est probable que la portée de SCP-7027 soit limitée à la région ou déterminée par une composante génétique, mais il est également possible que ces points communs soient une pure coïncidence. La seule exception à ce schéma est SCP-7027-1(251), qui sera décrit plus en détail dans la section consacrée à l'incident du 12/09/1997.

Les moines du GDI-0184 font vœu de silence, ne laissant qu'une seule personne représenter et exprimer le point de vue de la secte. Considéré comme le chef de facto du GDI-0184, cet individu (connu sous le nom de PDI-539) se qualifie lui-même de "Bodhisattva", et sa position exige qu'il s'abstienne de certains aspects de sa foi afin de faciliter le chemin vers le nirvana pour les autres moines (une pratique qui n'est pas inédite et que l'on retrouve dans la tradition Mahayana du bouddhisme). En conséquence, la PDI-539 a évité d'être infectée par SCP-7027, mais a l'intention de chercher un successeur afin de pouvoir commencer le processus.

Interviewé

PDI-539

Interviewer

Dr Jonathan Isaac

Avant-propos

La PDI-539 est un homme tibétain dont l'âge est estimé entre 50 et 60 ans. Comme pour les autres membres du GDI-0184, toutes les tentatives d'identification ont échoué. Compte tenu du fait qu'il vit selon les principes de son ordre, son corps semble sous-alimenté et couvert de plaies infectées. Entretien réalisé et traduit du tibétain (standard) de Lhassa.

<Début du rapport>

Dr Jonathan Isaac

Si je comprends bien, vous n’avez pas de nom ? Vous avez forcément eu une vie avant de rejoindre [GDI-0184].

PDI-539

Nous sommes une ardoise effacée. Le passé est oublié en même temps que le nom. Il n'y a plus que la Voie. Si celui-ci doit être nommé, Bodhisattva suffira, car c'est sa raison d'être.

 Dr Jonathan Isaac : Non, cela ne sera pas nécessaire, PDI-539. Il s'agit simplement d'une question administrative, même si elle n'est pas obligatoire. Veuillez m'expliquer ce que vous entendez par "la Voie".

PDI-539

Nous suivons la voie du Bouddha Noir. Exister, s'imposer à la réalité, c'est le concept fondamental sur lequel repose toute souffrance. Il ne s'agit pas d'un chemin à suivre, ni d'un but à atteindre. Il s'agit simplement d'une capitulation.

Dr Jonathan Isaac : Et que devenez-vous ?
 
PDI-539 : "Devenir" implique une création. Nous ne devenons rien. Nous sommes démantelés. Śūnyatā2 nous enveloppe. C'est une vérité sans couleur ni forme. Elle nous imprègne, nous gangrène, [et] nous imbibe de ténèbres. D'autres lutteraient, [ils] s'accrocheraient à l'illusion de la vie.

Dr Jonathan Isaac

Mais pourquoi ce processus ? Il existe des méthodes plus rapides pour mettre fin à ses jours.

PDI-539

Vous ne comprenez toujours pas. La mort n'a pas de sens. La chair retourne à la terre - l'âme retourne au Samsara. Le cycle se poursuit. Vous vous sacrifiez en vain. Il n'y a pas de pitié, pas d'illumination, dans la rotation du Cycle.

Dr Jonathan Isaac

L'existence est-elle vraiment si terrible ? Il semble qu'une grande partie de votre souffrance soit auto-infligée.

PDI-539

La vie est une souffrance. Mais elle n'est pas dépourvue d'une certaine beauté insidieuse. Elle fascine, elle séduit et elle nous lie à ce monde, à des formes fragiles et éphémères. L'illusion se dissipe au moment où vous la reconnaissez pour la supercherie qu'elle est. Il ne peut y avoir de retour à l'ignorance, même lorsque le mensonge est réconfortant. Nous cherchons à nous échapper, avant que la vérité ne se perde dans la mort et la réincarnation - dans la rotation incessante de ce Cycle détestable.

Dr Jonathan Isaac

Je crois que je vous comprends, maintenant. Mais dites-moi, pourquoi [SCP-7027] ? Pourquoi cette méthode précise ? Comment fonctionne-t-elle ?

PDI-539

Il existe trois grandes illusions, trois entraves qui nous lient. La vie, le monde et le soi. Nous devons nous abandonner à l'effacement du soi si nous voulons un jour transcender l'existence. On ne peut pas lutter contre le soi, car il se nourrit de la lutte. Ce lien ne peut être rompu. Mais il existe un moyen de s'en libérer. Il faut descendre très bas, jusqu'aux profondeurs les plus sombres et les plus misérables. Lorsque nous atteignons Śūnyatā, le vide consume ce que nous manifestons - et aucune entrave ne peut lier ce qui n'existe plus. Cette chose s'échappe, comme la pluie entre nos mains, comme la poussière dans le vent.

PDI-539

C’est cela, l’oblitération du soi.

Dr Jonathan Isaac

Je vois. Ce sera tout. Je vous remercie pour le temps que vous m'avez accordé.

Un radar géologique a détecté la présence d'objets artificiels sous le monastère et les terres environnantes. Les premières découvertes comprennent plusieurs grands dépôts de cendres contenant des traces de papier, d'écorce de bouleau et de soie (très probablement des manuscrits immolés), ainsi que des statues et des peintures murales bouddhistes très endommagées qui ont été datées du 14ème siècle. Les reconstitutions des statues ressemblent au Bouddha assis en position du lotus, mais comme aucun fragment du visage n'a été découvert, on suppose que les statues ont été obtenues intactes, puis défigurées rituellement pour ressembler à SCP-7027-1, avant d'être brisées et enterrées à une date ultérieure. Une restauration minutieuse des peintures murales révèle des représentations de personnages vêtus de robes (probablement des moines) entourés d'une aura de flammes noires, qui représentent sans doute SCP-7027.

Sur la base de ces informations, on peut supposer que le GDI-0184 n'a pas toujours interdit les représentations artistiques, mais a adopté l'aniconisme3, entraînant ou précédant un épisode iconoclaste entre le 14ème et le 15ème siècle.

Le 17/04/1987, le monastère du GDI-0184 a été endommagé par un glissement de terrain naturel. La partie touchée n'étant que rarement utilisée, il n'y a heureusement pas eu de victimes. La catastrophe a révélé la présence de structures artificielles sous le monastère. Une étude archéologique du site a permis de déterminer que les ruines étaient épipaléolithiques et qu'elles avaient été construites peu de temps après l'arrivée des humains modernes dans la région. Les matériaux de construction se composent de pierre, d'os et d'argile, mais l'architecture elle-même témoigne d'un niveau d'ingéniosité peu commun parmi les cultures contemporaines.

La structure était construite à l'entrée d'une caverne naturelle, dont on a découvert qu'elle contenait une galerie d'art pariétal bien conservée, comprenant notamment deux fresques murales. La première représente un grand humanoïde blanc, la main gauche sur le cœur (où des éclaboussures de pigment rouge suggèrent une blessure) et la main droite tendue, la paume vers le haut. Six humanoïdes de couleur ocre se prosternent devant la grande silhouette blanche. Une substance noire et informe s'élève du sol et pénètre dans les bouches ouvertes des personnages les plus petits, vraisemblablement des êtres humains. Malgré sa grande taille, l'humanoïde blanc n'est pas représenté comme une figure menaçante, mais plutôt comme un professeur ou un chef spirituel qu'un roi ou un conquérant. Ce que l'on a d'abord pris pour une queue s'est avéré être une fissure dans le mur, mais son apparence, ainsi que la posture mystique de la figure, ont conduit un spécialiste tibétain à faire une comparaison avec Pha Trelgen Changchup Sempa4, le singe-ancêtre mythique du peuple tibétain.

La deuxième fresque murale présente un scénario complexe à trois niveaux centré sur un arbre aux racines profondes. Vu de bas en haut, il représente des serpents noirs rongeant les racines, qui ont des veines noires, peut-être pour représenter l'empoisonnement, l'infection ou la propagation d'une malédiction. La souillure monte à travers les racines jusqu'au deuxième niveau, où des humanoïdes mordent les racines, aspirant la souillure comme du venin ; il manque des membres aux humanoïdes et ils ont de nombreuses taches noires, la pratique de la purification des racines semblant les affecter. Au plus haut niveau, l'arbre est sain et couvert de feuilles, survivant grâce au sacrifice de ceux d'en bas.

Si la datation au radiocarbone de ce site est exacte, il est possible que des individus travaillent à confiner SCP-7027 depuis 20000 ans.

Le 12/09/1997, l'agent de sécurité Łukasz Maciejewski est entré à l'infirmerie du Site-95 à 6 heures du matin pour demander des médicaments pour ce qu'il croyait être un mal de tête. Le personnel médical a immédiatement remarqué une tache noire sur le front de Maciejewski et, après un examen physique approfondi, a déterminé que le sujet était infecté par SCP-7027 et présentait le premier symptôme visible de la transformation en SCP-7027-1. Maciejewski a été classé comme une entité anormale et a reçu la désignation SCP-7027-1(251), devenant ainsi le premier et, à l'heure actuelle, le seul cas enregistré de SCP-7027-1 à ne pas être membre du GDI-0184. SCP-7027-1(251) a volontairement coopéré à son confinement et à son observation, devenant une source d'information essentielle du fait qu'il était le seul SCP-7027-1 à ne pas être lié par le vœu de silence du GDI-0184.

Interviewé

SCP-7027-1(251)

Interviewer

Dr Sui Miyazawa

<Début du Rapport>

Dr Sui Miyazawa

Je sais que cela peut être considéré comme un manque de professionnalisme, mais je souhaite vous présenter mes excuses les plus sincères. Si nous avions su qu'une infection pouvait se produire de cette manière, nous aurions certainement pris des mesures de sécurité plus strictes.

SCP-7027-1(251)

Vous ne pouviez pas savoir.

Dr Sui Miyazawa

Quoi qu'il en soit, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour remédier à votre situation et, nous l'espérons, pour éviter que cela ne se reproduise à l'avenir. Bien. Ceci étant dit, j'aimerais vous poser quelques questions sur les jours qui ont précédé le début de votre condition actuelle. Avez-vous par hasard interagi directement avec un SCP-7027-1 ? N'importe quel contact physique ?

SCP-7027-1(251)

Non.

Dr Sui Miyazawa

D'accord. Et le monastère lui-même ? Avez-vous déjà franchi les murs intérieurs ?

SCP-7027-1(251)

Des patrouilles de routine. On ne s'attardait jamais.

Dr Sui Miyazawa

Comment vous sentez-vous ? Vous semblez plutôt calme, compte tenu de la gravité de la situation.

SCP-7027-1(251)

Je ne ressens rien. Mais je sais que je devrais. Je devrais ressentir de l'horreur, mais au lieu de cela, je ne ressens rien du tout.

Dr Sui Miyazawa

Avez-vous des antécédents de dépression ?

SCP-7027-1(251)

Non. Ce n'est pas une expérience familière.

Dr Sui Miyazawa

Nous pouvons donc supposer qu'il s'agit d'un symptôme.

SCP-7027-1(251)

[Le sujet acquiesce] Et je devrais être en colère. En colère parce que je ne peux rien ressentir, pas vrai ? Je sais ce que mon cerveau veut. Il veut crier. Il veut exploser de rage. Mais au lieu de ça, rien… Juste le vide. C'est comme si j'essayais de trouver un mot dans le dictionnaire et que je m'apercevais qu'il a été découpé.

SCP-7027-1(251)

Maintenant, il n'y a plus qu'un trou.

Début 1998, SCP-7027 s'est étendu à l'œil gauche de SCP-7027-1(251) et a formé une veine enroulée autour du cou du sujet et connectée à une marque noire nouvellement formée située dans la région cervicale de la colonne vertébrale. SCP-7027-1(251) se plaint parfois de maux de tête avant d'expulser de sa bouche de la fumée noire et un liquide poisseux, les deux substances s'évaporant trop rapidement pour pouvoir être analysées. Le sujet souffre de tremblements fréquents et violents, provoquant des contorsions anormales de son corps et une démarche raide et saccadée. Comme les SCP-7027-1 appartenant au GDI-0184 ne présentent pas de réactions similaires, il est possible que leurs enseignements et leurs pratiques, en particulier la méditation, leur permettent de mieux tolérer les effets de l'infection par SCP-7027.

Interviewé

SCP-7027-1(251)

Interviewer

Dr Sui Miyazawa

<Début du Rapport>

Dr Sui Miyazawa

Bonjour, SCP-7027-1(251), je voudrais vous poser quelques questions.

SCP-7027-1(251)

[Le sujet est recroquevillé sur le sol, fixant le plafond de son œil restant.]

Dr Sui Miyazawa

Vous êtes clairement dans un état de détresse extrême. On m'a dit que vous aviez reçu de la morphine ce matin. Cela vous a-t-il aidé ?

SCP-7027-1(251)

Non.

Dr Sui Miyazawa

D'accord. Sur une échelle de 1 à 10, comment décririez-vous votre douleur ? 1 étant le niveau d'inconfort le plus bas et 10 étant…

SCP-7027-1(251)

[L'interrompant] Il n'y a pas d'échelle qui puisse exprimer la douleur que je ressens en ce moment.

Dr Sui Miyazawa

Je vais donc lui attribuer un 10. Vous faites à nouveau preuve d'un calme et d'une clarté extraordinaires, compte tenu de la situation dans laquelle vous vous trouvez.

SCP-7027-1(251)

Il y a une séparation. Je… ne sais pas comment l'appeler autrement. La douleur est viscérale. Écœurante. Je souffre d'une agonie sans fin. Mais j'ai aussi l'impression de vivre une expérience extracorporelle. [Le sujet est pris d'une quinte de toux qui fait sortir de la fumée noire à la fois de ses orifices naturels et de ceux créés par SCP-7027]

Dr Sui Miyazawa

Nous pouvons mettre fin à cet entretien rapidement si vous avez besoin de vous reposer.

SCP-7027-1(251)

[Essuie une trace noire sur sa bouche et son menton] Non. Mais qu'est-ce que je pourrais bien vous dire de plus ? Les moines. Ça peut leur prendre une décennie pour se transformer. Ça fait quoi, seulement un an ?

Dr Sui Miyazawa

En fait, vous n'êtes confiné que depuis environ 5 mois. Ou presque.

SCP-7027-1(251)

Est-ce que Khan5 est de service ? Pouvez-vous lui demander de me coller une balle dans la tête ? Mais je suppose que ce ne serait qu'un trou de plus, vu mon état, pas vrai ?

Dr Sui Miyazawa

Nous pensons que ça serait le cas, oui. Je ferai part de votre demande d'élimination au Directeur, mais je ne peux rien vous promettre.

En raison du potentiel de recherche que représente SCP-7027-1(251), la demande d'élimination a été refusée. La transformation de SCP-7027-1(251) a présenté des différences notables par rapport aux autres SCP-7027-1, déformant le corps du sujet en même temps qu'augmentait le nombre de taches de vide (chacune d'elles s'élargissant régulièrement, à une vitesse d'environ 1,3 cm/an) et fusionnant le sujet avec le sol de sa cellule de confinement. Avant l'arrêt de l'activité cérébrale, le sujet a développé des symptômes de démence et de perte de mémoire aiguë, sans que l'on sache si ces symptômes ont été causés directement par SCP-7027 ou s'il s'agit d'une réaction naturelle au traumatisme induit par SCP-7027. En 2000, SCP-7027-1(251) a perdu la capacité de voir mais avait encore sa bouche et son oreille droite.

Interviewé

SCP-7027-1(251)

Interviewer

Dr Sui Miyazawa

<Début du Rapport>

Dr Sui Miyazawa

Bonjour, SCP-7027-1(251). C'est de nouveau l'heure d'un entretien. Comment vous sentez-vous ? Pourriez-vous me décrire vos expériences récentes ?

SCP-7027-1(251)

Les ombres ne s'arrêtent pas. Elles fouillent à l'intérieur et prennent des choses, encore et encore. Des griffes avides qui raclent et déchirent. Je saignerais bien pour vous, mais tout ce que j'ai à offrir, c'est de la poussière et du goudron.

Dr Sui Miyazawa

Et la douleur ? Pas besoin d'échelle, il suffit de me la décrire le mieux possible.

SCP-7027-1(251)

Oh, ça ? Une part de moi est à l'agonie, mais cette part s'enfonce de plus en plus. Comme ce type doit avoir peur. Une substance froide se déplace sous ma peau. D'aussi loin que je me souvienne, elle a toujours été là. [Le sujet vomit et tient le liquide noir dans ses mains] Oh non, c'est sorti. [Le sujet étale la substance sur le sol où elle s'évapore rapidement] Quelle maladresse de ma part.

Dr Sui Miyazawa

Vous avez parlé d'ombres il y a un instant. Voyez-vous quelque chose ?

SCP-7027-1(251)

Parce que je n'ai pas d'yeux ? Ce n'est pas bien de faire ce genre de supposition, c'est… [il s'interrompt, perdant manifestement le fil]

Dr Sui Miyazawa

Voyez-vous quelque chose ?

SCP-7027-1(251)

Dans l'obscurité, il y a des formes qui s'agitent. Des carapaces jaunes, d'un or pâle. Une centaine de corps, chacun avec une centaine de jambes. Ils étaient sacrés, autrefois. Je le sais maintenant. Combien de souvenirs ont été perdus dans cet échange ? Ha ha - [Le sujet s'étouffe et tousse]

Dr Sui Miyazawa

Comme des mille-pattes ? Et pour qui étaient-ils sacrés ?

SCP-7027-1(251)

Vous sentez mes vapeurs ? C'est de l'encens. Vous le saviez ? Comme l'opium, la myrrhe et les livres anciens. Ça reste sur ma langue et a le goût des rêves oubliés. Ce n'est pas ma mémoire. Quelque chose d'autre s'en souvient. Quelque chose de très profond.

Dr Sui Miyazawa

Qui se souvient ?

SCP-7027-1(251)

Les bibliothécaires. Ça leur rappelle le royaume sous la montagne. Ça leur rappelle leur maison. Ma maison est une cage. Là où ils sont, ils ont l'impression d'être en cage aussi. L'obscurité et le froid préservent. C'est tout ce qui comptait… [Le sujet s'effondre, perdant connaissance]

 

SCP-7027-1(251) n'a repris conscience que 14 jours après l'entretien du 23/12/2000 et n'était pas conscient de sa dernière conversation, affichant une perte de mémoire et une confusion accrues. Vers la fin de l'année 2001, le bas du corps et le bras gauche du sujet se sont transformés en un monticule informe et dur, et l'épiderme restant a pris une apparence grise et craquelée.

Interviewé

SCP-7027-1(251)

Interviewer

Dr Sui Miyazawa

<Début du Rapport>

Dr Sui Miyazawa

Bonjour, SCP-7027-1(251). Êtes-vous en mesure de communiquer aujourd'hui ?

SCP-7027-1(251)

Tournoyant, tournoyant, encore… et encore… [marque une pause, expulsant un effluve noir de ses orifices]

Dr Sui Miyazawa

Vous souvenez-vous de ma voix ? Savez-vous qui je suis ?

SCP-7027-1(251)

M-m-maman ? Il fait froid. Il fait si froid. S'il te plaît, laisse-moi entrer… laisse… moi… entrer…

Dr Sui Miyazawa

Non, non, je suis désolée. C'est le Dr Sui. Vous souvenez-vous de votre nom ?

SCP-7027-1(251)

Un souvenir… d'un souvenir… d'un souvenir… puis rien ! [Le sujet produit un bruit qui ressemble à un mélange de rires, de pleurs et de cris]

Dr Sui Miyazawa

Décrivez ce que vous ressentez.

SCP-7027-1(251)

Tournant, tournant… toujours vers le bas, vers le bas… vers le bas de la spirale. Jeté. Évacué. Avec les restes, avec les déchets.

Dr Sui Miyazawa

Est-ce que vous êtes toujours là, Maciejewski ?

SCP-7027-1(251)

Leur fin vient pour nous tous.

Dr Sui Miyazawa

Qu'entendez-vous par là ? Les moines, ou autre chose ?

SCP-7027-1(251)

Le nouveau roi leur a fait oublier ce que l'ancien roi leur avait montré. Quand ils ont retrouvé la vérité, ils l'ont enterrée. Les rituels demeurent, mais ils ne savent pas ce que cela signifie. Mieux vaut ne pas savoir. Mieux vaut une bénédiction qu'une malédiction.

SCP-7027-1(251)

De la chair pour éponger tant de néant. Quel filtre sale et pollué nous faisons. Ce n'est pas un trou. Ça n'en est pas un. Ça y ressemble, mais ça ne l'est pas. Je suis un trou mais je ne suis pas l'obscurité.

Dr Sui Miyazawa

Qu’est-ce que c’est, dans ce cas ?

SCP-7027-1(251)

[Le sujet chuchote d'une manière confidentielle, sur un ton presque enjoué] C'est une éclipse. Vous ne le saviez pas ? Les très hauts l'ont fait, et après, nous l'avons fait à notre tour. Tout ça pour essayer de nous élever à leur niveau. Tragique, tellement tragique - quels misérables ingrats nous sommes.

SCP-7027-1(251)

Leur lune est une ville immortelle - une ville de savoir, de secrets et de choses oubliées - et elle projette une ombre immense. Sous la lumière mortuaire de leur soleil noir perdu, vous ne sauriez jamais qu'elle est dorée… Vous ne sauriez ja- [Ce qui restait du crâne du sujet s'effondre brutalement sur lui-même, suivi 4 secondes plus tard par l'effondrement complet du reste de son corps]

Dr Sui Miyazawa

Dernière image capturée avant la fin de la transmission.

Maciejewski ? Merde ! [Aux Agents de sécurité] Faites-moi sortir d'ici et sécurisez la cellule !
 

Le corps effondré de SCP-7027-1(251) s'est répandu dans la cellule de confinement alors que ses taches de vide fusionnaient pour créer un portail unique, désigné SCP-7027-2. Contrairement aux autres SCP-7027-1, SCP-7027-1(251) n'a pas réussi à s'annihiler complètement, son enveloppe restante formant un anneau de 3,2 m de rayon autour de l'anomalie nouvellement manifestée et rendant SCP-7027-2 impossible à déplacer pour le moment. L'intérieur de SCP-7027-2 présente des propriétés identiques à celles des petites ouvertures créées par SCP-7027. En raison de la taille et de la stabilité apparente de SCP-7027-2, une exploration téléguidée a été jugée possible.

L'environnement intérieur de SCP-7027-2 est hostile à la vie organique mais présente des conditions similaires au vide spatial, avec des températures anormalement basses comparables à celles de la nébuleuse du Boomerang (LEDA 3074547)6. Malgré ces similitudes, rien d'autre ne suggère que SCP-7027-2 donne sur le vide spatial, aucune étoile n'ayant été observée depuis l'intérieur. Bien qu'aucune preuve concluante n'ait été découverte, l'hypothèse la plus acceptée est que SCP-7027-2 mène à une dimension extérieure à la nôtre. Il y existe une attraction gravitationnelle vers le bas, mais sa source n'a pas encore été déterminée.

Compte tenu de ces facteurs, il a été décidé que la meilleure méthode pour étudier l'intérieur de SCP-7027-2 serait d'utiliser une sonde téléguidée conçue pour l'exploration spatiale à long terme. Le 10/04/2002 à 09h00, cette sonde a été lâchée dans SCP-7027-2, d'où elle enregistrerait et transmettrait ses découvertes au Site-95.

Le Site-95 n'a reçu aucune transmission notable jusqu'au 16/07/2020, plus de 18 ans après son envoi à l'intérieur de SCP-7027-2. Les données collectées comprennent un certain nombre d'images représentant des structures artificielles de couleur dorée qui, ensemble, semblent former une métropole tentaculaire. Ces images ont été capturées environ 46 heures plus tôt, sur une période de 12 secondes avant que tout contact avec la sonde ne soit perdu, l'appareil ayant vraisemblablement été détruit lors de l'impact avec le sol.

Des recherches complémentaires sont en cours.

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Centre de L'ANTHOLOGIE SCP

Æ pour "Aériens"


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